« Derrière chaque chiffre il y a une histoire »

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Avec Immigrations plurielles, témoignages singuliers, la journaliste Nadia Hathroubi-Safsaf pousse un cri de colère. Un cri du cœur aussi. Elle dresse le portrait d’immigrés, qu’ils soient polonais, italiens, espagnols, marocains. Une manière de réhabiliter l’humain derrière les chiffres.

« Je suis une légende vieille comme le monde, cela fait bien des siècles que mon nom est à la mode […] J’habite vos fantasmes et je peuple votre terre » (1), entonne HK et les Saltimbanques dans leur dernier titre, L’Étranger. Il pourrait être la bande-son du premier ouvrage de Nadia Hathroubi-Safsaf. Journaliste, actuellement rédactrice en chef du magazine Le Courrier de l’Atlas, elle livre dans Immigrations plurielles, témoignages singuliers, un coup de gueule. Un coup de gueule contre la représentation fantasmée des immigrés en France. « L’immigré est un anonyme, un chiffre qu’on lance pour faire peur dans un débat télévisé, un meeting électoral. Il est le bouc émissaire tout trouvé pour expliquer la montée du chômage, les crises financières, le déficit de la Sécurité sociale », s’insurge cette femme de 35 ans, fille d’immigrés tunisiens, dans son introduction. Coup de colère donc, né à l’issue des présidentielles françaises et des débats tenus entre les différents partis politiques sur la question de l’immigration. « Derrière chaque chiffre il y a une histoire », martèle Nadia.
Avant de retracer des histoires de vies, elle rappelle dans une première partie intitulée « Immigrations plurielles », des chiffres qui parlent de la France d’aujourd’hui, de ceux qui la font, loin d’une francité blanche ou de souche qui n’a jamais existé, et derrière laquelle, en temps de crises économiques, se crispent les identités. Elle rappelle ainsi que « 130 nationalités coexistent et vivent ensemble dans l’Hexagone », que « 8,4 % des personnes vivant en France sont immigrées et que deux sur dix y vivent depuis quarante ans au moins », que « les descendants directs d’immigrés représentent 11 % de la population ; la moitié a entre 18 et 50 ans ». Avec ses réflexes de journaliste, Nadia sort des chiffres, des dates, retrace l’histoire, pour prendre de la distance, pour étayer son argumentaire. Un argumentaire avec une cible déterminée : les personnalités politiques. Ainsi termine-t-elle cette première partie par un message clair : « Les attentes sont donc nombreuses. Le président de la République, François Hollande largement élu grâce à ces voix, devra relever le défi d’y répondre sans tarder ».
Contextualisé, l’ouvrage de Nadia Hathroubi-Safsaf fait pratiquement office d’un dossier journalistique dans lequel sont glissés des portraits détaillés de parcours d’immigrés, qu’ils soient espagnols comme Juan arrivé en France gamin avec sa famille fuyant la guerre civile espagnole, Anna, Polonaise prise dans l’étau de la seconde guerre mondiale, Lakhdar venu de Tunisie pour étudier, tout comme l’Iranienne Mona au destin plein de rebondissements. De chacun de ces quinze portraits, on pourrait écrire un livre. Des récits singuliers qui dessinent autant de parcours migratoires différents. Le fil rouge ? « C’est avant tout de l’humain ! Je voulais replacer l’humain au centre de ce livre, qu’on cesse de parler à la place de ces personnes dites’immigrées' ». Et d’insister non sans indignation : « toutes les personnes que j’ai rencontrées ne comprenaient pas pourquoi je m’intéressais à leur histoire et sont persuadées que cela n’intéresse personne ». Et pourtant, tous ces hommes et femmes rencontrés parlent de leur amour pour la France, à l’instar de Juan : « Pour moi Liberté, Égalité, Fraternité, ne sont pas des vains mots. Ils ont été le ciment de ma vie. Et j’espère qu’ils sauront en être dignes ». Des témoignages qui complètent l’Histoire de France grâce aux histoires singulières.
Quant à la dernière partie « Nous sommes tous des enfants d’immigrés », elle présente des personnalités du petit écran, comme Raphal Yem de Canal Street, la comédienne Amelle Chahbi, des entrepreneurs comme Hapsatou Sy créatrice de Ethnicia, ou encore la chercheure Klara Boyer-Rossol. Ils se racontent en parlant de leurs parents. Une manière de rappeler à l’instar de la marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, que beaucoup de choses restent encore à faire pour reconnaître pleinement ces enfants de la République.
À l’occasion des trente ans de cette marche pour l’égalité, communément désignée comme « marche des Beurs », Nadia Hathroubi-Safsaf consacre d’ailleurs son prochain ouvrage sur la question. Sortie prévue à la rentrée de septembre 2013.

Hathroubi-Safsaf, Immigrations plurielles – Témoignages singuliers, Les points sur les i, octobre 2012

1. À découvrir en exclusivité sur média part le clip de HK et les saltimbanques [ici]///Article N° : 11382

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