Fiche Film
Cinéma/TV
LONG Métrage | 1999
Chef !
Jean-Marie Teno
Titre anglais : Chief!
Date de sortie en France : 30/08/2000
Pays concerné : Cameroun
Réalisateur(s) : Jean-Marie Teno
Avec : Jean-Marie Teno, Jean-Marie Teno, Mongo Beti, Brice Wassy, Pius Njawe, Jeanne « Jane » Ongbatik Njawé, Christiane Badgley
Durée : 61
Genre : société
Type : documentaire

Français

Les chroniques dramatiques de la vie quotidienne en « démocrature « .


Démocrature : formé à partir des mots démocratie et dictature, se dit d’un régime qui s’autoproclame démocratique, qui se pare de nombreux oripeaux démocratiques mais fonctionne en réalité comme une dictature.

De passage dans son village pendant le week-end du 20 décembre 1997, alors qu’il assiste en « touriste » aux cérémonies d’inauguration d’un monument à la gloire d’un ancien chef, le réalisateur
est témoin d’une scène de justice populaire pendant laquelle un adolescent risque de perdre
la vie pour avoir volé une poule et quatre poussins. Quelques heures plus tard, il découvre au dos d’un calendrier un texte d’une rare violence contre les femmes : le règlement intérieur du mari au foyer. C’est le point de départ d’une réflexion sur les inégalités au Cameroun, pays de chefs, petits et grands.

Pendant le week-end du 20 décembre 1997, au Cameroun, son pays d’origine, l’auteur a été témoin d’événements troublants qui constituent la matière de ce film., alors qu’il assiste en « touriste » aux cérémonies d’inauguration d’un monument à la gloire d’un ancien chef, le réalisateur est témoin d’une scène de justice populaire pendant laquelle un adolescent risque de perdre la vie pour avoir volé une poule et quatre poussins. C’est la  » justice populaire « , comme le désignent les camerounais eux-mêmes, expéditive et cruelle que le silence de l’Autorité judiciaire a laissé se généraliser.
Quelques heures plus tard, il découvre au dos d’un calendrier un texte d’une rare violence contre les femmes : le règlement intérieur du mari au foyer.
A la mairie, pendant la célébration de plusieurs mariages un maire et une maire commentent pour les futurs époux les articles de lois sur le mariage. Issus du code civil français de 1804, ces lois institutionnalisent la soumission de la femme à son mari. En contrepoint, des femmes qui luttent au quotidien contre les violences faites aux femmes répondent point par point aux discours des officiels et démontent ainsi les clichés, les préjugés et les fantasmes sur les femmes qui envahissent la société camerounaise.
Enfin, pour avoir posé la question de l’état de santé du Chef de l’état camerounais Paul Biya, Pius Njawé un journaliste réputé est jeté en prison. Il en sort 10 mois plus tard avec un témoignage accablant sur les conditions inhumaines de détention dans la prison de New-Bell à Douala.
C’est un texte, à la fois personnel et poétique, qui relie ces événements. Comme dans tous ses films, la voix du réalisateur nous accompagne au cœur de la société camerounaise. Une société hiérarchisée et inégalitaire, dans laquelle le modèle du chef omnipotent semble se dupliquer et se reproduire dans toutes les sphères de la vie.


NOTE D’INTENTION
Chef ! est un film né par hasard, au détour d’une rue quand, témoin d’une scène de violence aveugle, je pars caméra au poing pour essayer de comprendre les raisons de tant de frustration. En me laissant porter par les événements et en suivant les méandres de ma réflexion, CHEF ! est le reflet cruel que me renvoie la société camerounaise aujourd’hui.
Chef ! est un film sur la frustration :

