Jazz & vodun à Africolor

Hommage de Jean-Rémy Guédon à Henri Guédon

Print Friendly, PDF & Email

Rares sont les jazzmen qui au-delà des fantasmes convenus sur « l’africanité du jazz » vont en Afrique pour y faire plus que des tournées ou du tourisme. Pour sa 19° édition, le Festival Africolor accueille une création qui est le résultat d’un échange authentique et d’un aller-retour sympathique entre Paris et Cotonou. (*)

« Le 12 février 2006 disparaissait Henri Guédon, grand guetteur martiniquais du vingtième siècle, peintre, musicien et père de zouk. Il était venu me voir dans un club. À la pause, il m’aborde et me dit : c’est toi l’autre Guédon de la Sacem ! En discutant, il m’apprend que son grand-père était un général français venu d’un bourg de Mayenne… Bingo ! Le berceau de ma famille est du même village. Je l’ai serré dans mes bras en rigolant : Nous sommes cousins ! On s’était promis de faire un concert ensemble intitulé : Les cousins Guédon. Cela n’a pu se faire… Nous lui dédions cette création : puisse-t-elle être dans l’esprit… »

« Échange » : c’est le mot qui revient le plus souvent dans la bouche du saxophoniste Jean-Rémy Guédon. C’est ce qui l’a amené à fonder en 1993 Archimusic, un orchestre prestigieux et singulier qui réunit huit musiciens, dont la moitié vient du jazz et l’autre du « classique ». Dès le départ, ce groupe où se frottent bois et cuivres s’est imposé comme l’un des plus atypiques sur la scène du jazz expérimental. Passionné de littérature autant que de musique, Jean-Rémy Guédon a mis Archimusic au service d’une relecture mélodique analytique et jouissive de textes divers, de Cervantes à Jean Arp en passant par Sade.
A priori, rien ne laissait prévoir qu’un jour Archimusic mettrait le cap sur l’Afrique. Il a fallu pour cela un de ces « hasards objectifs » chers aux surréalistes, dont Jean-Rémy Guédon fait assurément partie :
« Le 12 février 2006 disparaissait Henri Guédon, grand guetteur martiniquais du vingtième siècle, peintre, musicien et père de zouk. Il était venu me voir dans un club. À la pause, il m’aborde et me dit : c’est toi l’autre Guédon de la Sacem ! En discutant, il m’apprend que son grand-père était un général français venu d’un bourg de Mayenne… Bingo ! Le berceau de ma famille est du même village. Je l’ai serré dans mes bras en rigolant : Nous sommes cousins ! On s’était promis de faire un concert ensemble intitulé : Les cousins Guédon. Cela n’a pu se faire… Nous lui dédions cette création : puisse-t-elle être dans l’esprit… »
Ainsi est né ce projet « Vaudou Mots-Zic », puis un autre plus vaste, baptisé « Terres arc-en-ciel », dont la logique commune est une réflexion musicale, chorégraphique et théâtrale sur l’expérience de l’esclavage. J.R. Guédon a été marqué notamment par la lecture du fameux ouvrage d’Henri Bangou : « Aliénation et désaliénation dans les sociétés post-esclavagistes : le cas de la Guadeloupe » (L’harmattan, 1997).
En juillet-août 2007, subventionné par une petite société pétrolière, Archimusic a décollé vers Cotonou, y investissant un cinéma désaffecté, le Cinévog. Le spectacle – auquel nous n’avons pu assister – s’y est élaboré en deux semaines, en public, avec des artistes locaux, danseurs, percussionnistes, rappers, slamers.
J.R. Guédon en tire ainsi les conclusions :
« À l’issue de cette opération Béninoise et au-delà de sa réussite artistique, publique, humaine et rigoureuse sur le plan financier, une prise de conscience collective s’est imposée : c’est la première réalisation de l’ensemble (Archimusic) qui en quatorze années d’existence, répond à deux questions fondamentales qui le taraudent : pourquoi et pour qui jouons-nous?
Au sein des équipes artistiques et techniques mixtes, le travail en commun et l’exigence nécessaire à la bonne marche du spectacle a pour effet de réajuster notre vision de l’autre, « l’étranger ». Celle-ci est fréquemment déformée par notre passé commun. La « désaliénation dans les sociétés post-esclavagistes », c’est ce que nous visons clairement. Pour qui ? Témoin du partage des artistes en toute altérité, le public mêlé « résonne », rentre dans le jeu et par capillarité, vit la même
« initiation » que les artistes. Cette opération s’inscrit dans les sociétés humaines concernées par cette « drôle d’histoire » passée. Elle nous apparaît comme nécessaire, juste et bénéfique pour chacun des protagonistes aujourd’hui. Elle concerne en outre les territoires suivants : Guadeloupe, Bretagne, Martinique, Afrique de l’Ouest, Louisiane, Brésil, Normandie, Maroc, Île de la Dominique, Pas-de-Calais, Haïti, etc. »
En effet, après sa création à Africolor, Archimusic a déjà un calendrier bien rempli pour ses projets « Vaudou Mots-Zic » et « Terres arc-en-ciel » : résidence en Guadeloupe du 25 janvier au 5 février ; Festival international de théâtre du Bénin du 22 au 30 mars ; action culturelle et atelier d’écriture à la Prison de Fresnes, fin mai – Archimusic est partenaire du Comité contre l’esclavage moderne, on ne s’en étonnera pas.

(*) « Hommage à Henri Guédon » par l’ensemble Archimusic, avec les béninois Kate Aguegwe (comédienne), Rachelle Agbossou (danseuse), Bonaventure Didolanwi & Raphaël Houdecoutin (percussions), au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis le 22/12 à 20h. Au même programme : Dédé Saint-Prix et Mimi Barthélémy.///Article N° : 7187

  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire