Félix Éboué (1884-1944)

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Les éditions Ibis Rouge, basées à Cayenne, cherchent à valoriser le patrimoine caribéen et guyanais. Pour inaugurer la collection « Histoire et Patrimoine des outremers », elles ont fait appel à deux historiens locaux qui font l’éloge de Félix Éboué, natif de Cayenne.

En un format étroit, sur papier glacé, ce petit album présente une très succincte biographie abondamment illustrée de cartes (hélas illisibles), de cartes postales, de portraits et, c’est le plus original, de discours présentés en encadrés. Félix Éboué doit sa célébrité au fait qu’il fut un colonial noir, haut administrateur, « grand commis et loyal serviteur » selon la formule de son collègue et ami René Maran, auteur en 1921 de Batouala (Prix Goncourt) souvent désigné comme premier roman africain francophone. En poste tour à tour en Oubangui-Chari (actuelle République Centre-Africaine), au Congo, aux Antilles, au Soudan (Bénin) puis au Tchad, il s’est illustré en 1940 en prenant parti pour la France libre contre le gouverneur général Boisson. Le ralliement du Tchad ayant déclenché celui du Cameroun puis du Congo-Brazzaville et du Gabon, le général de Gaulle le nomme en novembre 1940 Gouverneur général de l’Afrique équatoriale française (AEF). C’est à ce titre qu’il reçoit à Brazzaville les généraux Leclerc et de Gaulle en 1941 puis de nouveau en février 1944 pour sa célèbre « conférence de Brazzaville ». Aussitôt après celle-ci, il part pour Le Caire où il meurt en mai 1944. Enfin, son nom reste associé dans les mémoires à celui de sa fille qui fut la première femme de Senghor, lequel dédia un poème du recueil Hosties noires (1948) à son défunt beau-père.
Cet album retrace son itinéraire en l’auréolant de gloire, citant des extraits de discours, soulignant les réformes positives mises en place (la culture du coton en Oubangui-Chari). Il est toutefois difficile de ne pas, a posteriori, lire entre les lignes quand on évoque un administrateur qui, en 1901, est affecté dans des régions « en cours de pacification » (p. 9) ou dans des « régions difficiles » (p. 11) ; il « maintient l’ordre » (p. 9) et ne cesse « d’approfondir et d’enrichir sa politique administrative en épanouissant les valeurs humaines et sociales dans un cadre de concertation » (p. 11). Les auteurs, qui ont ouvert le livre en précisant « la famille de Félix Éboué est originaire d’Afrique » (p. 5) ne suggèrent à aucun moment que quelque gêne puisse être causée par la situation d’un originaire à la fidélité si grande au système colonial. Un encart signale quand même que la construction du chemin de fer Congo-Océan, à laquelle Éboué a fourni de nombreuses recrues de son territoire, fit 17 000 victimes.
Cette plaquette donne la curieuse impression d’être revenu au temps où la carrière des fonctionnaires coloniaux faisait l’objet de panégyriques mentionnant leurs nombreux bienfaits pour les populations qui les aimaient tant. Enfin, les dernières pages sont consacrées aux notes biographiques de sa femme Eugénie Eboué-Tell, de sa fille Ginette et de Senghor, trois figures engagées dans les politiques françaises coloniales et postcoloniales mais sans que leurs positions soient clairement exposées.
Félix Éboué aura été héroïsé dès sa mort, donnant son nom à une rue, un lycée et un monument à Cayenne, à une promotion de l’École coloniale. Le transfert de ses restes au Panthéon en même temps que ceux de Victor Schoelcher font de lui une gloire française mais, peut-être ici surtout, ultra-marine. Le portrait en couverture où il apparaît figé en uniforme blanc la poitrine couverte de décorations rappelle que sa ville natale a besoin de héros plus que d’analyses historiques ; les références de celles-ci figurent dans la bibliographie qui clôt le volume.

Rodolphe Alexandre et Philippe Guyot, Félix Éboué (1884-1944), Cayenne, Ibis Rouge Éditions, 2012, 64 p.17 janvier 2012.///Article N° : 10602

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