Identité et modernité : Où en sommes-nous avec nous-mêmes ?

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Au cœur de bien des débats, la question de l’identité nationale devient souvent suspecte lorsque les politiques s’en emparent sur fond d’enjeux électoraux. Pour le journaliste malien Minga Sigui Siddick, l’identité politiquement pensée est synonyme de déshumanisation.

Aujourd’hui, de plus en plus de discours se construisent autour des « identités » culturelles ou nationales. Peut-être la preuve que l’humanité a atteint un stade de régression morale tel que des individus, se sentant fragilisés ou éprouvant des sentiments d’envahissement par des cultures « agressives » qui semblent les noyer, s’agrippent à une notion qui leur apparaît soudain comme une bouée de sauvetage, une rame de survie : l’identité.
Du coup, nous croyons résoudre des conflits sociaux par des réflexions ou des débats alambiqués et tendancieux sur l’identité. Comme si l’identité avait un rapport avec les régressions morales dont souffrent nos sociétés en crise constante de modernité. Nos sociétés dont la vitesse de mobilité des repères donne un vertige tel qu’il inspire les acrobates de l’esprit qui veulent toujours expliquer l’insondable nature des choses.
Je crois que la plupart des penseurs modernes tombent dans le piège des hommes politiques qui construisent leur popularité sur la fragilisation des couches sociales, par des mécanismes de division, d’opposition et de fracture mentale, basés sur des discours « identitaires ».
Mais quelle est la part de l’identité dans ces tourbillons de la modernité qui nous emportent ? Quel rapport existe-t-il entre identité et culture ? Peut-on parler d’une identité nationale à côté d’une identité culturelle ? Une culture se définit-elle par rapport à une nation ou par rapport à un individu, un groupe, une ethnie ? Ce qui fait de nous des êtres humains sociables, sensibles, solidaires, altruistes, est-ce notre identité (culturelle) ou notre culture (identitaire) ? Ce qui, en nous, s’effrite, se désagrège, se détruit au contact des vagues violentes de la modernité, est-ce notre identité ou notre culture ?
À mon avis, la culture est l’ensemble des pratiques naturelles propres à un groupe d’individus (êtres humains ou animaux). Ces pratiques acquises par la répétition dans le temps et transmise de génération en génération sont généralement liées à un environnement, à un écosystème. Mais le mécanisme de transmission de ces pratiques appelées finalement valeurs traditionnelles s’affaiblit d’âge en âge, surtout en ces temps où les déplacements des populations, les échanges sociaux et commerciaux aboutissent à un brassage qui dilue nos valeurs dans un processus immuable, irréversible. Cela peut ne pas se passer sans douleur, mais bien souvent, cela se fait sans heurt majeur, dans un esprit de partage.
Quant à l’identité, politiquement pensée, je la considère comme un ensemble d’éléments créés par des hommes, pour tracer des frontières entre des communautés, des sociétés, des territoires. Et, c’est dans le caractère arbitraire de ces éléments d’identification sociaux ou culturels, qu’il faut chercher l’origine de certaines crises de notre village mondialisé.
Ainsi, girouettes du temps qui nous façonne à sa guise et soumis malgré nous aux assauts fantaisistes des vents mêlés qui soufflent de partout, nous avons perdu l’essentiel de notre capacité de discernement et croyons trouver dans des réflexions sur l’identité, la panacée à notre mal-être. Oubliant que tous les êtres humains sont plus ou moins victimes de certaines formes vertigineuses de développement qui les projettent parfois trop loin dans le futur, sans tenir compte du niveau de maturité mentale des uns et des autres. Et que la déchirure qui peut s’en suivre, contribue à créer de plus en plus de personnalités désaxées, déroutées, désorientées. Ces personnalités-là, souffrent-elles d’un mal identitaire ou d’un mal de la modernité ? Si plusieurs personnes atteintes de ce mal vivent, accidentellement parfois, en communauté, peut-on les juger comme ayant la même identité ?
L’identité, politiquement pensée, n’est-elle pas, en définitive, une notion confligène de plus, qui divise inutilement les humains en catégories sociales où les uns n’auraient que des qualités et des forces et les autres n’auraient que des défauts et des faiblesses ? N’est-ce pas une notion gratuitement perverse qui nous gonfle d’un orgueil et d’une fierté de mauvais aloi ? Je pense, sincèrement, que nous devons prendre plus de temps à développer nos potentialités d’humains, c’est-à-dire d’êtres bien pensants, perfectibles et charitables, qu’à réfléchir sur notre identité politiquement pensée. Nous devons chercher à savoir jusqu’où nous sommes humains, c’est-à-dire, tolérants, compréhensifs, humbles et généreux. Parce que je considère la nature humaine comme une identité suffisante. Parce qu’ il n’y a pas d’identités meurtrières, il n’y a que des pensées criminelles. Nous devons chercher à maîtriser tous les progrès de la science et de la technologie afin de les régler en fonction de la compréhension humaine du moment. Si l’humanité à une ennemie, c’est la modernité à outrance, celle qui viole les limites du temps et brouille les repères. Voilà un sujet de réflexion ou de débat !

///Article N° : 9018

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