Echos d’Afrique du Sud

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Arts plastiques
Karl Gietl, un peintre sud-africain à Paris.
Karl Gietl a quitté son atelier de Troyeville et Johannesburg, le 4 mai, pour s’envoler vers la Paris, où il passera six mois à la Cité des Arts. Il a remporté ce séjour en France avec le Prix 1998 de l’Atelier Volkskas, un trophée décerné chaque année par le groupe bancaire sud-africain Absa. Une sorte de consécration, pour ce jeune peintre de 28 ans, diplômé de l’Ecole des Arts de Johannesburg. Une bénédiction, aussi, pour ce citoyen Sud-Africain qui s’avoue saturé du stress et de la violence de sa ville. Johannesburg est pourtant sa principale source d’inspiration. De ses trajets, de ses aventures et de ses rencontres, il tire une sorte de journal intime sur toile. Les trente-cinq petites huiles (16×26 cm) qui lui ont valu le premier prix Volkskas représentent autant de paysages urbains, de personnages et de scènes qu’il légende comme des photos. Son style, focalisé sur la peinture plutôt que sur l’art conceptuel, se distingue par un ton très personnel, dans un contexte où le propos artistique est souvent lié, de près ou de loin, à la politique. Karl Gietl n’est pas pour autant  » déconnecté « , mais il ne revendique que son propre point de vue. Hormis une exposition collective à Santiago du Chili en 1996, il n’a exposé, pour le moment, qu’en Afrique du Sud : dans une galerie du Cap, au Musée d’art de Pretoria et à Johannesburg, à la Civic Gallery, la Rembrandt van Rijn Gallery, l’Institut Français et la Famous International Gallery (FIG) de Troyeville. Il a été l’assistant de son contemporain Erwin Waynebarker lors de la première biennale internationale de Johannesburg, en 1995, et a réalisé dans ce cadre une vidéo (The Laager). A Paris, il entend poursuivre le même type de travail et réaliser un vieux rêve : découvrir l’Espagne.
Xénophobie
Zola Maseko, un réalisateur victime du délit de faciès.
Auteur de La vie de Saara Bartman, la vénus hottentote et de L’étranger, un documentaire sur les immigrés africains à Johannesburg, Zola Maseko a été victime de la xénophobie qu’il ne cesse de dénoncer. A cause de son crâne rasé (un style qui distinguerait les Ouest-Africains aux yeux des Sud-Africains) et de son teint noir, l’un de ses compatriotes l’a pris pour un kwere-kwere (équivalent de bougnoul). Lui braquant une arme sur le cœur, l’homme a tenté de le tuer, le 22 avril, alors qu’il venait de garer sa voiture devant chez lui, à Yeoville, un quartier de Johannesburg. Le revolver s’est enrayé. Terrorisé, le cinéaste s’est précipité dans l’arrière-cour de son domicile, laissant derrière lui un sac qui contenait ses papiers et son téléphone cellulaire. Plus tard, il a appelé son agresseur sur son portable, et lui a parlé en zoulou. Le criminel s’est confondu en excuses, expliquant vouloir simplement  » se débarrasser des étrangers du quartier « . Ses affaires lui ont été ensuite été restituées. Avec Berea et Hillbrow, Yeoville, fief des communautés nigériane et congolaise, serait quadrillé par des  » comités de vigilance  » formés contre les immigrés. Le niveau de violence est tel que le Haut Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés a commandé à Azaguys, une agence de publicité sud-africaine, une campagne contre la xénophobie. L’un de ses slogans, éloquent :  » Personne ne veut être un réfugié. Rappelons-nous notre passé « .
Festival
Grahamstown, 25ème édition
Le festival de Grahamstown transforme chaque année, pendant dix jours, cette petite ville universitaire du Cap oriental, située à mi-chemin entre Port-Elizabeth et East London, en haut-lieu des arts et de la culture. Pas moins de 100 000 personnes se sont bousculées lors de l’édition 1998. Sponsorisé depuis vingt-cinq ans par la Standard Bank, l’un des principaux groupes bancaires du pays, le festival n’a pas échappé à la transformation post-apartheid. Toujours critiqué et parfois boudé par les plus  » activistes  » des artistes dits  » des townships « , ce pilier de l’establishment de la culture sud-africaine s’est ouvert, depuis le début de la décennie, aux spectacles internationaux et aux composantes  » non-blanches  » de la culture du pays. L’édition 1999, qui se déroulera du 29 juin au 11 juillet, poursuit un effort d’ouverture à l’Afrique et à ses diasporas. Au programme, très conséquent, le danseur américain Bill T. Jones, la compagnie ivoirienne Ki-Yi M’Bock de Were-Were Liking, le Pan African Orchestra du Ghana, le chanteur ougandais Samite, le groupe Women of Africa formé par les chanteuses Sibongile Khumalo (Afrique du Sud), Hanitra Rasoanivo (Madagascar), Oumou Sangare (Mali) et Sally Nyolo (Cameroun), le sculpteur zimbabwéen Dominic Benhura, le peintre namibien Joseph Madisia et, last but not least, un hommage à Djibril Diop Mambéty. A l’affiche, par ailleurs, de la danse contemporaine et deux opéras ; du théâtre professionnel et amateur ; de la musique classique et un festival de jazz ; des expositions, des films documentaires et de fiction, courts et longs ; une école d’hiver (austral) et un festival pour les enfants. Parmi les spectacles sud-africains les plus attendus : Milestones, un opéra sur le thème du changement et de la transition politique, écrit par Mandla Langa (et tiré de son dernier roman, Memory of Stones, à paraître). Dirigé par Jerry Mofokeng, il fera porter les voix de Sibongile Khumalo, Gloria Bosman et Owen Sejake, sur des compositions de Hugh Masekela, Motsumi Makhene et Mokale Koapeng. A Grahamstown, il sera d’autant moins possible de tout voir qu’un fringe festival (festival off) offrira un programme non moins chargé – quelque deux cents manifestations.
