Fondation Olorun : quand création rime avec marketing

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Tout commence par l’ouverture, il y a six ans, d’un maquis dans un quartier de Ouagadougou. A l’entrée, une porte « western » et derrière le comptoir, un patron, Christophe de Contenson, ancien hôtelier français, qui a tout plaqué pour s’installer au Burkina Faso. Très vite, les habitués s’y bousculent et les portes western font fureur dans les autres maquis de la ville. Au bout d’un an, motivé par l’envie de valoriser la culture d’un pays qu’il a appris à connaître, le Français quitte son maquis pour les Etats-Unis. Il veut promouvoir l’artisanat burkinabé auprès de ses contacts dans la communauté noire de Kansas City. Dans cette entreprise, il est aidé par sa sœur Marie-Pierre, forte d’une expérience dans les milieux de la décoration et des relations publiques à Paris. C’est ainsi que débute l’aventure de la fondation Olorun, « le Dieu créateur » en langue yoruba, dont l’objectif principal est « d’assurer la promotion et la diffusion de la culture africaine à travers les domaines des arts plastiques, de l’artisanat et du design ».
Aujourd’hui, une trentaine de créateurs, âgés de vingt à trente ans, travaillent à temps plein dans les ateliers de la fondation, située à Gounghin, quartier populaire de Ouagadougou. Leur travail est exposé sur place dans la boutique-galerie, où ils se relaient pour la vente. Salariés de la fondation pour les commandes qu’ils ont à honorer, les artisans touchent 10% sur les ventes, tandis qu’un système d’achat d’œuvres a été instauré pour les artistes. Même si la clientèle, d’abord exclusivement composée d’expatriés et de touristes, tend à se diversifier, les créateurs d’Olorun travaillent en direction de l’Occident, là où, pour Marie Pierre de Contenson, se trouve « le vrai marché » : « au début, je leur expliquais les concepts des objets qui pouvaient plaire aux Occidentaux et à partir de là, ils réfléchissaient à ce qu’ils pouvaient faire avec les techniques et les matériaux locaux. Depuis, ils ont fait leur chemin, ils tiennent compte des tendances des marchés potentiels, mais ils les traduisent à leur façon et là se situe leur véritable créativité« .
Il est probable que de nombreux créateurs africains confirmés auraient du mal à « épouser » le mode de fonctionnement d’Olorun, où ils ne se sentiraient pas totalement libre dans leur travail de création. Il faut savoir que ceux qui rejoignent la fondation n’ont bien souvent aucune formation. Les piliers d’aujourd’hui tels que Sougoury Dabiligou, spécialisé dans le mobilier et les objets de décoration, ou Hassane Dao, dont la callebasse est la matière première, sont des anciens employés du maquis. Ils ont à présent chacun trois apprentis auxquels ils transmettent un savoir-faire acquis sur le tas.
De plus en plus reconnue, la fondation Olorun joue sur plusieurs fronts : celui de l’accueil en résidence d’artistes originaires d’Afrique, d’Europe ou des Etats-Unis. Celui du dialogue nord-sud en faisant venir des Etats-Unis des groupes de jeunes en difficulté qui travaillent à la fondation sur un projet artistique commun. Celui des manifestations officielles comme pour le dernier SIAO (Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou), où elle s’est occupée du Salon de la créativité. Celui enfin du social, lorsque Christophe de Contenson et des peintres de la fondation animent des ateliers à la prison de Ouagadougou. Des tableaux réalisés par des détenus ont été exposés et deux d’entre eux devraient rejoindre la fondation à leur sortie de prison.
« Il n’y avait pas de programme particulier au départ, commente Marie-Pierre de Contenson, que ce soit en matière de formation ou d’insertion, les choses se sont faites naturellement au grès des circonstances, des sollicitations et surtout des motivations de ceux qui nous ont rejoints« .
C’est sans doute là que réside la particularité d’Olorun, dans cette dynamique de créativité informelle, un peu à l’image du continent africain, autour de laquelle se déploient des virtuosités, naissent des initiatives créatrices et se transmettent des savoir-faire. Aujourd’hui, Olorun est sollicitée pour initier d’autres ateliers sur le continent. La fondation, toujours dans le même souci de pluridisciplinarité, aimerait s’ouvrir à d’autres arts tels que le théâtre ou la photographie. Déjà, elle a ouvert ses portes à une compagnie de danse contemporaine burkinabé, mais ses locaux devenus trop étroits freinent le développement de nouveaux projets. Nul doute qu’Olorun saura à terme pousser les murs !

Les pièces sélectionnées par la fondation Olorun pour le pavillon de la créativité du dernier SIAO – qui s’est tenu à Ouagadougou en novembre dernier – font l’objet d’une exposition « Nouvelles heures africaines », récemment présentée à Paris. Elle tourne maintenant en Europe à Copenhague, La Haye, Bruxelles et Zurich. Pour les dates se référer aux agendas d’Africultures.
Fondation Olorun
01 BP 5993
Ouagadougou
Tél : (00226) 34 17 80
Email : olorun-burkina@cenatrin.bf///Article N° : 1977

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