Haïti et l’Afrique : douleurs des destinées, spécularité des douleurs

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Il existe un mythe d’Haïti, tout comme il existe un mythe de l’Afrique, synonyme de dictature, despotisme, misère et pauvreté. Le Nègre serait-il maudit à jamais ? Un regard réaliste et critique sur les parallèles entre l’ancienne  » perle des Antilles  » et le continent noir.

En cataloguant les possibles de la Relation dans son Discours Antillais (1), Édouard Glissant faisait d’Haïti le cas de figure de la population transbordée qui devient peuple. Il s’agit bien sûr des populations africaines littorales razziées, déportées dans l’indistinction du malstrom de la traite, puis barattées dans l’univers dépersonnalisant de la plantation sur l’île de Saint-Domingue. Ces populations s’unirent dans une longue lutte pour faire pièce à la toute puissance des maîtres blancs et fondèrent, en renonçant explicitement à la domination française, la première république noire. Abrégé de l’Afrique perdue ? Préfiguration d’une modernité africaine sevrée de la tribu ?
Une manière de  » peuple noir « 
Cette modalité de la  » dépossession  » porte en elle toutes les variantes du mythe du Nègre et de l’Afrique Noire, en ce qu’elle amène à concrétion, du moins dans l’espace étroit du tiers occidental de l’île de Saint-Domingue, un fantasmatique peuple noir.
Ce  » peuple noir  » d’Haïti, en ce qu’il cumula le temps des luttes pour l’indépendance enfance et adolescence d’une nation, se prit d’orgueil dans un monde hostile où le Nègre hantait encore les limbes qui séparent l’animalité de l’humanité, et dit sa vocation à cornaquer tous les Nègres du monde vers  » la  » civilisation (simili française) qui constituait nolens volens une de ses aspirations les plus franches (2).
L’exemplarité de l’expérience haïtienne a récolté, tout au long des décennies qui nous séparent de cette apothéose du 1er janvier 1804, à la fois la méfiance et la réprobation des uns, puis la fierté et l’espoir des autres (3). Si l’Afrique est une invention de l’Occident, Haïti est une co-invention de la France et des infortunés Africains qui assurèrent sa prospérité au prix de leur sang. À ce titre, on peut s’autoriser une mise en parallèle du continent africain tout entier et ce pays d’Amérique, car ils offrent tous deux à la face du monde le pénible spectacle de leur indigence qu’on dirait congénitale. Parce que l’Afrique fut une chimère que s’approprièrent sur les portulans ses conquérants nourrissant leurs libertés de l’asservissement des sauvages, dont certains, vendus, déportés, osèrent une expérience d’existence telle Haïti ; parce qu’Haïti fut un enfant (d’origine principalement africaine) sans baptême (celui des nations européennes), bâtard de la semence révolutionnaire qui se propagea depuis la métropole française dès 1789 et qui, deux cents ans après son indépendance, en est encore à des crises d’une interminable puberté.
Dans ce jeu de miroirs que l’on peut déceler aujourd’hui entre l’ancienne  » perle des Antilles  » et le continent noir, il y a une manière de transitivité qui fait que, considérant le parcours d’Haïti, l’on ne s’étonne guère des errements de l’Afrique, et qu’envisageant l’étendue du fiasco africain, on peut comprendre le cauchemar que vit le pays de Toussaint Louverture.