Frustration devant la misère qui s’accroît dans un pays riche en ressources naturelles, mais qui profitent exclusivement à la minorité au pouvoir.
Frustration devant l’indifférence et l’arrogance des chefs face à la détresse du plus grand nombre. Frustration devant la colère silencieuse de la foule qui malheureusement se manifeste par une violence contre ses éléments les plus faibles et les plus démunis de la société. Frustration de vivre dans une prison sans barreaux, qui serait le pays tout entier, livré au bon vouloir d’un chef omnipotent.
En faisant ce film, je voulais mettre en avant la responsabilité des chefs, petits et grands, qui, profitant de la tragédie coloniale, se sont transformés en tyrans pour leurs peuples et contribuent pour une part importante à l’édification de cette société gangrenée par la corruption, qui s’enfonce tous les jours un peu plus profondément dans la misère. Je voulais aussi attirer l’attention sur cette fascination des camerounais, mes compatriotes, pour l’autorité, qui les pousse à reproduire dans toutes les sphères de la vie, le modèle du chef omnipotent qui n’aurait de compte à rendre qu’à d’autres chefs encore plus puissants que lui.
Chef ! Bonjour Chef ! Comment Chef ? Pardon Chef !
Dans les rues et dans les bureaux au Cameroun, CHEF ! est un des mots les plus utilisés au quotidien. Est-ce un hasard ou simplement la marque d’une adhésion collective à ce système ?

Jean Marie Teno


Chef !, Jean-Marie TENO, Cameroun / France, 1h01 min, 1999, Documentaire, 35 mm.


Réalisation/Scénario
Jean Marie Teno

Montage
Christiane Badgley

Musique
Brice Wassy

Production
Les Films du Raphia

Coproduit par
Raphia films (Cameroun)

avec la participation de
Béatrice Sime
Suzanne Kala-Lobé
Henriète Ekwé
Djeukam Tchameni
Mongo Beti
Melvin Akam
Jeanne Njawé
Pius Njawé
Sa majesté Ngnié Kamga
Daouda Aladji Ousmanou
Mme Ekobouma


Contact :
Les Films du Raphia.

English

CHIEF! is a documentary chronicle of the trials and tribulations of daily life under a dictatorship.

During the month of December, 1997, I witnessed several troubling events in Cameroon: In my village a young boy was nearly lynched by a mob-people’s justice in a lawless state. I went to a wedding and learned that, by law, the husband is the ruler of the family. A highly respected journalist was imprisoned without a trial for writing an article about the health of the president.

Initially these incidents seemed unrelated. But as I tried to understand them, to see them in the context of a number of disturbing tendencies in Cameroon today, I saw they were all linked to the generalized problem of the abuse of power in an authoritarian society.

CHIEF! brings these seemingly discrete events together in a personal reflection of the current state of Cameroonian society with its hierarchies, inequalities and lack of respect for human rights-all the by-products of a dictatorship.

We all know about dictators-the all powerful chiefs, a law unto themselves, ruling with total impunity, pillaging and plundering their nations’ wealth, diverting millions into Swiss bank accounts, enriching themselves endlessly at the expense of their countries’ miserable populations.

But a dictatorship is also a system with logic, a vast machinery of corruption and irresponsibility, a state of mind that permeates an entire population. From top to bottom, at all levels of society the authoritarian model is replicated, transforming all social exchanges into relationships of power and inequality. In every town, office, police station and institution we find the autocratic chiefs ruling over their fiefdoms, extorting their subordinates.

In the traditional society, one would never visit the chief without bringing a gift. Our modern chiefs also demand their gifts: nothing advances, nothing is produced, and nothing is accomplished without the gift. For everything there’s a price, a bribe, a payoff, a kickback.

NOTE :

The weekend of December 20, 1997 I travelled to my village to attend the inauguration of a monument honouring one of our past chiefs.

I planned to spend several days videotaping dances. However, on the morning of the second day of festivities, I happened across a scene of vigilante justice during which a 16 year-old boy nearly lost his life for stealing one hen and four chicks.

Several hours later, I bought a souvenir calendar and discovered inside the « rules and regulations of the husband in his home « -a series of exceptionally misogynous « articles » defining the conjugal relationship.

These events became the starting point of a reflection on abuses of power in Cameroon-country of chiefs, country of inequalities.

Jean Marie Teno


A film by Jean Marie Teno
Documentary 1999
16 mm and video, 61 minutes

Editor : Christiane Badgley
Original music : Brice Wassy
Production : Les Films du Raphia

With Beatice Sime, Suzanne Kala-Lobe, Henriète Ekwé,, Djeukam Tchameni, Mongo Beti, Melvin Akam, Jeanne Njawé, Pius Njawé, Sa majesté Ngnié Kamga, Daouda Aladji Ousmanou, Mme Ekobouma.