Déplacer l’épicentre parisien

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À l’heure où Marseille est élevée au rang de Capitale européenne de la culture, une question se pose. Si l’Europe n’avait pas décidé de déplacer pour un temps l’épicentre loin des capitales, la France aurait-elle d’elle-même décentralisé son cinéma ?

Petit, quand on habite Lyon, Toulouse, Bordeaux ou Nancy, les informations nous obligent à regarder vers Paris. En matière de cinéma, on connaît presque mieux la Tour Eiffel, les Champs-Élysées que les monuments les plus connus de notre propre ville. Paris est un ailleurs où l’on veut se projeter parce que les autres nous forcent à le regarder. Comme si le reste de la France n’existait pas. Étudiants, il y a ceux qui entrent en résistance et ceux qui suivent l’appel de la capitale. Le chanteur de La Rumeur Hamé, réalisateur du court-métrage Ce chemin devant moi, fait partie de ceux-là. Né à Perpignan (66) dans les années 1970, il décide d’étudier à Paris. « Je voulais « gagner la capitale » comme dans la chanson d’Aznavour. Pas pour être en haut de l’affiche mais pour être là où les choses se font et se défont, là où la culture hip-hop était la plus vivante ». À la même époque, Nadia Harek, grandissait dans les Alpes. Elle réalise des documentaires sur le breakdance, à Montpellier actuellement. « Il y avait deux facs de cinéma, à l’époque : une à Montpellier, une à Paris. Je ne voulais pas aller à Paris. Je préférais être au soleil ». Tombée elle aussi dans le mouvement hip-hop des années 1980, Nadia tient à préciser : « Ça breakait dans toute la France. On n’a montré que Paris ». Après les études vient l’accès à la vie professionnelle et le choix inévitable entre Paris et d’autres villes. Certains font un aller-retour et détestent l’expérience, d’autres y prennent goût et s’y installent, d’autres ne peuvent éviter cette étape incontournable. Les financeurs sont à Paris, les producteurs sont à Paris, les chaînes télé sont à Paris, même les grands festivals comme Cannes ont leurs locaux à Paris !
Des allers-retours
Le Bordelais Zangro a démarré sa carrière par des allers-retours entre Bordeaux et Montreuil pour se former. Aujourd’hui, son association À part ça tout va bien réalise des films humoristiques sur l’islam qui rencontrent un franc succès. Mais être soutenu par les autorités bordelaises ne suffit pas. Régulièrement, Zangro vient à Paris rencontrer des gens du métier. Vu de Bordeaux, « on a l’impression d’être dans un autre pays. On ne peut pas tous partir à Paris mais c’est là-bas que ça se passe ». Ça se passe aussi là pour le comédien belge Mehdi Debhi, Révélation César 2012 avec La folle histoire d’amour de Simon Eskenazy, même si Paris l' »insupporte » : « C’est un centre européen pour l’art mais ça ne m’intéresse pas d’y vivre ». Enfant, étudiant ou adulte, l’attraction/ répulsion pour Paris continue. Et tant que l’épicentre ne sera pas modifié, resteront des nantis… et des oubliés. Même en cinéma.

Découvrez à Marseille
Le Festival International du Film Chiant pour prendre le temps de s’ennuyer devant un film : www.fific.fr
Le Métro est une salle de cinéma pour bouger dans une pellicule plutôt que voir une pellicule bouger : www.marseille2013.com
Casos, made in Marseille le premier film entièrement produit dans le Sud qui sent bon le pastis et l’huile d’olive : www.marseille2013.com
Les documentaires citoyens de l’association Images et Paroles Engagées pour porter un autre regard sur la société : www.ipeprod.org
///Article N° : 12556

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