Ayiti kap soufri
Dès l’origine, Haïti s’est définie comme  » nègre « . Cet ethnonyme prescrit par les pères de l’indépendance fédérait la bigarrure des particularités tribales (fon, arada, yoruba, nago, hausa, ashanti, mina, ibo, mudongue, congo, benguela, etc. tous bossales, puis les Noirs créoles) et gommait la diaprure ethnique de la miscégénation en cours (mulâtres, câpres, quarterons, grimauds et autres sangs-mêlés) qui composaient la mosaïque saint-dominguoise. L’aspiration haïtienne à défendre et illustrer la race noire viendra surtout d’un contexte international fort hostile qui considérait avec amusement et néanmoins crainte de contagion l’expérience haïtienne, dont on s’accordait à penser qu’elle ne durerait pas bien longtemps. D’aucuns parmi les Occidentaux avaient cru possible le miracle haïtien et avaient déchanté en vitupérant contre ce qu’ils considéraient comme une régression. Dans le concert de récriminations sur l’instabilité politique en Haïti, on notera cet avis de C. Texier dans Au pays des généraux :  » L’ethnologue le plus enclin à l’indulgence et à l’amour de l’humanité sent infailliblement après un court espace de temps consacré à l’étude des Nègres, ses dispositions négrophiles devenir négrophobes, et plus il étudie cette race disgraciée, plus il se sent éloignée d’elle […] Haïti est le plus frappant exemple qui caractérise toute la race entière.  » (4)
Stigmatisée, la jeune république vit son élite se replier en un combat singulier pour réhabiliter l’Afrique et la race noire. Ainsi, Beauvais Lespinasse écrit-il dans son Histoire des affranchis de Saint-Domingue (1882), p. 19 :  » Haïti, fille aînée de l’Afrique, considère son histoire et sa civilisation comme la première page de l’histoire de la réhabilitation de sa race  » (5).
Haïti se fit donc assez tôt championne de la cause des Noirs, dont elle défendait non pas l’aptitude à faire vivre  » une  » civilisation différente, mais la capacité à s’accommoder de  » la  » civilisation française, argumentaire pro deo, il va sans dire. Toutefois, des voix discordantes comme celle de Sténio Vincent viendront tenter d’extraire Haïti du centre d’une circularité grégaire des peuples noirs. Dans La République d’Haïti telle qu’elle est (1910) le futur président (1930-1941) avertit :  » Nous avons déjà trop à faire pour nous-mêmes […] pour nous astreindre à d’encombrantes solidarités de race  » (p. 263) (6). L’on sait combien ont coûté en vies humaines les errements d’authenticité du maréchal-président de l’ex-Zaïre et le sinistre noirisme de François Duvalier à Haïti.
Entre le 1er janvier 1804 date de l’indépendance haïtienne et le 1er janvier 1960 date des indépendances africaines (17 pays), un siècle et demi ont passé, au cours desquels l’imaginaire africain d’Haïti a évolué, passant des images d’Épinal de la  » guinen  » du temps de la colonie, aux clichés en couleurs vives et criardes de l’Afrique ployant sous le joug de la domination coloniale. Aux premières heures de l’indépendance, il s’est trouvé parmi l’élite haïtienne des esprits pour s’enorgueillir d’une Afrique productrice de civilisation. Ainsi, en 1816 déjà, le baron de Vastey, ministre du roi Christophe citait le comte de Volney pour réhabiliter le Nègre et l’Afrique. Oui, Cheick Anta Diop ne fut pas le premier Noir à réinvestir les thèses de Volney dans le sens d’une réhabilitation des cultures noires.
Passant de l’orgueil à la douloureuse conscience du réel (l’Égypte antique fort éloignée des misères du continent africain colonisé), puis de la déception au refuge dans l’inéluctabilité d’une spécificité américaine ou caraïbe d’Haïti, l’élite, travaillée par un mulâtrisme évolutionniste, se plut un temps à voir dans l’Haïtien un avatar plus  » évolué  » de l’Africain, un Africain  » régénéré « ,  » réhabilité « , et s’éloignant, au fil du temps, de la grossièreté des traits et des mœurs des natifs du continent noir. Louis-Joseph Janvier, qui définissait son pays comme  » la France noire  » crut bon de souligner, pour combattre les théories racistes d’Arthur Gobineau, que chez l’homme noir d’Haïti  » il s’est produit (…) une amélioration, puis une véritable transformation intellectuelle et, de plus, une très notable sélection physique.  » (7)
Fatiguée de ses modèles occidentaux qui lui imposaient de douloureuses et mortifiantes humiliations (la rançon de 150 millions de francs-or versée dès 1825 à Charles X, pour la reconnaissance de l’indépendance par la France, et dont les derniers versements ont eu lieu en 1946) qui ont culminé avec la première occupation états-unienne (1915-1934), l’élite haïtienne a trouvé sa logique en confessant même de mauvaise grâce (l’aspiration à la francité tropicale n’est pas morte après plus d’un siècle de souveraineté) ses origines. L’Afrique, néanmoins restait perçue sous le prisme déformant d’une opinion française (survalorisée) gagnée au colonialisme le plus condescendant.