Contact : Standard Bank National Arts Festival, PO Box 304, Grahamstown 6140. Tel : 27 46 622 43 41. Fax : 27 46 622 30 82. Email : Erreur! Signet non défini.. Internet : http ://www.sbfest.co.za/
Télévision 
Yizo Yizo, la série qui défraie la chronique
Révolution dans la forme : une image en noir et blanc, une bande-son en langues africaines sous-titrées en anglais, une caméra libre, des cadrages audacieux et des acteurs qui jouent juste… Yizo Yizo ( » c’est comme ça « ), la série télévisée qui suscite la polémique, opère aussi une révolution dans le fond. Elle veut offrir à la majorité du public sud-africain, la jeunesse noire, le reflet à peine fictionné de son quotidien : l’école, la violence, la rue. Diffusée en prime time, à 20 h 30, tous les mercredis depuis début février, sur SABC 1, la première chaîne de la télévision nationale, cette nouvelle série télé a fait un malheur. Des malheurs, même… Très suivie par les jeunes, elle aurait incité d’inquiétants mimétismes.
Un élève du lycée de Krugersdorp a tué son professeur d’histoire, le 7 mars dernier, d’un coup de revolver dans la tête. Gondalien Jele, 56 ans, directrice d’une école primaire de Soweto, a été abattue par des voleurs et dépouillée de ses bijoux et de sa voiture, le 15 avril, en plein jour, dans la cour de son établissement. Un gang de voyous opérant sous le nom de Yizo Yizo s’est manifesté dans la province de l’Etat Libre. Un autre proviseur a échappé de justesse à la mort, le 20 avril à Umtata (Cap oriental), à la suite d’une bastonnade administrée par une centaine de collégiens, qui ont tous été arrêtés. Leur revendication : que certains professeurs soient mutés ailleurs, et que le proviseur leur interdise de quitter l’école pour aller boire pendant les heures de cours…
La réalité a surpassé la fiction, critiquée pour sa description trop crue de la violence des jeunes. A la une du magazine Drum, le 22 avril, Papa Action, le héros négatif de la série, incarné par un acteur que personne ne connaît sous son vrai nom (Ronnie Nyakale), a lancé ce vibrant appel :  » S’il vous plaît, les enfants, ce n’est que de la télé ! « . Les faits divers ont alimenté la controverse, entre les  » pro  » et les  » anti  » Yizo Yizo. Les uns dénoncent la mauvaise influence de la série sur les jeunes, parce qu’elle montre la violence d’une manière trop ambiguë. Phénomène troublant : les acteurs qui jouent les héros négatifs, notamment  » Papa Action « , le leader des bandits, sont en passe de devenir des stars. Les autres affirment que de tels crimes, qui se sont produits avant l’apparition de la série, font partie d’une réalité que personne ne veut voir.
Tebotho Mahlatsi, jeune réalisateur, a voulu raconter l’histoire d’un lycée, dans un township, qui sombre dans le chaos, son proviseur s’étant laissé corrompre par une bande de dealers. Des voyous armés et des violeurs font régner leur loi par la terreur. Une descente aux enfers en treize épisodes, jusqu’à ce qu’un nouveau directeur – une femme – reprenne les choses en main. En attendant le dénouement de la série, parents et enseignants protestent : les faits leur semblent exagérés.  » Par exemple, les dealers n’opèrent jamais à l’intérieur des établissements « , affirme Pinky, enseignante à Soweto.  » Mais c’est vrai, ajoute-t-elle, certains directeurs d’école se font abattre lorsqu’ils tentent de remettre de l’ordre « .
L’une des premières mesures de Mandla Langa, le nouveau président de l’Autorité indépendante de l’audiovisuel (IBA), en poste depuis le 1er avril, a consisté à interdire les images de violence et de pornographie sur le petit écran aux heures de grande écoute. Mais contrairement à ce que beaucoup ont pu penser, ce conseiller de Nelson Mandela, par ailleurs écrivain et journaliste, n’a rien contre Yizo Yizo. Il fait même partie des défenseurs de Tebotho Mahlatsi, le réalisateur de la série, dont il souligne le  » courage  » du propos.  » Le rôle d’un artiste est d’offrir un miroir à la société, affirme Mandla Langa. Quelquefois, l’image renvoyée n’est pas très flatteuse « . Et de se demander :  » quand la violence à l’école est montrée par des programmes américains, personne ne vient se plaindre. Pourquoi ces protestations ? « 

///Article N° : 930

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