Des comédiens maliens restituent le drame algérien

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Suite à une résidence d’écriture, le Centre culturel français de Bamako (CCF) a accueilli, le 8 novembre 2008, un spectacle de théâtre assez exceptionnel : Lettres d’Algérie, mis en scène par le Franco-algérien Baki Boumaza et interprété par des comédiens maliens.

Cette pièce, qui traite avec une grande pertinence de la douloureuse expérience du terrorisme en Algérie, est une mise en scène de lettres écrites par des Algériens à leur famille de France durant la fameuse décennie noire du terrorisme [années 90].
C’est donc un témoignage émouvant de la vie quotidienne de ces hommes et femmes qui vivaient dans la peur et la psychose des meurtres et des attentats dans un pays livré aux vicissitudes liées à l’intégrisme religieux et l’intolérance politique, en particulier durant les années 90.
Pendant cette décennie noire, les liens entre Algériens d’Algérie et ceux de l’extérieur ne se sont jamais rompus. Des centaines de lettres écrites durant ces années terribles, Baki Boumaza tire un émouvant témoignage théâtral. « Parmi tant de textes consacrés au drame Algérien, j’ai été particulièrement touché par les lettres publiées par le journal français Le Monde entre le 18 et le 24 novembre 1997. Leurs auteurs sont professeurs, retraités, coiffeuses… Mais, aucune autre signature qu’un prénom au bas de ces lettres qui sont tout sauf anonymes. Ce sont des voix d’hommes et de femmes s’adressant à l’amie, au frère, aux cousins… », explique Baki Boumaza. Il précise, « ces voix, j’ai voulu les faire entendre au théâtre, pour nous faire entrer dans l’intimité de leurs échanges. Le spectateur devient un proche. Il s’ouvre à l’écoute tendre et soucieuse de celui qui fait partie de la famille. Et chaque lettre l’interpelle, avec les mots simples d’une vie quotidienne. Une façon de rêver, de s’affirmer en vie, malgré le poids inévitable de la peur, de la douleur devant la mort d’un proche, de l’angoisse que ravive un nouvel attentat ».
« Et malgré leur pudeur ou leur gêne devant leur propre besoin de parole, malgré leur crainte de nous encombrer de mots, c’est aussi leur colère que ces témoins parmi d’autres crient dans leurs lettres, et leurs désirs que cessent l’enfermement et la barbarie ». Pour cette nouvelle expérience, le metteur en scène a travaillé avec quelques-unes des jeunes acteurs prometteurs du Mali, notamment Oumou Berthé dit Dikoré, Balkissa Maïga, Assitan Kouyaté et Salif Berthé.
C’est donc ce témoignage poignant d’une époque éprouvante qui a été présenté au public malien, venu en nombre au CCF le samedi 8 novembre 2008. Soutenu par plusieurs structures, le spectacle a été produit par Acte Sept, avec le soutien du FSP Diversité Culturelle, de l’ambassade de France au Mali et bien sûr du CCF de Bamako. Pour les responsables de l’Acte Sept, leur engagement dans la production de l’œuvre est lié au fait qu’il est « important de donner au théâtre son rôle de sensibilisation, d’éducation. Acte Sept désire remplir sa fonction en abordant un thème douloureux et primordial : l’actualité de la violence en Algérie« .
Fort de son succès en France et en Suisse Bazi Boumaza a donc décidé de venir au Mali créer cette pièce avec des comédiens maliens. Une occasion rêvée pour le pays d’accueillir une œuvre de qualité permettant d’aborder un sujet d’actualité qui nous concerne tous.
La résidence de création, qui a réuni tous les participants a représenté un moment crucial durant lequel les rencontres et les échanges ont été très fertiles.
Le spectacle ainsi créé est programmé pour Festival du Théâtre des réalités du 1 au 7 décembre 2008. La troupe se rendra également dans les écoles et les lycées et se produira, par ailleurs, dans plusieurs régions du pays dans le cadre du festival décentralisé. Heureuse initiative qui permettra aux Maliens de l’intérieur d’entendre les voix de leurs voisins algériens relayées par des enfants du pays.

///Article N° : 8214

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