Destination musicale #3 : Lagos

Entretien avec Aderinsola Ajao

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Les tendances musicales actuelles sur le continent, les clips qui cartonnent, les artistes qui tournent, les chansons qu’une grande partie du public martèle dans sa tête. Africultures a choisi 5 grandes villes africaines et y a interrogé ses journalistes culturels, à même de prendre le pouls d’une scène musicale actuelle et à venir. Cette semaine, nous sommes à Lagos avec Aderinsola Ajao, journaliste indépendante et programmatrice du Goethe-Institut de Lagos.

Quel est le tube en ce moment à Lagos ?
Le plus gros tube en ce moment est « Dorobucci » des artistes du label Mavin Records (Don Jazzy, Dr.Sid, Tiwa Savage, D’Prince…). C’est une chanson dancehall pleine de bonne humeur et d’auto-congratulation. C’est autant apprécié par les jeunes, que par les plus âgés qui participent à des mariages où cette chanson est régulièrement jouée.

Quel est l’artiste ou le groupe nigérian le plus populaire du moment ?
L’artiste le plus populaire du moment est sans conteste Davido, qui enchaîne les succès et les collaborations avec des artistes locaux et internationaux tels que Phyno et Mafikizilo. Il a récemment reçu le BET Awards (décerné par la Black Entertainment Television aux États-Unis, NDLR) du Meilleur acte international d’Afrique et sa renommée n’a cessé de croître depuis le tube « Dami Duro » qui l’a fait connaître en 2012. Comme son contemporain Wizkid, ses chansons utilisent des sons entraînants et des paroles optimistes – généralement au sujet de l’amour ou vantant ses finances. Personnellement, je ne trouve pas qu’il soit si bon que ça.

Ces artistes sont-ils uniquement connus au Nigéria ou ont-ils une renommée internationale ?
Beaucoup d’artistes nigérians sont populaires en Afrique et auprès de la diaspora. Le nombre de collaborations avec d’autres artistes africains et internationaux à succès l’atteste. Les artistes comme Wizkid, Asa, P-Square, Tuface, Davido, D’Banj et autres jouent régulièrement à l’international. Cependant, pour ce qui est des lieux où ils donnent leurs concerts, il y a comme un problème : la plupart des grands noms du Hip-Hop, RnB et Dancehall jouent principalement pour la haute société dans des fêtes aux prix d’entrée élevés. Les concerts gratuits ou abordables donnés dans des entrepôts, des usines, sur des toits d’immeubles, dans des centre-villes ou dans tout autre lieu alternatif sont rares au Nigéria.

Quelles sont les tendances émergentes ou underground au Nigéria ?
Beaucoup d’expérimentations sont en cours. Je ne suis pas sûre du nombre de tendances parce qu’elles se manifestent aussi auprès du grand public et dans des genres plus populaires. Mais ces derniers-temps, on voit émerger de plus en plus de rappeurs qui utilisent les langues locales, des chanteurs avec des influences rock ou neo-soul, et des collaborations qui mélangent les genres. A chaque nouvelle saison, un nouvel artiste apparaît et vous fait vous interroger : « D’où est-ce que ça sort ? Comment a-t-il bidouillé ça ?« . Au lieu de produire des mixes à partir de musiques existantes, de plus en plus de DJ comme DJ Xclusive ou Spinall créent leur propre sons inspirés de la musique électro. C’est la mode actuelle des boîtes de nuit d’avoir son propre DJ créatif. Une culture clubbing se développe actuellement autour du beatboxing. Le mouvement en est à ses prémices mais il risque de bientôt exploser du fait de l’arrivée de tournois locaux.

Quelle est votre dernière découverte musicale ?
J’ai récemment découvert la musique d’un artiste appelé Patoranking. Il a dernièrement sorti les morceauxx « Girlie O » et « Alubarika ». Il y a un remix du tube « Girlie O » en featuring avec la chanteuse Tiwa Savage qui n’est pas mal du tout. Au plus j’ai essayé de ne pas aimer cette chanson, au plus elle a grandi en moi car elle a une base ragga (librement inspiré du tube « Bam Bam » de la jamaïcaine Sister Nancy sorti en 1982, NDLR). Je n’ai pas vraiment écouté les paroles – une chanson d’amour comme la plupart des tubes nigérians – mais le refrain me reste en tête. Avant Patoranking, j’ai été inspirée par le pouvoir lyrique et musical d’Olamide, qui s’exprime en rappant en Yoruba.

Quels obstacles actuels rencontre un jeune artiste au Nigéria ?
Comme la plupart des artistes en herbe, le financement, la publicité et la distribution sont les plus gros obstacles. Le financement et la publicité, car les artistes ont besoin de bailleurs de fonds avec assez d’argent pour booster leur carrière. On ne peut pas non plus nier le fait que YouTube et les sites de musique fournissent des plateformes peu onéreuses pour présenter le travail des artistes. Cela signifie aussi que le public peut choisir celui qui deviendra sa « star », un peu à la manière d’un chasseur de talents.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par la rédaction d’Africultures

Plus d’infos :
Site officiel de Mavin Records
Site officiel de Davido
Site officiel de DJ Xclusive
Page Facebook de Patoranking
Page Facebook d’Olamide
///Article N° : 12372

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Les images de l'article
Patoranking © DR
Aderinsola Ajao © Nick Hagen
Mavin Records © DR
Davido © Imole Balogun
Olamide © Tensei Johnson





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