Événements

Exposer l’esclavage, méthodologies et pratiques
Colloque international organisé par le musée du quai Branly et le Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage en hommage à Edouard Glissant (1928-2011)

Français

À l’occasion des dix ans de la loi du 21 mai 2001, votée à l’unanimité par le Parlement français et qui instituait la reconnaissance de la traite négrière et de l’esclavage comme « crimes contre l’humanité », le Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CPMHE) et le musée du quai Branly organisent un colloque international autour du thème « Exposer l’esclavage ».

Les traites et l’esclavage ont profondément transformé la cartographie du monde. Outre une globalisation des économies, ils ont affecté le droit, la philosophie, les arts et mis en contact des cultures, des langues, des savoirs et des croyances. Ces dernières décennies, les historiens ont renouvelé leur regard sur ces siècles d’histoire, en relisant les archives et en ouvrant de nouvelles pistes de recherche. Leurs travaux ont enrichi la muséographie de l’esclavage et les travaux des artistes, romanciers et cinéastes.

Les héritages de l’esclavage sont complexes et multiples : expérience de l’exil et de la déportation, création de nouvelles cultures, croyances et savoirs, les sociétés et cultures créoles en sont des témoins. La lutte incessante des esclaves pour leur liberté a contribué à l’extension des idéaux de la démocratie et le mouvement abolitionniste fut l’un des premiers grands mouvements internationaux pour les droits humains.

Un tel bouleversement ne peut qu’interpeller le musée du quai Branly, lieu d’exposition, de débats et d’échanges, lieu de citoyenneté.

La muséographie de la traite négrière, de l’esclavage et de leur abolition soulève de nombreuses questions que ce colloque se propose d’examiner. Comment l’esclave entre-t-il dans le musée ? Comment montrer la torture, les punitions, l’exil, la perte, la résistance, la complicité, la création et leurs traces contemporaines ? Comment penser la temporalité et l’espace de l’exhibition : commencer par quoi, quand, et en quel lieu ?

Ce colloque réunit des responsables de musées, des chercheurs, des artistes et des intellectuels de pays d’Afrique, des Amériques, d’Europe, de la métropole et des Outre-mer.
Au cours de ce colloque, les participants s’interrogent dans un premier temps sur les questions suivantes : Y a-t-il une nécessité à exposer l’esclavage ? Pourquoi ? Quels esclavages? Pour quels publics ? Ce débat posé, il s’agit ensuite de confronter des expériences concrètes de muséographie dans des institutions et des lieux de mémoire, puis de réfléchir avec des artistes et des chercheurs sur des exemples de création et de médiation portant sur l’esclavage.

Le colloque s’organise autour de tables rondes, dédiées chacune à un aspect de la question de la mise en musée de l’esclavage. Chacune de ces séances est introduite par un exposé synthétique, suivi d’une table ronde associant une demi-douzaine d’intervenants. Une synthèse et une discussion générales clôturent ce colloque dont les actes devraient faire l’objet d’une publication.



Programme


Mercredi 11 mai 2011


>>> 9h30
Ouverture par Stéphane Martin, président du musée du quai Branly, Françoise Vergès, politologue, présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage – CMPHE, et Daniel Maximin, romancier, essayiste et poète français guadeloupéen, commissaire général 2011 de l’année des Outre-mer.

>>> 10h00-10h45
Exposé inaugural par Doudou Diène, créateur du programme de l’UNESCO « Routes de l’esclave », délégué permanent auprès de l’ONU.

>>> 11h00-13h00 : Approches transdisciplinaires
Pourquoi l’esclavage devrait-il entrer au musée ?
Faut-il consacrer des musées à l’esclavage ou faut-il introduire cette histoire dans les musées déjà existants ?
L’esclavage doit-il être considéré sous toutes ses formes – esclavage de dette, esclavage sexuel, esclavage économique, etc. – en tout temps – Antiquité, moderne, contemporain, etc. – ou faut-il se concentrer sur un temps, esclavage colonial et ses héritages ?
Quels devraient être les grands principes d’exposition à respecter ?
Qui sont les publics d’un musée de l’esclavage ?
Quels sont les liens à faire avec les nouvelles formes d’exploitation et de servitude ?
Comment distinguer esclavage, travail forcé et exploitation ?