Érigé en pôle identitaire, réponse donnée et maintes fois raturée à la question  » qui sommes-nous et d’où venons-nous ? « , le tropisme africain s’instaure comme un miroir détesté de l’intelligentsia haïtienne qui se surprend quelquefois à manipuler les vexatoires catégories de  » primitifs « ,  » sauvages  » à propos des Africains. À quelques encablures des villas cossues de Port-au-Prince, des survivances africaines battent la mesure de la vie de l’ouvrier, du paysan haïtiens. Dès lors, la constitution d’une collectivité ethnique à travers la mémoire collective autorise, après les siècles de douleur, à échafauder un continuum existentiel entre le continent africain et la  » diaspora  » haïtienne. Tout bien considéré, leurs parcours respectifs suivent comme un commun horizon de la néantisation lente, à la fois loin de la disparition totale, et si proche du gouffre au quotidien. Haïti et l’Afrique ont présenté, face au réactif occidental, les mêmes effets : précipité de violence endémique, tendance perverse à l’automutilation, bovarysme dépersonnalisant, infantilisme castrateur, et final de compte, taux de bonheur brut par habitant parmi les plus bas de la planète. Dans cette économie des ressemblances, s’autorisera-t-on à faire d’Haïti le métonyme de l’Afrique ?
Haïti, métonyme de l’Afrique noire ?
Ceux qui survécurent à l’enfer plantationnaire et fondèrent une nation nouvelle, la première estampillée noire dans le monde, avaient vu leur Weltanschauung se renouveler, et prendre les couleurs d’un être-au-monde tout ce qu’il y a de plus français. Même leurs dieux survivants de la traversée furent métissés dans la fondation d’un imaginaire nouveau qui n’était plus tout à fait africain, et encore moins européen. Au moment où la France et l’Occident chrétien se révèlent les mutagènes de leur être, les Haïtiens, sous l’impulsion des plus lucides, tels le Dr Price-Mars (évolutionniste d’abord contempteur d’un primitivisme africain qui évoluera lui-même du décri de l’Afrique à la reconnaissance assumée de l’ascendance africaine) apprennent à se définir autrement que comme des Français à peau noire, pour qui le blanc supprimé du drapeau national de l’ancienne métropole est l’exact symbole de leur carence en blancheur.
Se percevant africaine dans cette vision spéculaire intéressée, l’élite pensante haïtienne renoue, au lendemain de l’occupation états-unienne du début du 20ème siècle, avec ses fantasmes de réhabilitation de l’Afrique. Elle se percevra  » super-Afrique  » (8) avant que ne deviennent plus adultes les rapports traumatiques et complexes avec une Afrique sortant du joug colonial.
Se faisant l’âme du panafricanisme (9) (mouvement de solidarité des peuples noirs à travers le monde), Haïti se voudra l’éclaireur du monde noir et parlera pour lui. À l’instar du poète indigéniste Carl Brouard qui sanglote douloureusement ses peines et ses rêves africains :
 » Afrique
Tes enfants perdus t’envoient le salut, maternelle Afrique. Des Antilles aux Bermudes, et des Bermudes aux États-Unis, ils soupirent après toi. Ils songent aux baobabs, aux gommiers bleus pleins du vol des toucans. Dans la nuit de leurs rêves, Tombouctou est un onyx mystérieux, un diamant noir, Abomey, ou Gao. Les guerriers du Bornou sont partis pour le pays des choses mortes. L’empire du Manding est tombé comme une feuille sèche. Et partout, la douleur, la misère, la mort. Dans quel lieu n’égrènent-ils pas l’interminable rosaire de leurs misères ?
