Deux mois d’absence, deux mois d’essence…

Print Friendly, PDF & Email

Bibish Marie-Louise Mumbu a séjourné à la Maison des Auteurs des Francophonies en Limousin entre février et avril 2009. Chronique d’une résidence d’écriture propice aux rencontres.

Je suis riche de nouvelles rencontres. Elles m’ont nourrie. De nouveaux visages peuplent désormais mon existence, ce sont de belles personnes qui me font me regarder autrement, et regarder le monde autrement…
En deux mois de résidence à Limoges, j’ai fait la Foire du livre à Bruxelles, des rencontres à Tulle ainsi que des ateliers d’écriture et des lectures au Brésil. C’est ce qui me fait dire que les plus belles choses qui m’arrivent sont celles qui s’amplifient d’elles-mêmes je ne sais par quel miracle.
Peut-être parce que je suis bien entourée, pas par une quantité mais par une qualité, et puis un peu grâce à la foi que je porte, dans ce que je suis et dans ce que je fais.
Oui, vraiment, mon parcours est fait de belles rencontres.
Je viens de boucler deux mois de résidence d’écriture à Limoges couverts par une bourse du CNL, le centre national du livre, une belle cagnotte pour des moments riches.
J’ai réussi à construire un ailleurs.
Des lieux, des moments, des gens, des circonstances sont là pour le confirmer…
Sonia Ristic :
Pourtant quand Sonia me dit, il y a deux ans, que j’ai le profil pour postuler à ces résidences, je n’y crois pas tant que cela. Je pense que ces lieux sont réservés aux mêmes personnes et qu’il n’y a sûrement pas d’espace pour moi, que je n’ai pas le temps de monter le dossier de demande, que c’est compliqué, qu’il faut être artiste au masculin pour décrocher une résidence là-bas, mais…
Mais j’adore les défis, ça me challenge !
Alors je vais sur le site des « Franco », j’y navigue, je regarde qui en Afrique centrale et de ma génération est déjà passé par la Maison des auteurs : il n’y a que Dieudonné Niangouna et c’est un Congolais d’en face. Pas encore de jeunes femmes « zaïroises »… C’est là que je jubile en me disant que je serais la première.
Sonia me promet de m’aider à monter le dossier parce que pour elle, je « dois » le faire. Sauf qu’elle n’a pas le temps et puis moi-même je dois courir. Internet nous joue des tours, je suis à Kinshasa, dans des « commandes » (faut bien manger), parfois dans l’obscurité et cet internet qui ne cesse de ramer ! Mais ça y est, j’ai mordu et je commence à y croire. Et plus rien ne peut plus ébranler ma foi, quand je la mets en exergue.
Véronique Framery :
Celle qui s’occupe du dossier à Limoges s’en va en congé et le laisse à « Véro »…
Eh oui, en deux temps trois mouvements, j’ai commencé à l’appeler Véro et je ne sais pas à quel moment on a commencé à se tutoyer, c’est arrivé tout seul. C’est quelqu’un d’hyper réceptif, de très réactif et on a filé ensemble dans la présentation pour le CNL de ma demande de bourse et même du contenu de ma résidence en ce qui concerne les animations à faire. Ce que j’ai adoré avec Véro, c’est comment elle est arrivée à « coucher » sur papier ces choses qu’on s’est dites au téléphone ou en quelques lignes via mail…
Je voulais Fiston Nasser Mwanza pour des lectures à deux, faire projeter le film de Clarisse Muvuba, « les fils de la mort », et faire des ateliers d’écriture. Elle m’a trouvée le centre de loisir de Panazol avec les 8-12 ans, c’était écrire sur la mémoire et c’a été génial de leur faire écrire des « je me souviens » question de lutter contre l’amnésie ! Une résonance de ce que j’avais déjà fait à Kinshasa en janvier avec les 14-17 ans au lycée Motema Mpiko et de ce que je ferais en avril à Rio au Brésil avec des plus âgés…
Elle a fait venir l’exposition Congo Eza à la Galerie des Coutures de Limoges et avec elle Mirko Popovitch, directeur de Africalia, et Christian Tundula, un des photographes exposés.
