Introduction

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Dans un article publié en 1960, Roger Bastide écrivait :  » l’Amérique nous présente ce que les sociologues appellent des ‘conserves culturelles’. Et ces conserves culturelles datent d’époques diverses, qui s’échelonnent de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle. Au contraire, en Afrique, au contact des Blancs, la civilisation, soit directement soit indirectement, a été touchée par les influences occidentales et s’est modifiée plus ou moins profondément selon les secteurs. Ce qui fait que, par un étrange paradoxe, l’africaniste qui veut remonter vers le fameux ‘point zéro’doit le chercher en Amérique bien plus qu’en Afrique « . En effet, la traite négrière marque une nouvelle étape dans la rencontre des civilisations, mais les cultures qui en sont issues sont, à quelques exceptions près, inconnues en Afrique Noire. Rendons hommage au projet Unesco de  » La Route de l’Esclave « , sorte d’archéologie de la mémoire historique destiné à sensibiliser un large public. Comme pont et médiation, ce projet favorise de nouvelles formes de coopération politique, économique et culturelle entre les trois continents impliqués dans le commerce triangulaire. Souhaitons qu’il soit accompagné d’une politique éditoriale adaptée qui puisse pallier le nombre limité de publications sur la diaspora des pays de langue espagnole. En Français, par exemple, l’une des absences les plus notables et regrettables est sans doute la traduction des travaux du père de l’ethnologie afrocubaine, Fernando Ortíz (1881-1969), Troisième Découvreur de Cuba et concepteur du néologisme transculturation. Il n’existe pas non plus de version française de El Monte de Lydia Cabrera, l’un des ouvrages majeurs de l’anthropologie afroaméricaine. La réédition de ses Contes noirs de Cuba (Gallimard, 1936. Trad. de Francis de Miomandre) et Pourquoi… Nouveaux contes noirs de Cuba (Gallimard, 1954. Trad. de F. de Miomandre) est toujours attendue.
Aussi, précédé par les numéros sur l’esclavage (nº6 : l’esclavage aboli ? et n°11 : Ecrire l’esclavage), Africultures se propose avec ce dossier de contribuer à la connaissance de la diaspora africaine aux Amériques. Le dialogue Afrique-Amérique sera poursuivi en d’autres dossiers explorant les survivances africaines et leurs influences dans le domaine culturel. Victime d’une surenchère médiatique où seul le versant exotique des racines africaines est exploité, Cuba possède par-delà les images d’Epinal (rhum, cigares, canne à sucre, salsa, etc.) des voix afro-cubaines méconnues et, pour beaucoup d’entre elles, inédites en français. Ce dossier cherche, par quelques regards croisés dont nous remercions chaleureusement les auteurs, à leur donner une voix.

///Article N° : 763

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