De la chaire au trône

D'Amadou Koné

Mise en scène : Alexandru Dabija
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Alexandru Dabija dit avoir découvert par hasard le théâtre d’Amadou Koné et l’aborde comme  » un discours tragique sur la violence, l’absence et l’attente, sans artifice ni exotisme « .
La pièce d’Amadou Koné, primée lors du Concours Théâtral Interafricain de 1972, met en scène un professeur d’université qui, il y a douze ans, a passé un pacte avec sa tribu. Il a accepté de devenir Prince et de mourir à la fin de la douzième année de règne. Mais voilà qu’il refuse de mourir. Enfermé dans son palais comme dans ses idéaux, il croyait pouvoir redistribuer les richesses. Mais tel n’était pas le pacte : un Prince doit jouir et on ne s’élève pas contre la loi. Amadou Koné dénonce ici le poids de la tradition dans le devenir d’un peuple qui doit réinventer son monde. Il dénonce le fatalisme consenti, et l’impuissance inexorable de l’homme qui s’en prend au monde avant de s’en prendre aux hommes.
Pour Amadou Koné, la recherche d’une identité politique nouvelle ne saurait passer par un retour à la tradition, qui ne peut être que sclérose. Quels que soient les charmes de cette sirène, inutile de croire qu’il est possible d’infléchir la coutume, sa raideur est inaliénable, c’est sa quintessence même.
«  Il avait très bien compris les problèmes, mais il ne comprenait pas les hommes.  » (p.124), telle est la conclusion du personnage du voyageur. L’histoire du Prince se présente en effet comme une parabole qui tend à démontrer que si l’on veut changer le monde, il est vain de vouloir changer les lois ; ce sont les hommes qu’il faut changer.
Les absolus sont des leurres qui éloignent des hommes. Lui qui voulait  » que la chaleur du soleil puisse réchauffer tous les hommes « , son ambition était démesurée. Peut-être faut-il plus humblement suivre la voie du voyageur :  » Je passe, et sur ma route j’essaie de laisser des traces. « (p.125).
Et c’est sans doute parce que cette histoire africaine, telle qu’elle se définit dans le prologue, est d’abord  » le drame d’un homme pour les hommes  » (p.81) qu’une troupe roumaine a pu aujourd’hui s’y reconnaître.

De la chaire au trône, d’Amadou Koné
par le Théâtre de Pietra-Neamt///Article N° : 153

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