extrait d’un texte de Joujou Turenne (Haïti)

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Honneur !
Respect !
J’ai longtemps eu peur que revienne Djella.
J’ai longtemps eu peur… tout court.
Peur du silence. Peur du bruit. Peur de la nuit.
Peur d’avoir peur.
Peur de rompre.
Peur de souffrir.
Peur de partir.
Peur de mourir.
PEUR DE VIVRE !
Puis un jour, en pensant à Mamie, Granni, Mamita, j’ai coupé les jambes de ma peur. Comme elle a dû avoir peur, Granni, lorsqu’arrachée sans préavis de son soleil d’Afrique… et qu’au nom d’un commerce inhumain, d’autres humains sans foi ni loi l’expédièrent à bord d’un négrier vers d’autres terres.
Comme elle a dû avoir peur ! ! !
Mais sa peur pas plus que son corps ne parvint à destination car des mains remplies de haine, remplies de hargne, l’ont larguée à la mer. Et son âme cria si fort que les éclairs et le tonnerre craquelèrent le ciel, et Jupiter, Demeter et toutes les divinités de la terre en tremblèrent… Elles épargnèrent son âme qui enfila une robe d’écumes blanches puis dansa sur la mer..
…elle y danse toujours…
…elle y chante parfois…
Et lorsque le hasard se fait complice, j’arrive juste à temps pour entendre ses peines, ses déboires, ses horreurs, ses colères…
Ses rêves de liberté, de majesté, d’honneur et de respect.
Alors, je l’enlace, je l’embrasse, je danse avec elle,
je flotte avec elle,
je vis avec elle…
Parfois je pleure…
Et elle m’insuffle sa force, sa vigueur, son ardeur, son coeur.
Je n’ai plus peur aujourd’hui.
J’ai coupé les jambes de ma peur et ont poussé les ailes de mes rêves, se sont déployés les pavés de la vie, de ma vie. Et dans une bouffée d’air, je sens, j’entends le souffle de Granni… et ses histoires.
En voilà une…

///Article N° : 725

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