« Festival au féminin » : l’intimité de l’artiste méditerranéenne

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La troisième édition du Festival au Féminin qui s’est déroulé à Paris du 1er au 8 mars 2006 a rencontré un succès remarquable. La compagnie théâtrale Graines de Soleil – organisatrice de cet évènement – a souhaité rendre hommage à l’expression artistique traditionnelle des femmes appartenant à des terres chargées de mémoire tout en nous laissant percevoir leur intimité.

Claire Le Goff, artiste et coordinatrice de la compagnie Graines de Soleil nous explique,  » Nous avons souhaité travailler sur l’intimité de ces femmes en relevant leur rôle par rapport à la transmission de la mémoire Chaque femme n’a-t-elle pas sa propre vision de la culture et de l’art ? Ce sont ces composantes qui font la culture d’un pays. A travers ce festival, la femme se révèle être un maillon indispensable de la mémoire culturelle et artistique d’un peuple.
Et ce sont des femmes de charisme, créant, innovant et dévoilant leur pensée, qu’il nous a donné à découvrir. Ainsi la réalisatrice du film Mur, Simone Bitton, et sa médiation personnelle sur le conflit israélo-palestinien. Dans une approche documentaire originale, le film – qui a obtenu le Grand Prix du Festival Documentaire de Marseille en 2004 – longe le tracé de séparation qui éventre l’un des paysages les plus chargés d’Histoire au monde, emprisonnant les uns, enfermant les autres. Elle dira :  » J’ai réalisé ce film en pensant à ce qui se passe entre les faibles et les puissants « .
Les œuvres d’art permettent de tisser des liens de voisinage qui peuvent faire émerger de nouvelles perspectives de développement et de rapprochement. Le spectacle Awadi du Collectif Sumo rend hommage aux danses populaires d’Egypte. Leur recherche chorégraphique s’appuie sur l’esthétique traditionnelle. Mis en scène par la chorégraphe française Alexia Martin, Awadi désigne la danse baladi des femmes. La première partie du spectacle propose un voyage aux sources de la danse orientale, une découverte de son expression traditionnelle née des campagnes d’Egypte et des artistes tziganes qui les parcouraient : les danseuses Ghawazee. Lointaines descendantes de nomades du Rajasthan, elles animaient les fêtes de villages en toutes occasions : mariages, naissances, célébrations annuelles… La seconde partie invite le public à l’une de ces fêtes : accompagnées de leurs musiciens, les danseuses rythment le bal oriental où chacun peut se laisser aller au plaisir de la danse.
Les rencontres avec les créations d’artisanes ont façonné le festival : Claire le Goff s’est ainsi immergée dans le monde des brodeuses berbères de Tigmi, dans l’Atlas marocain.  » La minutie de cet art qu’est la broderie se retrouve dans tous leurs gestes qui sont réglementés et précis ; de plus, ce travail leur permet de se réunir entre femmes et de trouver une certaine liberté. C’est ainsi toute la réalité d’un village que j’ai pu observer.  » nous dira-t-elle.
Des femmes au parcours intéressant, qu’elles soient artistes reconnues ou nouvelles, se sont livrées avec simplicité. Plusieurs associations étaient présentes comme  » Black Blanc Beur  » une compagnie de danseurs fondée en 1984. Elle est une des plus anciennes troupes professionnelles de danse hip-hop en France, et a monté une dizaine de pièces chorégraphiques, fait plus de 1000 représentations en France et à l’étranger et animé quantité d’ateliers. La préparation de ce spectacle organisé par des femmes leur a permis d’être en intimité et de trouver un espace de liberté que révélait leur interprétation.
Deux femmes actives localement ont parrainé ce festival, afin d’ancrer cet événement dans le quartier de la Goutte d’Or où se trouve le siège de la compagnie. Comme le souligne la première, Sakina M’Sa, styliste plasticienne,  » notre façon de voir la Méditerranée apparaît (…) comme une construction mentale ; elle s’inscrit dans une généalogie historique et culturelle qui est propre à chaque pays « . La deuxième parraine est Aïcha Smaïl, coordinatrice de l’association Accueil Goutte d’Or. L’action culturelle de la compagnie théâtrale tend à faire émerger des terrains de rencontre entre les publics et l’art. Les organisateurs se sont donc liés à différentes associations ciblant des publics très différents.
Cette programmation passionnante a offert à un public varié une vision artistique de femmes de toutes confessions. Elle nous ont fait partager leur sensualité et leur force, en créant un monde de rêve et de poésie accessible à tous, comme le souhaitaient les organisateurs. Un pari réussi.

///Article N° : 4362


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