Présentation et modération : Françoise Vergès, politologue, présidente du CMPHE
Intervenants :
– Ibrahima Thioub, enseignant-chercheur au Département d’Histoire, UCAD, Sénégal
– Okwui Enwezor, commissaire d’expositions et historien d’art
– Achille Mbembe, historien, philosophe, Université du Witwatersrand de Johannesburg, Afrique du Sud
– Carpanin Marimoutou, écrivain, poète, professeur de littérature à l’Université de la Réunion
– Roger Toumson, écrivain, Guadeloupe


>>>15h00-18h30 : Pratiques, méthodes et discours de l’exposition – Partie 1
Cette session est consacrée à la confrontation d’expériences concrètes de scénographie de l’esclavage : Quelles sont les difficultés et les controverses rencontrées ? Les réponses imaginées et mises en œuvre ? D’où viennent les résistances ?
Comment montrer la capture, les punitions, la torture et des sentiments comme la peur, la colère, le désespoir ? Comment montrer les éléments immatériels des cultures ? les résistances ? les héritages complexes et multiples ?
Comment rendre compte des traces, des fragments de vie, des aspects de la culture immatérielle ?

Présentation : Christine Chivallon, anthropologue et géographe au Centre d’Etude d’Afrique Noire, CEAN-CNRS, France
Modération : Ayoko Mensah, rédactrice en chef du magazine Afriscope et responsable éditoriale de la rubrique danse à Africultures, France
Intervenants :
– Marcus Wood, historien de l’art, professeur à l’Université de Sussex, Royaume-Uni
– Fred Wilson, artiste conceptuel, Bronx, New-York, Etats-Unis
– Richard Benjamin, directeur du InternationalSlavery Museum, Liverpool, Royaume-Uni
– Marie-Hélène Joly, directrice, musée des ducs de Bretagne, Nantes, France
– Claire Tancons, commissaire d’exposition, chercheuse, curatrice au Contemporary Arts Center, Nouvelle Orléans, Etats-Unis
– François Hubert, directeur du musée d’Aquitaine, France


Jeudi 12 mai


>>> 9h30-13h00 : Pratiques, méthodes et discours de l’exposition – Partie 2
La discussion se poursuit sur les thèmes décrits lors de la table ronde précédente.
Présentation : Olivier Sultan, directeur du Musée des arts derniers, France
Modération : Dominique Malaquais, historienne d’art et politologue, chercheuse au Centre d’Etudes des Mondes Africains, CEMAf / CNRS, France
Intervenants :
– Milton Guran, anthropologue, photographe, Brésil
– Mauricio Tovar, responsable des publics,Archivo General de la Nacion, Bogota, Colombie
– Têtê Wilson Bahun, président de l’association pour la sauvegarde du patrimoine culturel africain – ACOFIN, Togo, Bénin
– Diana Acosta Miranda, secrétaire de Culture, Patrimoine et Tourisme, Baranquilla, Colombie
– John Franklin, National Smithsonian Museum of African American History and Culture
– Jacky Dahomay, philosophe, Lycée de Baimbridge, Guadeloupe
– Anna Seiderer, chercheuse au centre de recherche Créart-Phi à Paris-X Nanterre, collaborateur scientifique au Musée royal de l’Afrique centrale, France


>>> 14h30 – 15h30 :Exposer l’esclavage dans les Outre-mer
Modération : François Durpaire, historien, écrivain, membre du CPMHE, France
Intervenants :
– Dominique Taffin, directrice des Archives départementales de la Martinique
– Matthieu Dussauge, directeur du Musée Schoelcher, Pointe à Pitre, Guadeloupe
– Marie-Paule Jean-Louis, conservateur en chef du patrimoine, directrice de la maison des cultures de la Guyane
– Patrick Léon, directeur des archives de la Guyane, à confirmer


>>> 16h00 – 18h00 : Visite guidée « Collections du musée du quai Branly autour de la traite et de l’esclavage »


Vendredi 13 mai


>>> 9h30 – 13h30 : Création/Médiation
Présentation par des artistes, compositeurs, musiciens, plasticiens, vidéastes, de leur travail de création et de médiation.

Modération:
Bernard Muller, anthropologue, EHESS, France
Intervenants :
– Claudia Navas Courbon, artiste, Colombie
– Romuald Hazoumé, artiste plasticien, Bénin
– Barthélémy Toguo, artiste plasticien, Cameroun/ Paris, France
– William Adjete WILSON, artiste, « L’Océan noir », France-Togo-Bénin
– Shuck One, artiste, Paris/Guadeloupe
– Jack Beng Thi, artiste plasticien, La Réunion


>>> 15h00-15h45 : Synthèse générale
Par Bogumil Jewsiewicki, professeur, Université de Laval, Canada

>>> 15h45-16h45 : Discussion générale et débat avec le public

>>> 16h45-17h30 : Clôture
Maryse Condé, écrivain, présidente du CPMHE de 2004 à 2008 (Autres intervenants à confirmer)