Danser la vie, danser les morts

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En 1994 à paris, une jeune rwandaise crée une troupe de danse : Mpore. Elle s’appelle Nido Uwera. Espace de création, son association est devenue un lieu de rencontre pour toute une génération.

Un samedi d’hiver pluvieux, sous les pavés de paris. Ils sont une dizaine à chanter et danser, dans l’antre chaleureuse de Nido. Cette femme à la présence sereine, dont le rire n’est jamais loin, a dessiné, sans le penser comme tel, un véritable foyer pour nombre de jeunes Rwandais. Mpore, comme l’empathie, comme le soutien, voilà le nom qu’elle a donné à son association et sa troupe de danse en 1994, année du génocide. « Au début, c’était juste un truc entre copines. Après 1994 beaucoup de gens qui revenaient du Rwanda sont venus nous voir. Nous avions un besoin de se retrouver, de danser ensemble, de s’encourager, de continuer à vivre. Il fallait créer une structure pour accueillir tous ces jeunes ».
Du baume aux cœurs et aux corps
Vingt ans plus tard, les silhouettes qui dansent ce samedi chez Nido sont plutôt jeunes, deux garçons parmi une petite dizaine de femmes entre 20 et 30 ans. « La troupe représente vraiment ce qu’est le Rwanda. il y a des jeunes qui sont nés là-bas et d’autres qui sont nés dans la diaspora, au Burundi, au Congo, en Ouganda. il y a aussi certains rescapés. »
Nido est née au Burundi où ses parents, comme tant d’autres Rwandais, étaient réfugiés. Bercée par les rythmes et les chants de sa communauté, c’est à sept ans qu’elle se plonge corps et âme dans la danse « un jour à l’école le maître a demandé aux enfants étrangers de se lever. J’ai découvert que je n’étais pas burundaise. Ça a été comme un déclic et je me suis accrochée à tous les événements autour des chants et des danses rwandaises. c’était mon lien imaginaire avec mon pays ». Entourée d’artistes de la diaspora, elle danse au ballet de la capitale, Bujumbura, et dans une troupe de théâtre, en parallèle de son métier de vétérinaire. Puis une rencontre l’amène à se poser en France en 1991. A Paris, elle retrouve des amies rwandaises, avec qui elle cherche un lieu pour danser. Puis l’écho du génocide donna une toute autre dimension à sa pratique et sa passion : « il y a tellement de choses à assainir : le corps, le coeur, les âmes. La danse a été un pansement, une thérapie pour beaucoup ».
« Danser c’est commémorer »
Aujourd’hui, Nido transmet sa passion tous les mercredis et samedis après-midi aux danseurs débutants, dans sa cave. Sous leurs regards curieux, elle répète ensuite avec sa troupe, une dizaine de danseurs, qui forme le noyau historique de mpore. Nido anime aussi ateliers et stages dans différents pays du monde comme au Mexique ou en Suisse. Car elle entend bien toucher au-delà de la communauté en montrant un Rwanda autre que celui du génocide, à l’image de la beauté de ses danses traditionnelles. Des danses d’apparence si légères et pourtant puissantes, toutes en tension, les pieds jouant le rôle de véritables percussions. « Danser c’est comme rappeler à ceux qui nous ont exterminés que nous sommes toujours là. Danser, c’est exister, c’est commémorer, danser c’est la vie mais c’est aussi les morts ». Non, danser pendant cette période de commémoration n’est pas un contresens, nous dit Nido. ce qu’elle démontrera le 11 avril prochain avec sa troupe à l’occasion du concert de solidarité « Les hommes Debout ».

Où et quand ?

Nido sera, le 11 avril au Hangar à Ivry-sur-Seine, avec sa troupe. Elle participe à la commémoration artistique Les hommes debout, orchestrée par le slameur Gaël Faye.///Article N° : 12382

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