 » Les fils paient la faute des pères jusqu’à la quatrième génération  » as-tu dit, Seigneur. Cependant la malédiction des fils de Cham dure encore !
Jusques à quand, Éternel ?
Consolation des affligés, élixir des souffrants, source des assoiffés, sommeil des dormants, mystérieux tambour nègre, berce les chamites nostalgiques, endors leurs souffrances immémoriales« . (10)
L’Afrique des douleurs que Brouard perçoit ici est une Haïti du détour. Aussi haïtienne que l’est l’Afrique de Roger Dorsinville qui vécut un temps dans l’Ouest africain. Les solidarités nègres qui ont fait dialoguer les littératures d’Afrique et celle écrite par les Haïtiens se sont généralement exercées à travers une mutuelle célébration des héros haïtiens et africains. Elles prennent un relief particulier lorsque le discours des écrivains haïtiens se fait de l’intérieur du continent des origines. Aussi, le dit de Mongo Beti sur Dessalines fait-il écho au poème de J.-F. Brierre sur Lumumba.
Peu à peu, la vocation haïtienne de  » réhabilitateurs « ,  » d’avant-garde « , de  » régénérateurs  » des peuples noirs est devenue de plus en plus malaisée, et force est de constater avec Léon-François Hoffmann, que  » pour les contemporains de Martin Luther King, de Desmond Tutu, ou de Nelson Mandela, le leadership haïtien, étape importante dans l’histoire d[es]peuples[s]noir[s], a pour l’heure perdu de sa pertinence.  » (11)
Il reste qu’en dépit d’une meilleure visibilité due à la possibilité pour les uns de fréquenter les autres, l’image africaine qu’offre Haïti est aussi saisissante que l’image haïtienne qu’offre l’Afrique. Les facteurs diffringents comme le détour parisien étant passablement écartés, les images africaine et haïtienne se réfléchissent l’une l’autre quand on dresse un bilan des différents parcours.
De 1804 à 1904, 100 ans après son indépendance, Haïti avait déjà été le théâtre de 117 guerres civiles. Terre d’expérimentations, Ghislain Gouraige note que :  » Haïti a connu deux empires, une monarchie de droit divin, et une suite de régimes républicains allant du despotisme sanglant à la formule inédite deux fois utilisée de la démocratie à vie, sans vote populaire et héréditaire, en passant par toutes sortes de degrés du césarisme opportuniste. Toutes les formes de gouvernement. Parce qu’il y avait dans la masse la faculté de reprendre l’univers à rebrousse-poil, d’effacer le passé et de recommencer l’expérience. L’aube sanglante est au bout de toutes les démarches du pouvoir qui lui-même conçoit jusqu’à la satrapie comme moyen révolutionnaire, et offre son ordre cruel comme l’expression d’un radicalisme nouveau.  » (12)
Guérie de ses prurits négritudineux des fonds baptismaux, la république d’Haïti truste tous les agrégats économiques les plus négatifs du continent américain, et l’on peut dire sans flirter avec l’excès, que la terre de Boukman, de Toussaint Louverture, de Dessalines, de Charlemagne Peralte, de Boisrond Tonnerre, de Charles et Sanite Belair, de Pétion, et de Christophe est le laboratoire des douleurs des descendants d’Afrique. Né dans la douleur, ce petit bout d’Afrique qui n’a gardé d’héroïsme que dans le premier Diên Biên Phu de l’histoire qu’il infligea à l’armée coloniale et dans sa tumultueuse survie ressemble à une illustration à peine caricaturale du foudroyant mythe chamitique qui voudrait que le Nègre soit un descendant de Cham le réprouvé du récit diluvien et qu’à ce titre, il soit définitivement inapte à quoi que ce soit de positif. Pareille destinée de la douleur et du malheur fait d’ailleurs largement écho à ces perspectives négro-africaines des temps coloniaux qui furent dessinées avec la grossièreté du fil blanc des faciles assimilations : Nègre = fils de Cham = maudit. Métonyme de l’Afrique, Haïti dessine une perspective très cavalière des tares du continent noir, si ce n’est le contraire : sida, pauvreté, misère (des populations obligées de vendre leur sang ½ dollar le litre pour survivre), esclavage moderne (restavek), sorcellerie, guerres intestines, jacqueries à répétition, pronunciamientos, dictatures, etc.
