J’ai cherché le Palmier en Zinc, j’ai le Palmier en Zique

"Dans la paix d'une petite rue, les moutons se touchent, broutant leur ombre. Il fait beau ici chaque jour de la vie." Abdourahman Ali Waberi
Print Friendly, PDF & Email

Chaque mois, la correspondance d’un écrivain africain. Idris Youssouf Elmi, auteur de La Galaxie de l’absurde (L’Harmattan 1997), évoque l’apparition d’un studio d’enregistrement à Djibouti.

Djibouti, à l’époque coloniale ; un lieu symbole du nom de Palmier en Zinc accueillait les aventuriers en quête de nouveautés et d’exotismes et les militaires français qui meublaient leur temps libre. Parmi eux, un jeune homme, la casquette coloniale sur la tête, un pistolet sur le côté droit et… une guitare en bandoulière. A ses heures d’évasion, il composait quelques vers et chantait d’une voix pastorale. C’était, pour lui, l’unique façon de narguer le soleil ardent du lieu. Mais un jour il ne donna plus signe de vie. Son lieu de prédilection, le bar ‘le Palmier en Zinc’, ne retrouva plus la mélodie naïve du jeune homme ‘aux semelles de vent’. Deux décennies d’attente. Le temps passa à l’œuvre. Le Palmier en Zinc, à son tour, abandonna le paysage pittoresque de la petite capitale. Et depuis…
A la jonction des inspirations et croisées des arts qui ont passé par la Corne de l’Afrique et ont ainsi concouru à composer l’identité culturelle de Djibouti, cette presqu’île de la francophonie connaît un autre temps. Le verbe est là, présent dans la transmission du savoir mais aussi des lois pastorales. Et la musique dans tout ça ?… Un travail de base a mis en lumière le bourgeonnement d’une génération d’artistes promotrice de pulsions nouvelles. Génération qui fait coïncider le respect de la tradition avec la progression de la demande des musiques africaines en Occident. L’impact de la musique moderne et l’engouement pour la  » world music  » a énormément aidé en effet l’irruption de ces formes musicales reposant sur une précise harmonie entre la mélodie ancienne et le rythme de la modernité. L’association ADAGIO est née. Elle s’est donnée comme objectif de collecter, de produire et de diffuser les musiques, traditionnelles ou modernes, des pays de la Corne de l’Afrique. Cependant, un tel projet nécessite le montage d’un studio d’enregistrement numérique (24 pistes). Ce dernier a vu le jour grâce à la Mission de Coopération française à Djibouti, au Centre culturel français Arthur Rimbaud et à l’association Adagio elle-même, et porte le nom de  » Le Palmier en Zique « .
Le studio a réalisé le CD  » Wassi Wassi  » de Maalesh, coproduit par le CCF et l’Alliance franco-comorienne. Actuellement, se préparent deux projets d’enregistrement. Le premier concerne le Trio Lakomenza, groupe éthiopien sollicité par Africolor. Le second porte sur le premier CD de la troupe djiboutienne Dinkara.
En plus, l’association Adagio, qui gère le studio Le Palmier en Zique, se promet qu’à chaque sortie une politique de diffusion, de promotion et de distribution suivra. En effet, elle s’impose de tenir le rôle d’agence artistique pour aider les jeunes artistes à trouver un contrat ailleurs.
Peut-être qu’un jour passera à Djibouti un vieil homme au regard nostalgique, une guitare à la main, la casquette coloniale sur la tête, regardant les enseignes des bars de la ville haute et s’arrêtera devant ce studio. Zinc ou Zique, qu’importe. Assis à même la terre, quelques vers lui renaîtront de son regard. Il grattera sa guitare en commençant par ces mots :  » J’ai cherché le palmier en Zinc, j’ai trouvé le Palmier en Zique « .

///Article N° : 761

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Les images de l'article
Illustration tirée de l'ouvrageL'oeil nomade, Voyage à travers le pays Djiboutiavec les textes de Abdourahman Ali WaberiCentre Culturel Français Arthur Rimbaud / L'Harmattan. © John Liebenberg
Illustration tirée de l'ouvrageL'oeil nomade, Voyage à travers le pays DjiboutiCentre Culturel Français Arthur Rimbaud / L'Harmattan. © Ramadan Ali





Laisser un commentaire