Françoise Gardiès :
J’ai la bourse du CNL mais pas le voyage international que je dois financer moi-même.
Je n’ai pas assez de sous, ou plutôt si, mais en France – je pense à la bourse. Je ne peux pas non plus demander de l’argent belge pour un séjour français… Même sous le prétexte que je fais venir l’expo Congo Eza pendant ma résidence. Je cherche donc à rencontrer Françoise pour en parler avec elle, mais le personnel constitue un peu un « bunker » pour ça. Je fais alors une lettre de demande d’audience. Et j’attends. Et comme je stresse à mort, j’ai l’impression que l’attente est longue. Alors quelqu’un me suggère de passer un soir de spectacle à la halle, pour la voir directement, c’est ce que je fais. C’était un vendredi soir, jour de spectacle de la chorale les Enchanteurs… Je m’en souviendrai !
Quand je m’approche, elle me sourit, me fait la bise et me présente à son époux, monsieur l’ambassadeur de Suisse à Kinshasa, en me désignant par tous mes noms : Bibish, Marie-Louise, Mumbu, et par toutes mes casquettes : Journaliste culturelle, Écrivain. C’est bon d’être ainsi (re)connue. Je ne le pensais vraiment pas et ça fait du bien.
Un rendez-vous était déjà déblayé pour le mardi qui suit en début d’après-midi.
Quand j’arrive, son bureau étant en travaux, je suis reçue dans le bureau du service d’animation et les choses vont très vite. Elle prend connaissance de la lettre de confirmation de bourse du CNL et celle d’invitation à la Maison des auteurs des Francophonies, et hop ! Elle met Egide sur le coup et me confirme son soutien de me prendre mon transport international en charge. Un courrier est lancé pour que le SCAC valide vite vu qu’il n’y a pas beaucoup de temps entre la date de départ initial, le 8 février 2009 et le moment de ce rendez-vous, on est fin décembre juste avant Noël.
Après, les choses suivent leur cours… Merci pour ça Françoise.
Visa Schengen :
Comme je dois aller à Linz avec les Studios Kabako pour les (dernières) représentations de la pièce de Faustin Linyekula « le Festival des mensonges » entre le 19 et le 26 janvier et que, juste après, il y a la résidence à Limoges, je m’en vais donc à l’ambassade de France à Kinshasa pour me faire renouveler mon visa de circulation d’un an…
Quelle ne fut ma surprise !
Il parait que toutes les demandes de visa Schengen doivent se faire désormais via l’ambassade de Belgique. Pourquoi ? Je n’en sais trop rien, il n’y a pas un semblant d’explication « costaude »… Parce que… Quoi ! Parce que…
Du coup, fini les visas de circulation, « allez chez les Belges » qu’on nous dit gentiment ! Sauf qu’il y a une bizarrerie : l’Autriche n’a pas levé sa mesure d’octroi de visa à l’ambassade de France après validation par son consul qui gère tout ça, les demandes de visa et les légalisations, à Binza dans le quartier Macampagne.
Donc, je vous explique.
Je suis allée voir le consul d’Autriche à Macampagne, puis le lendemain je suis allée à l’ambassade de France pour un visa d’Autriche et le jour d’après je suis allée à l’ambassade de Belgique pour un visa pour la France… Après il y a eu des embouteillages sur les périodes de demande, genre qu’on n’a pas le droit de faire deux demandes en même temps même si c’est pour des périodes différentes, etc.
Mais malgré cet illogisme infernal, on y est arrivé, mon visa m’a été accordé : un « 60 jours » avec multiples entrées…
Lorgen :
Revenue de Linz, le 26 janvier, je n’avais plus que dix jours environs pour ramener un billet d’avion chez les Belges pour avoir mon visa Schengen dans mon passeport. Mais Egide n’avait toujours pas réagi. Et encore du stress pour moi !
Heureusement que j’avais les bonnes personnes en face de moi, Françoise déjà mais aussi Lorgen, à l’ambassade de France à Kinshasa.
Il a été parfait. C’est sur lui que j’ai reposé tout mon stress jusqu’à son coup de fil m’avisant de l’arrivée de mon billet électronique via sa boîte email…
Vite à l’ambassade, avec une assurance prise par les Francophonies en Limousin et hop, servie comme une princesse.
