Duke Ellington joue Billy Strayhorn

De Jean-Claude Götting et Duke Ellington

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Götting n’est pas musicien, mais dessinateur et scénariste de bande dessinée. Il est l’auteur mis en exergue de ce 33° volume d’une collection inégale, mais intéressante et originale. En effet, « BD Jazz » est une véritable anthologie de cette musique sous une forme inédite : destinée aux amateurs de bd, de jazz, ou des deux, elle raconte « aux jeunes de 7 à 77 ans » suivant l’expression qui a fait la gloire de Tintin, l’histoire de cette musique presque centenaire. Chaque volume est un album cartonné qui comporte une vingtaine de planches racontant en général la vie d’un musicien, accompagnées d’une chronologie et d’une sélection en deux cds de son œuvre enregistrée.
Autant le dire d’emblée, si cet album est une merveille, ce n’est pas pour ses qualités littéraires ou visuelles.
Götting nous ennuie mortellement, autant qu’il s’est probablement ennuyé en exécutant ce boulot de commande, enfilant avec une rare indigence les clichés les plus faux, les plus nuls qu’a jamais pu inspirer le jazz.
Mais par bonheur, les deux cds qui accompagnent ce brouillon de bd offrent la quintessence de l’un des épisodes les plus extraordinaires de l’histoire du jazz. Ils sont l’œuvre de Claude Carrière, dont le nom aurait du figurer comme celui du véritable auteur de cet album, et qui est l’un des meilleurs connaisseurs de Duke Ellington.
La collaboration d’Ellington et de Billy Strayhorn est une rencontre fusionnelle probablement unique dans toute l’histoire de la musique. Strayhorn a 23 ans en 1938, et il est barman dans un drugstore. Il a fait des études musicales classiques, et se passionne pour le répertoire romantique. Mais c’est comme parolier qu’il propose ses services à Ellington, de seize ans son aîné. Pendant près de 30 ans, jusqu’au cancer qui l’emportera, il sera l’ami, le compositeur favori, le confident, le double du Duke. Lorsqu’ils jouent en duo, à deux pianos, comme dans le fabuleux « Tonk », il est impossible de les distinguer. Strayhorn sera en outre le compositeur d’innombrables chefs d’oeuvre « ellingtoniens » : (« Blossom », « Chelsea Bridge », « Day Dream », « Flippant Flurry », « Lush Life », « Midriff », « Passion Flower », « Raincheck », « Sugarhill Penthouse », « Swamp Drum »)…c’est même Strayhorn qui signe « Take the A Train », l’indicatif éternel du Duke Ellington Orchestra, le plus bel orchestre du XX° siècle.
Jamais l’osmose n’a été aussi parfaite, aussi longtemps, entre deux musiciens.
Jamais la musique africaine-américaine ne nous a offert autant de chefs d’œuvre sur une telle durée.
Duke Ellington joue Billy Strayhorn : 40 titres dont chacun est un joyau inestimable.

Duke Ellington joue Billy Strayhorn, de Jean-Claude Götting et Duke Ellington (BD + 2 Cds Nocturne)///Article N° : 4082

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