“Défendre et interroger”

Entretien d'Achille Mbembe avec Lillian Thuram

En partenariat avec le quotidien Le Messager paraissant à Douala au Cameroun.

De toutes les sélections présentes lors de la récente Coupe du monde de football en Allemagne, les ” Bleus ” étaient, sans doute, l’équipe la plus grosse des interrogations politiques et des ambiguïtés et possibilités culturelles de notre époque.

Qu’il s’agisse de l’éclipse des idoles que l’on a, hier, porté au firmament de la gloire et qui, aujourd’hui, sont pris dans les rets du vieillissement, ou encore des rapports complexes entre identité raciale, citoyenneté et appartenance nationale à l’âge de la globalisation, au sortir de l’esclavage et de la colonisation, aucune autre équipe n’a, mieux que celle de France, été l’expression vivante de ces dilemmes. On peut d’ailleurs dire d’elle qu’elle était l’équipe la plus postcoloniale – l’expression la plus manifeste d’une Europe tiraillée entre la nostalgie de l’Empire colonial, la mélancolie identitaire, la fermeture des frontières et la marche forcée vers une certaine forme de pluralisation culturelle, voire de cosmopolitisme. Très vite, Zinedine Zidane et Lilian Thuram sont devenus les deux emblèmes de ce procès. En lieu et place du sacre escompté sur le toit du monde, le premier a quitté la scène, héros tragique au sortir d’une carrière lumineuse – sur un coup de tête. L’autre, fidèle à lui-même, n’a cessé de revenir à une prière que les siens n’ont eu cesse d’entonner au milieu des tribulations de l’histoire : ” O mon corps, fais de moi toujours un homme qui...

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