Air France :
Cependant un problème de santé a fait que j’ai dû faire un changement de départ…
Mon médecin n’a rien trouvé de mieux que de me faire faire un check-up, non parce que j’aurais attrapé un machin incurable – j’ai eu très peur, mais juste parce qu’il estimait que deux mois seraient longs et qu’il était donc impératif de faire des examens médicaux pour être sûr que je ne couvais pas de malaria…
Au lieu de me le dire !
Je suis donc allée changer ma date de départ deux fois de suite parce que je n’avais toujours pas mes résultats d’analyse. Et Alain Mananga, que j’ai croisé chez Air France, a été d’une patience et d’une gentillesse hors pair, acceptant à deux reprises de me changer mes dates de voyage. Faut dire aussi que le billet pris par Egide offrait ces facilités-là puisque je ne payais aucune pénalité, on ne sait par quel miracle. Alain a d’ailleurs bien vérifié la chose de peur de faire erreur et de se faire réprimander. Nada, rien à payer pour ces changements !
On devrait l’augmenter ce garçon…
Il n’a fait que son travail ? En tout cas avec amabilité et efficacité et sourire. On n’a pas toujours ce package quand bien même on a payé pour être servi… Hein ? Essayez un peu les boutiques ou les magasins et vous comprendrez de quoi je parle. Enfin. Le voyage a été agréable, je me suis gavée de films à bord, hé chacun avec son propre écran c’est toujours la classe quoi !
À CDG, mes bagages récupérés, j’appelle Véro pour lui dire que je suis bien arrivée, je saute dans un RER direct sur Gare du nord, je prends la ligne 5 jusqu’à la Gare d’Austerlitz et là… ma résa Egide de train s’est annulée, c’était prévu pour le 8 février. Eh oui, là j’arrivais dix jours plus tard quand même. Pas grave. J’ai un peu de sous, je prends un autre billet pour limoges, 4h de train, mamamia.
Limoges :
À mon arrivée, Véro est là. Elle, elle sait qui elle vient chercher, j’ai dû envoyer une photo pour mon dossier ; moi je ne l’ai jamais vue. Tiens, là, un sourire : c’est elle !
Les bureaux des « Franco » sont à cinq minutes de la gare de Limoges Bénédictins…
J’occupe la chambre du rez-de-chaussée à la Maison des auteurs : j’adore mon chez moi et tout le long de cette résidence, ce lieu a vraiment été pour moi « la maison »…
Toutes les fois où je suis partie de Limoges, que ce soit pour la Foire du livre à Bruxelles ou pour le Brésil ou un aller-retour à Paris, dès que j’arrivais à cette gare, y’avait toujours cette sensation ineffaçable du « home sweet home » !
À mon arrivée, là, je passe un week-end solitaire, je suis la seule pensionnaire de la maison, j’en profite pour prendre mes marques, même si je n’arrive pas encore à écrire.
Je m’occupe de finaliser des dossiers kinois – des scénarios de feuilletons radiophoniques pour Radio Okapi ; de faire des repérages alentour de la maison ; de passer des coups de fil pour dire comment je suis bien installée, etc.
Je n’arrive toujours pas encore à écrire.
La semaine d’après, après m’être équipée d’une petite caméra web à la Fnac, c’est le déclic sur le plan écriture de ma pièce de théâtre après une longue conversation vidéo avec Jean-Luc mon mari… Évidemment.
Bruxelles :
À la Foire du livre, installée au stand de mon éditeur Le Cri pour « Samantha à Kinshasa », j’y suis présente deux jours. Quand je dis que le voyage a été long depuis Limoges-Paris-Bruxelles Midi, on me dit que Kinshasa c’est encore plus loin, z’ont pas tort, sauf que c’est du direct avec Kin. Là c’est quand même 4h le Limoges-Paris avec au moins trois arrêts, ensuite la correspondance en métro jusqu’à Gare du nord, puis les 1h20 Paris-Bruxelles Midi… Ah quand même. Mais c’est bon d’être là, surtout pour ce livre qui me donne des raisons de sourire, mon « Samantha à Kinshasa ».
