Diadji Diop, L’énergie et le mouvement

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Présent à Dakar pour la deuxième Biennale d’art consécutive, Diadji Diop expose ses sculptures qui essaiment, grandissent et enchantent. Focus sur son travail. 

La série des nageurs de Djadji Diop avec leurs sourires extatiques naît en 2009. À cette époque, la présidence de la République française cherche à faire connaître de jeunes talents pour les Journées Européennes du Patrimoine (European heritage days). C’est ainsi que surgit le premier nageur sur les pelouses du jardin de l’Élysée. Robuste et énergique, d’un rouge brillant, il ne peut qu’être remarqué. Aussitôt, il rejoint la collection du Musée national de l’histoire de l’immigration (MNHI), installé dans le Palais de la Porte Dorée à Paris, et y accueille les visiteurs à leur entrée sur le site. En une décennie, le nageur a eu le temps de faire des petits. Si chaque pièce est unique, sculptée à chaque fois, une dizaine de ses semblables émergent de la verdure à différents endroits du monde. La terre, le sculpteur la voit luxuriante et nourricière. Le symbole est fort et lié à la naissance de son premier enfant et au bonheur de devenir père (la série s’intitule Dans le bonheur en référence à cet événement). C’était une sensation qui le submergeait et qu’il voulait partager comme un étonnement.

Comment définir ce bonheur-là ? Comme un état d’âme ? Un sentiment ? Qu’est-ce qui le faisait germer et grandir ? Au sens propre, ce ne pouvait être que la terre, répond Diadji Diop. Celle sur laquelle on rencontre l’âme sœur, celle qui procure abri et nourriture, celle qui nous fait aimer. Alors, poursuit-il, si on peut dire « nager dans le bonheur », pour lui, ça doit être quelque chose comme nager dans un grand pré ou un champ de blés mûrs. Aujourd’hui, la fille aînée du sculpteur a 13 ans et un nouveau nageur – nage papillon cette fois – irradie sur la Biennale de Dakar, tandis que celui de la Porte Dorée se refait une beauté (« Attention, prévient l’artiste au téléphone au moment de régler les préparatifs de la restauration de l’œuvre, s’il y a des gens au musée qui ne l’ont pas vue avec sa couleur originelle, ils pourraient être surpris, c’est un rouge qui brille vraiment »). De leur taille, ils sont trois, tous différents et déclinés en une série de géants. Le Dakarois a une envergure de cinq mètres, celui de la Porte Dorée prend place dans une installation de neuf mètres, du pied qui émerge de la verdure à la main qui y plonge. Enfin, une réplique de la même pose a été livrée ce mois-ci chez un particulier sur l’île de Ré. Le rouge éclatant dont ils brillent, Diadji Diop lui est fidèle depuis son diplôme des Beaux-Arts de Paris en 2001. À l’époque, on y voyait un homme, corps en extension, bras et jambes tendus dans un effort extrême pour repousser les parois devant et derrière lui, un énorme testicule pendant sous son ventre, aux allures de sphère monstrueuse. La réflexion qu’il mène lors de sa présentation, portée par cette couleur vive et sans concession, lui vaut les compliments du jury et aussi de figurer dans l’exposition des félicités de 2002. Il l’a choisie pour dire que les représentations ethnogéographiques n’ont plus rien à nous apporter. Tous les humains, y compris dans les contrées du monde les plus reculées, ont été étudiés, montrés et mis en lumière, ce qui nous unit tous, cet en-commun qui fait lien entre nous, c’est ce qui se trouve sous l’enveloppe, ce rouge organique des vaisseaux, des muscles, du sang, ce qui nous relie à la grande chaîne humaine, en souhaitant à chacun, au moins une fois dans sa vie, de ressentir cette sensation si pleine et si singulière de « nager dans le bonheur ».

Et la suite ? Qui se souvient du rhinocéros transperçant l’ancien tribunal d’Avallon ne s’étonnera pas de voir surgir bientôt, prête à bondir hors de son milieu aquatique, une baleine gigantesque dans le quartier des Teppes à Annecy. Le mammifère y prendra ses quartiers sur le toit du centre d’art-MJC Mikado. Il faudra patienter jusqu’à fin septembre 2022, mais on y sera et on vous en donnera des nouvelles.

 

 

 

Annie Ferret

 

 

Les œuvres de Diadji Diop sont visibles à la Biennale de Dakar jusqu’au 21 juin 2022, ainsi que dans le jardin du MNHI à la Porte Dorée.

Crédit photos : Diadji Diop.

 

 

 

 

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