Il existe un mythe d’Haïti comme il existe un mythe de l’Afrique. Avec des beautés que ne voient plus leurs habitants (13), et une infamie qui colle à la peau de l' » Haitiano maldito  » que l’on stigmatise à Cuba et dans les bateys de Saint-Domingue (14), du  » pauvre Africain  » symbolisant la misère portative que l’on humilie hors d’Afrique Noire.
Epilogue
De quelque bout que l’on saisisse cette spécularité qui fait que l’Afrique est, en proportion, un grossissement des lèpres et des scrofules d’Haïti, et Haïti un concentré des tourments et des douleurs de l’Afrique, on ne peut que constater la difficulté du pays caribéen et du continent noir à accepter les diktats de l’histoire qui punit les hésitations. Historiquement, du continent et du pays, c’est Haïti qui impulse le mouvement, lequel est souvent de régression. L’Haïti du siècle dernier n’a rien à voir avec les hideurs d’aujourd’hui ; de même, l’Afrique des indépendances est autrement plus sympathique que celle de nos jours, vénale, engoncée dans le Moyen Âge politique, qui se prélasse dans les voies de fait et quémande des réparations…
L’on peut comprendre dès lors, chez bien des intellectuels antillais d’origine majoritairement africaine, ce désir de nier ou de refouler cet immarcescible tropisme africain qui démonétise la gerbe identitaire des Caribéens qu’ils sont. De même, la revendication outrancière de cet héritage minoré chez les Noirs états-uniens montre qu’ils sont, dans la perception de l’Afrique, au stade déjà dépassé des velléités réhabilitatrices qui a agité épisodiquement l’intelligentsia haïtienne jusqu’au moment des indépendances africaines.
En réalisant un documentaire (1992) puis un long métrage (15) (2000) sur le personnage de Lumumba, l’haïtien Raoul Peck qui a passé son enfance au Congo belge (ex-Zaïre, Congo-Kinshasa) où son père était venu renforcer l' » africanisation  » des cadres, tentait de comprendre comment l’Afrique a pu se payer le luxe de produire pareil martyr, annihilant les espoirs d’une multitude. Les propos attribués au ministre belge dans le film sont en tous points semblables à ceux que tinrent les officiels, journalistes et voyageurs français sur la première république noire après 1825, date du début de la reconnaissance, avec cette fois-là pour référent la race noire toute entière :  » Laissons-les faire l’expérience de leur liberté. Ou bien ils donneront à l’Afrique l’exemple que nous donnons à l’Europe d’un peuple uni, décent, laborieux ; ou le fond primitif reprendra le dessus.  »
L’on sait aujourd’hui que ce  » fond primitif  » s’exprime avec force aussi bien au Pentagone et dans les Balkans qu’en Amérique latine et en Afghanistan, et que le commencement des douleurs reste dans le rapport délicat du Nègre au pouvoir. Les livres d’histoire nous disent qu’en Haïti, des esclaves renversèrent un système… Pour mieux le reproduire. La note infrapaginale qui nous dit qu’ils se gardèrent de produire un système moins violent devrait passer dans le texte, afin qu’après 200 ans d’indépendance africaine, l’on n’en soit pas à reproduire l’expérience haïtienne de la douloureuse recherche d’un équilibre politique et social. Si le tiers occidental de l’île de Saint Domingue est vraiment un reflet anticipé du destin politique et social de l’Afrique, que n’a-t-on encore vécu ?