Il se vend bien le livre, surtout à Kin, et c’est réjouissant…
On dit qu’il fait office de guide pour ceux qui ne connaissent pas la ville, et réveille des souvenirs et des envies de faire, de réaliser, pour ceux qui connaissent.
Animations à Limoges et Tulle :
Cette résidence ce sont aussi les 20 % de mon temps au service d’échanges et rencontres, j’ai adoré. Sans contraintes, j’ai aimé animer des ateliers d’écritures avec ces enfants à Panazol et surtout aller dans les lycées pour discuter avec les élèves sur le Congo Démocratique, l’Afrique, les relations et l’humain.
J’ai fait un lycée à Limoges, là où il y a eu la mise en espace de « Samantha à Kinshasa » par Catherine Boskowitz. J’ai rencontré les élèves la veille ou deux jours avant la lecture-spectacle, je leur ai lu et commenté quelques extraits de « Mes obsessions », ils m’ont dit leur ressenti… Et à Tulle, je suis passée dans trois classes où on a fait projeter le film de Clarisse Muvuba, « les fils de la mort », je me suis faite accompagner là de Fiston Nasser et Cajou Mutombo (Boursier de Culturesfrance pour le Visa pour la création, en résidence à Limoges), on a raconté notre Congo, pas celui des infos de 20h sur France 24, ni celui de RFI, mais le nôtre, celui de Kabibi ma voisine, celui du bruit et des odeurs de brochette de « viande ruelle », celui des jurons dans les routes embouteillées, etc.
Bel échange avec tous qui donne envie de dire alors, très fort : fermons les ambassades, elles restreignent trop nos contacts…
Christine Verdussen et Christian Lutz :
Mes éditeurs, Christian et Christine, sont belges, et tout va bien. Avec eux, c’est surtout une belle aventure humaine faite de respect et d’affection. On s’est rencontré au bon moment et voilà. Ça s’est passé à Kinshasa vers le début de l’année dernière, je revenais de Yambi en Belgique et d’une longue tournée d’un mois et demie aux États-Unis avec Faustin Linyekula et son « Festival des mensonges »…
Je m’en souviendrais toujours.
Je suis donc rentrée à Kinshasa un vendredi soir, je les ai rencontrés vite-fait samedi matin, on a pris rendez-vous pour dîner ensemble le soir, et le lendemain dimanche, ils rentraient en Belgique. Avec dans leurs bagages des feuilles volantes de ce que j’appelais « Chansons sans air », le « Samantha à Kinshasa » actuel…
Pour cette Foire du livre, j’ai dormi chez eux les deux jours et le jour de la clôture, j’ai fait des dédicaces avec Colette Braeckman qui signait, elle, son livre « Vers une deuxième indépendance du Congo »…
Jackson, le cousin de Jean-Luc, et Karyn son épouse, nos parrains, sont passés me voir à la Foire, pas moyen de se voir autrement. Et la cousine de Jean-Luc, Agnès, venue avec son mari, a refusé que je lui offre un livre, elle a tenu à le payer de sa poche ! Question de m’encourager à aller encore plus loin… Je les adore mes beaux-frères. Parenthèse.
Stéphanie Suffren :
Stef est maintenant directrice de l’Alliance française de Rio. C’est surtout quelqu’un de bien, et c’est une amie. Elle a travaillé à la Halle de la Gombe, le centre culturel français de Kinshasa, c’est là qu’on s’est connu et rencontré. Et quand, en janvier, à Linz pour ces représentations du « Festival des mensonges » en Autriche, Faustin me dit que Stéphanie qui recherchait mes coordonnées va me contacter, j’étais loin de penser que ce serait pour m’inviter au Brésil pour « faire quelque chose »…
Je rentre donc à Kinshasa après Linz, s’ensuit un mail puis un coup de fil de Stef et la proposition de passer quelques jours à Rio et Nitéroï pendant « mon Limoges », à moi de voir ce que je peux proposer. Il y a un échange mail entre Stef et Marie-Agnès pour pas qu’il y ait embouteillage avec ma résidence et tout est ok puisque j’ai alors fini mes animations. De fin mars à début avril. Top là !
