Djibouti : Daher Ahmed Farah, un homme en quête d’un destin

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L’écrivain djiboutien Abdourahman A. Waberi nous transmet ce texte « DAF, un homme en quête d’un destin  » alors que Les nouvelles d’Addis, journal électronique régional, publie les lettres de prison (sous forme de feuilleton) envoyées par l’écrivain journaliste et opposant djiboutien Daher Ahmed Farah, depuis la sinistre prison de Gabode – à lire sur http://www.lesnouvelles.org

Il est rare de rencontrer un homme lancé sur le sillon d’un destin qui dépasse sa personne physique et son histoire, un homme en phase avec les aspirations les plus partagées de son peuple. Un homme qui ne ménage pas ses efforts, qui n’économise ni son souffle ni sa salive. Un homme, enfin, qui, contre vents et marées, tient d’une main ferme son cap. Le cheptel politique de mon pays est tellement étique que les hommes qui font métier de la respublica se sont croisés tant et tellement de fois que les rancœurs personnelles, les inimitiés d’un autre temps (avant-hier, sous le régime colonial dirigé par Monsieur Ali Aref Bourhan ; hier, sous celui orageux de Monsieur Hassan Gouled Aptidon) et les attachements claniques au-delà du raisonnable brouillent dangereusement la lecture que l’on peut se faire de leurs actes et de leurs pensées.
Daher Ahmed Farah, très jeune, s’est montré attentif au sort d’autrui, aux plus défavorisés surtout. D’où son intérêt à la chose publique depuis ses années lycéennes. D’où sa trajectoire professionnelle heurtée (études de gestion, École de Saint-Cyr, travail à l’état-major, journaliste, enseignant, écrivain, militant, chef d’un parti etc.) qui démontre son immense curiosité et sa grande disponibilité. Il me souvient que ses adversaires ont insisté sur ce parcours peu commun pour y voir le signe d’une instabilité psychologique. Il n’en est rien. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage ! Foutaises, donc. Il m’en souvient aussi DAF est également romancier, le premier en date dans notre petite république – même s’il est vrai que Splendeur éphémère est loin d’avoir révolutionné l’art romanesque, y compris à Djibouti. C’était une ouvre de circonstance certes, il fallait la faire. Un point, c’est tout.
Depuis qu’il est rentré au pays, à la queue des années 1980, tout le monde s’accordera pour reconnaître que cet homme a beaucoup apporté à notre pays. Le courage et l’honnêteté exigent qu’on reconnaisse cela, surtout si l’on est en désaccord avec ses idées politiques. Ça s’appelle le fair-play.
Enfin, j’ai rencontré cet homme en quête de destin il y a quelques mois, à Djibouti. C’était une poignée de jours avant son avant-dernier embastillement dans la sinistre prison de Gabode. Je l’ai trouvé plus combatif qu’avant, plus calme aussi. Son constat après les élections législatives était sans appel, calmement devrais-je ajouter. Relisons ces quelques lignes extraites de sa Lettre à la jeunesse djiboutienne : « Ces souffrances sans nom [celles du peuple djiboutien, s’entend]ne sont pas tombées du ciel, pas plus qu’elles n’ont surgi du sol. Elles sont le produit d’un régime et de son système de gestion des affaires nationales. Elles sont les conséquences directes de l’alimentarisme de nos gouvernants qui allient absence de vision politique, cupidité, inertie et autres agissements fossoyeurs. C’est le fait de ces hommes et femmes dont le principal souci est de se servir de leur pays pour eux-mêmes au lieu de le servir au mieux de l’intérêt général.
Nos souffrances sont, en un mot, le prix que nous payons pour la prospérité exclusive de la poignée d’individus qui prétendent nous diriger. Nous souffrons et ils prospèrent sous nos yeux sommés de suivre en spectateurs captifs leur spectacle qui relève ridiculement du troupeau insatiable.
Mais, pour graves qu’elles soient, ces souffrances ne sont pas insurmontables. Nous pouvons les faire refluer jusqu’à totale disparition. C’est tout à fait possible. Mieux, cela ne dépend que de nous.
Pour y parvenir, refusons d’abord de renoncer. Ne nous laissons pas impressionner par le spectacle suranné des pâturants. Gardons la tête froide pour réagir avec méthode et résolution.
Une fois chassé le sentiment de découragement qui fait le lit de la résignation, disons-nous chacun que nous ne sommes pas seuls. Répétons-nous que c’est tout un pays qui doit trouver son salut, que la quasi-totalité des Djiboutiennes et Djiboutiens aspirent aujourd’hui au changement salvateur. Pourquoi ? Parce qu’il est psychologiquement réconfortant de ne pas se savoir seul. »
Qui pourrait honnêtement soutenir le contraire ? Quel Djiboutien/ne n’a pas, dans le secret de sa conscience, proféré les mots pour lui/elle-même, pour se convaincre qu’il/elle était en vie et en pleine possession des facultés intellectuelles ? Combien de privilégiés d’un instant dormiront tranquilles après ses paroles qui forent loin la conscience de chacun ?
Ce que d’aucuns n’osent pas encore en rêver, Daher Ahmed Farah le dit et l’écrit. C’est bien cela son seul crime. Que nous dit-il encore ? Eh bien ceci : « À tous, je remémore que ce régime est incroyablement fragile et qu’il ne tient que par notre déficit de résistance collective. Très sincèrement, ce pouvoir est tout de faiblesses. Osons l’effort qui sauve.
Alors ACTION ! ACTION ! ACTION ! Sous toutes ses formes constructives.
La lutte continue. »
Ce lundi 16 juin 2003, cet homme affrontera à nouveau son destin. dans la cour d’un palais de Justice. Cela nous concerne tous.
Bien citoyennement.

© Abdourahman A. Wabéri Ce texte a été publié par Les nouvelles d’Addis – http://www.lesnouvelles.org
Le feuilleton en quatre parties est à lire sur http://www.lesnouvelles.org/P10_magazine/17_emotion/17009_leprevenu01.html à 17009_leprevenu04.html///Article N° : 3018

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