15. Lumumba de Raoul Peck, 2000, 115 minutes, 35 mm couleur, fiction. Scénario : Raoul Peck, Pascal Bonitzer. Avec : Eriq Ebouaney (Lumumba), Alex Descas (Mobutu), Maka Kotto (Kasa Vubu).

1. Édouard Glissant, Le Discours antillais, Paris, Gallimard, Folio Essais, 1997 (1e édit. Seuil, 1981).
2.  » Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité « , Aimé Césaire dixit in Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Présence Africaine, 1983, p. 24.
3. L.-J. Janvier ne déclarait-il pas dans Les Affaires d’Haïti 1883-1884, p. 178 :  » … qu’elle veuille et sache être de la famille chamitique et l’orgueil et l’espoir !  » ? (Cité par L.-F. Hoffmann, Littérature d’Haïti, Vanves, Edicef/Aupelf, 1995, p. 53.
4. C. Texier, Au pays des généraux, Paris, Ed. Calman-Levy , 1891, page 34.
5. Cité par L.-F. Hoffmann, Littérature d’Haïti, Vanves, Edicef/Aupelf, 1995, p. 53.
6. Cité par L.-F. Hoffmann, idem, p. 55.
7. Louis-Joseph Janvier, L’Egalité des races, Paris Rougier, 1884, p. 24 ; cité par Léon-François Hoffmann,  » L’Afrique et les africains dans l’imagination collective haïtienne, entre l’indépendance et l’occupation américaine (1804-1915) « , Notre Librairie, n° 73, janv.-mars 1984, p. 51.
8. Maximilien Laroche, L’Afrique dans la littérature haïtienne la construction d’un modèle, Notre Librairie, n° 73, janv.-mars 1984, p. 58.
9. Oruno D. Lara a brillamment montré l’apport des Haïtiens tels Anténor Firmin ou Benito Sylvain à la construction du panafricanisme dans une somme fort documentée et qui mériterait d’être mieux connue : La Naissance du panafricanisme, Paris, Maisonneuve et Larose, 2000
10. Lilyan Kesteloot, Anthologie négro africaine, Alleur, Marabout, 1987 (1e édit. 1967), p. 44. Je souligne le tourment du chrétien nègre persuadé d’expier, lui et les siens une faute commise par un hypothétique ancêtre biblique.
11. L.-F. Hoffmann, Littérature d’Haïti, Vanves, Edicef/Aupelf, 1995, p. 55.
12. Ghislain Gouraige, Continuité noire, Dakar/Abidjan, NEA, 1977, p. 57.
13. Il va sans dire que le merveilleux que cueille le visiteur comme une fleur rare de ce bout d’Afrique en Amérique n’est qu’une béquille de sa survie et n’a guère encore remplacé les vitamines chez les enfants des faubourgs de Port-au-Prince.
14. Dans un docudrame poignant, révoltant et chargé d’émotion, Sucre amer, Encre, 1981, réédition, 1987, Maurice Lemoine, reporter, essayiste et romancier raconte le remake de la souffrance du Nègre d’Haïti en République dominicaine, ponctué de nouveaux contrats de vente de travailleurs (entre Duvalier fils et Guzmán) et de nouveaux massacres rendant stérile le souvenir des vêpres dominicaines (1937).
Né en 1971 à Yaoundé, au Cameroun, Edmond Mfaboum Mbiafu est titulaire d’un doctorat en littérature générale et comparée. Ses travaux ont porté sur les résurgences du mythe de Cham dans les littératures d’expression française d’Afrique et de la Caraïbe. Auteurs de plusieurs articles publiés dans Research in African Literature, Présence Africaine, Palabres, il enseigne les lettres dans le secondaire en région parisienne.///Article N° : 3298

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