J’ai mon visa en deux jours à l’ambassade du Brésil à Paris, j’ai mon billet, je suis parée pour mon tout premier voyage en Amérique Latine.
Comme je suis obsédée par ce travail sur la mémoire, je vois là déjà comment continuer d’y réfléchir ailleurs et autrement : « Ecrire pour la mémoire et lutter contre l’amnésie »…
J’habite chez Stef avec sa fillette Téza, sa nounou Maria et Lokua, le compagnon de Stef et mon compatriote, l’un des plus grands musiciens congolais. Respect !
Valérie Baran :
Vous savez la différence entre se croiser et se rencontrer ?
Avec Valérie, c’a été pendant un temps « se croiser » sans « se rencontrer »…
Ça nous est pas mal arrivé. A Paris, quand elle prend la gestion du Tarmac de la Villette. Puis, récemment, à Kinshasa lors d’un séjour, en plein « atelier Sonia »… On a même manqué de manger ensemble parce qu’il y avait embouteillage. Décidément, j’aime beaucoup ce mot, embouteillage ! Oh mais ce n’était pas de notre propre chef, c’était plus lié aux circonstances, aux gens, à l’administratif, etc.
Alors un jour, là, à Limoges, au moment où je n’arrivais pas à écrire, quand je venais de débarquer, je décide de remettre le nez dans un texte écrit au pays, à Kisangani, « Dans la cuisine, des morceaux d’espoir… »
C’est un texte écrit dans le cadre d’ateliers d’écriture organisés par le tarmac des auteurs, une structure kinoise. Des ateliers qui m’ont d’ailleurs fait rencontrer Sonia Ristic, Olivier Coyette, Guy-Régis Junior et Lotfi ; Gustave Akakpo je le connaissais déjà.
Et donc, recevant une invitation pour une journée de réflexion début avril au Tarmac de la Villette, je sens comme un signe de la Providence et décide d’envoyer ce texte à Valérie Baran. Entre-temps, la journée de réflexion a été, elle, renvoyée à septembre. J’espère pouvoir y être. Mais en tout cas, maintenant, avec Valérie, je peux dire qu’il y a eu rencontre…
Ateliers d’écriture :
Pour tous les ateliers, à commencer par ceux de Kinshasa, j’ai demandé aux participants de se présenter de manière assez spéciale : en dehors de dire leur nom, ajouter un détail qui les caractérise le mieux sur ce qu’ils aiment, souhaitent, détestent, etc.
On se connaît mieux ainsi et on est plus à l’aise pour lire son texte aux autres.
La thématique principale c’est « écrire pour la mémoire et lutter contre l’amnésie » avec trois séances (hier, aujourd’hui, demain) calquées sur l’Homme, celui qui sait où il va parce qu’il sait où il est et d’où il vient… :
Je me souviens
– Il parait
– Je rêve
Au Lycée Motema Mpiko à Kinshasa, en RDC, j’ai affaire aux 14-17 ans. Leurs textes me surprennent énormément, de manière agréable. Ce sont surtout de longs textes. Rêveurs, revendicatifs, accusateurs, rêveurs encore, narratifs. Ça me fait dire qu’autant ma génération et celle d’avant est fataliste en ce qui concerne le Congo, autant ces jeunes ne le sont pas du tout. Ils ont la niaque et je crois qu’avec eux, les politiques devraient changer leurs disques de bobards. Ces jeunes rêvent d’un « état » congolais dans lequel ils fonderont leurs familles, trouveront des emplois et penseront aux guerres, éruptions volcaniques, crash et autres désastres comme à des cauchemars de jadis…
Au Centre de loisirs de Panazol à côté de Limoges, en France, les 8-11 ans me surprennent par des textes très courts mais très chargés d’émotions. En interligne, j’y décèle de la rage surtout à cause d’un divorce ; de la peur d’arriver ou pas à se faire des amis à cause d’un déménagement ; la crainte de se faire accepter, etc.
On pense que ce ne sont que des enfants et pourtant, ils voient, ils entendent, ils sentent.
