Hommage à Victor-Emmanuel Cabrita

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Dans mon carnet de route daté du 31 mars et publié sur le site d’Africultures le 18 avril 2003, intitulé « Personnages en poésie », j’ai fait allusion à un « homme-orchestre » régnant sur son royaume, un établissement d’éducation à la paix, les Cours Sainte Marie de Hann. Pendant trois décennies, il fut un éducateur et un esthète signant VEC parmi des dizaines d’auteurs fleurissant les murs et les ruelles de l’établissement avec des mots d’initiation aux valeurs, aux sciences, aux arts, à la parole poétique… Victor-Emmanuel Cabrita s’est éteint chez lui à Dakar dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 juillet 2007. En hommage à l’homme et au poète, j’ouvre un instant cette « suite de poèmes », Eclats de lune, qu’il a laissée au monde des vivants, publiée aux éditions Silex/Nouvelles du Sud en 2006.

Je saisis la fluette lueur des consciences
Et module des phrases imprégnées de lumière
(…)
Avec bonheur je grave dans la fierté de l’homme
Les faits d’altitude qui enivrent les pensées
(…)
C’est pourquoi du fond des nuits je tire le soleil
Pour le répandre en vertiges à tous les carrefours
.
Extrait de Palmes tressées pour ravir les orgueils
Eclats de lune, p. 16.

Le poète a eu le temps, peut-être tout le temps de nous conduire sur les rives intérieures où il avait pris l’habitude de déposer, en secret, ces « éclats de lune », entre visions d’ici-bas et celles de l’au-delà. Dans le plus grand secret.
Lucien Lemoine, le préfacier, croyait bien connaître l’homme public, le pédagogue, l’esthète et voilà que sur le tard il le découvre poète : « Mais le poète, « mon frère poète » ? Non. Moi-même je ne savais pas. Non, pas vraiment. Une fois seulement, à la Fondation, un court poème, un ou deux, qui m’avaient fait venir l’eau à la bouche… ».
Peut-être le poète avait-il toujours été là, en observateur averti, essayant d’aller plus loin que nos « cauchemars écorchés », toujours plus loin, hors de ces « visions embourbées », aller vers les étoiles et la lune. La lumière intérieure. Ces quatre-vingt-sept pages dessinent des mots, des couleurs, des sons, des rythmes et des rêves dévoilés pas à pas, mais le mystère reste entier. Si la sérénité est au bout du passage, la traversée des nuages, des angoisses, des blessures n’est pas de tout repos dans cet univers où les bêtes côtoient les humains. Et le poète veut bien nommer « L’acharnement violacé des grandes violences », là où il est impossible de distinguer l’homme de la bête. Là où le résultat des violences se nomme horreur ou carnage ou « éclaboussures de haine dans les regards ». Et les vingt-deux encres d’Amadou Seck qui accompagnent les stations de la méditation en rajoutent à la dureté du voyage des ténèbres vers la lumière. L’artiste et la femme sont des moments de fraternité, des lieux d’apaisement, de visions de « grands rivages », de « Terres lointaines au doux sourire ». Ce « doux sourire » attribué à Ramatoulaye, la femme « …chef-d’œuvre sorti des brumes de l’océan » ; la femme « …délice de lumière, splendeur d’opulence ». Et ces mots sur la prière et la ferveur religieuse. Et tous les autres mots que nous n’aurons jamais fini d’ouvrir montrent à quel point le combat de l’homme pour tracer sa propre voie vers la vie (celle d’ici ou celle de là-bas) a été intense…
Aujourd’hui, l’homme n’est plus. Ecoutons quelques mots du poète, « Le poète des temps qui vient broder l’univers. »
Paris le 16 août 2007

///Article N° : 6835

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