Et finalement ce jeu a bien servi les animateurs qui retapaient les textes des enfants, ils ont découvert des choses qu’ils ne savaient pas et ça les a aidés à mieux les connaître et mieux les comprendre. Une copine française me disait « tu vas animer un atelier avec des enfants et tu t’appelles Bibish… tu vas avoir du succès »… Pas faux du tout : c’a marché !
Un contact très fluide avec eux, plein de questions sur mon mari, des enfants si j’en ai, je leur ai montré sur une carte où se situe mon pays, la RDC, le trajet que j’ai fait et le « triangle du souvenir » de ces ateliers que je fais avec Kinshasa, Limoges, Rio de Janeiro.
Trois villes, trois continents.
À l’Alliance Française de Rio, au Brésil, mes interlocuteurs ont entre 20-50 ans et sont, pour la plupart, à part deux étudiants, des professeurs brésiliens de langue française apprise à l’alliance. La particularité avec eux, c’est de s’être prêté comme il faut au jeu de la présentation. Des exemples ? « Je m’appelle Thiago et j’ai envie de détruire les frontières, quelques-unes en tout cas », « Moi c’est Maria Clara, j’ai envie de marcher sur les murs », « Je suis Maria Cida et je ne suis pas dangereuse et ne tue pas », etc.
À Rio, je ne me suis jamais sentie dépaysée malgré la barrière de la langue – le portugais, on m’a dit à ce propos que c’est parce que je suis revenue auprès des miens…
(Avec les vrais mots, j’ai dit « je me sens comme à la maison » et on m’a répondu « c’est parce que tu n’es jamais partie »)
Lectures :
À Limoges, il y a eu une belle fourchette d’écrivains francophones pendant le festival littéraire « Nouvelles Zébrures », des auteurs venant du Canada, de la France, de Yougoslavie et de RDC. J’étais heureuse de revoir Fiston Nasser Mwanza et Sonia Ristic, et de faire la connaissance des Québécoises Marcelle Dubois et Catherine Léger.
Fiston et moi avons lu quelques textes dans le cadre de l’expo photo Congo Eza à la Galerie des Coutures, soirée animée par Meryll Mezath, journaliste du Congo Brazzaville, en présence de Mirko Popovitch, directeur de Africalia, Christian Tundula, un des photographes exposé dans l’ouvrage ainsi qu’un public très attentif.
Catherine Boskowitz a mis en espace mes « Chansons sans air » – Samantha à Kinshasa, dans une lecture spectacle avec Alvie Bitémo, musicienne et comédienne brazzavilloise accompagnée de Benoist Bouvot, musicien, compositeur et créateur sonore.
À Rio, une lecture marquante avec une comédienne géniale, Iléah Ferraz, m’a fait découvrir une auteure brésilienne qui traverse les époques, Maria Carolina De Jésus… Iléah a lu des extraits de cette dame extraordinaire en portugais, j’ai lu des extraits en français de « Mes obsessions : j’y pense et puis je crie ! », de « La Fratrie errante » ainsi qu’un texte de Fiston pris dans son recueil « Poèmes et Rêvasseries »
À Nitéroï, où je n’ai passé qu’une journée, Nicolas Duvialard, le directeur de l’alliance là-bas, est venu me chercher à Rio chez Stef en voiture, on a déjeuné avec son épouse et après j’ai été voir l’alliance. J’ai eu trois séances de lectures et échanges avec un public très intéressé, des modules d’une demi-heure à tous les coups. Le dernier a mis près d’une heure. Sacrés moments où le public m’a donnée à voir les similitudes entre Rio et Kin, Brésil et RDC. Ou plutôt, c’est moi qui leur ai donné des parallélismes à travers mes lectures. Ce qui est sûr c’est qu’on a vibré à la même émotion.
J’y retournerai, c’est clair !
Marie-Agnès Sevestre :
« Connaître » et « approcher »…
Deux mots que je colle désormais à Marie-Agnès.
Lorsque « La fratrie errante » est jouée à Limoges en 2007, je suis en plein festival Yambi en Belgique. Je viens vite-fait pour la seconde représentation : arrivée à 15h, j’assiste à une générale quelques minutes plus tard et le soir c’est le spectacle, il y a après une petite bouffe, et le lendemain dans la matinée je suis dans le train qui me ramène en Belgique où je fais des lectures avec André Yoka dans des bibliothèques et espaces culturels, notre fameux « Kinshasa lue à deux voix »…
Et quand Marie-Agnès passe à Kin, je ne suis pas au pays. Ça fait deux rendez-vous manqués !
Quand je débarque à Limoges, entre la Foire du livre à Bruxelles et mes animations, on n’a pas le temps de discuter longtemps. On ne se connaît pas vraiment aussi faut dire.
Et puis, le jour de la lecture-spectacle des « Chansons sans air – Samantha à Kinshasa », dans la salle, il y a un rire qui ne s’arrête pas à chaque passage ou presque. Ce n’est pas le rire de Cajou, ni celui de Fiston, ni celui de Meryll. C’est Marie-Agnès…
Je ne sais pas comment le dire mais ça m’a fait sourire de plaisir tout le long de la lecture.
J’ai écrit ces chansons en rigolant moi-même. Et là, le rire était partagé… Je veux dire pas besoin d’être Congolais pour se retrouver dans le même état que moi quand j’écrivais et c’est ça qui est génial. On n’a pas eu de longues discussions, mais on a partagé « ça » ! Cette chose qui, au final, se matérialise par une proposition très spontanée : présenter cette étape de travail en septembre pendant le festival…
Après, les histoires d’argent, de budget, font que cette proposition soit ramenée à 2010, mais qu’importe, il y a eu « ça », et ça existe désormais. C’est vraiment important, et je parle pour moi, de connaître et d’approcher, ça permet de partager…
Catherine Boskowitz et Brigitte Bentolila :
Deux metteuses en scène, deux sacrées femmes, Catherine et Brigitte, Brigitte et Catherine.
Je connais bien Catherine depuis l’époque où Jean Michel Champault et Stéphanie Suffren étaient en poste à la Halle de la Gombe. J’ai passé trois mois de stage en administration de compagnie culturelle à l’époque où j’administrais les Studios Kabako… Brigitte, je l’ai rencontrée à Rio via Stéphanie et Iléah. Elle a traduit une de mes obsessions, « on est toutes quelque peu pareilles », en portugais pour Iléah qui l’a lue le jour de notre lecture ensemble à l’Alliance…
J’en parle côte à côte parce que toutes les deux, elles aiment mon écriture.
Catherine va continuer sa lancée sur « Samantha à Kinshasa », et réfléchir sur la proposition de Marie-Agnès pour 2010 – je pense que ce serait bien de cogiter dessus. Tandis que Brigitte s’intéresse, elle, à « La fratrie errante » dont j’ai lu quelques extraits qui l’ont séduite. Et dans le cadre de l’année de la France au Brésil, pourquoi ne pas penser à des possibles ?
Je rêve, je crois en en même temps que Stef, Brigitte, Iléah, Thiago, Mombaça et bien d’autres, d’un pont entre Rio et Kinshasa… Et entre Kinshasa et tout l’ailleurs. Un joli pont dessiné et nourri par des créateurs avec des passeurs comme tous ceux que je connais, ces go-between hors pair…
Les Francophonies en Limousin :
Plus qu’un évènement ou un lieu, c’est une équipe, c’est des gens !
Le fondement de toute cette chaleur, toutes ces rencontres, tous ces visages, c’est eux. Un grand merci à tous et à chacun…
Un clin d’œil spécial à Olivier Lage qui m’a démontrée qu’à Lille, il y a aussi de la chaleur.
Grand merci à vous…
Voilà.
On peut dire que j’ai bouclé la boucle en faisant un peu le tour.
Bizarre que toutes les personnes d’envergure que j’ai rencontrées soient des femmes, et je vous jure que je ne l’ai pas fait exprès… Je rigole. Et puis, je ne suis pas dans ça, moi je suis une adepte de la parité dans la compétence et dans la rémunération, n’est-ce pas ?
En tout cas, un grand merci à tous de m’avoir permis de créer cet ailleurs…
Merci à tous les héros dans l’ombre…
A bientôt !

Mai 2009///Article N° : 8866

  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire