Jeune Afrique : une affaire qui tourne

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J.A incarne l’autre histoire de la presse panafricaine. Titre légendaire, lancé dans les années soixante, en pleine dynamique des indépendances par Bechir Ben Yahmed. Parti de Tunis, il passe par Rome, avant de s’installer, lui et sa rédaction, à Paris. Avec la volonté au départ de représenter une Afrique qui se bat. Des combats progressistes à l’époque, anti-néocolonialistes surtout. Mais le temps passe…

Compromission, embourgeoisement, suspicion de toute sorte, etc. Les accusations n’ont jamais manqué. A la suite d’une grève des travailleurs du journal au début des années 70, l’éditeur François Maspéro publie « Jeune Afrique démasqué », écrit par d’anciens collaborateurs dont Ibrahima Signaté, Guy Le Querrec et Claire Zarrouk. On y accuse Afrique-Action (nom de naissance de J.A. en 1960 en Tunisie) d’être devenu « un magazine commercial au service d’intérêts désireux d’assurer en Afrique la pérennité de leur domination politique et économique ». On y dira même que J.A est devenu un journal de combat malgré son patron-fondateur.
Les auteurs dénoncent trois sources de financement « occultes ». D’abord, les suppléments, payés par les Etats, les organismes ou les sociétés commerciales. Selon les auteurs, ces suppléments constituent « la meilleure forme de propagande commerciale et permettent aux bailleurs de fonds de faire pression » : pas de commande de supplément en cas de critiques. Deuxième source de financement, la publicité. Les mêmes auteurs accusent J.A d’être allé jusqu’à accepter, en plein apartheid, de l’argent sud-africain. Troisième source : la vente d’actions à toute une planète d’influences (ministres, industriels, sociétés commerciales…) qui ne peuvent qu’entraver sa mission d’hebdomadaire africain avant-gardiste sur la route du progrès.
Ces accusations n’empêcheront pas Jeune Afrique de se développer. Durant de très longues années, il sera le phare de la presse panafricaine francophone. D’autres accusations viendront régulièrement pointer du doigt le groupe « Jeune Afrique ». Un article du Canard Enchaîné (daté du 08/06/94) dénonce J.A. comme le « spécialiste des dossiers de pub politique ». Et ajoute, concernant une commande à la gloire du Togo : « A croire que cirer les pompes du général Eyadema, un peu massacreur sur les bords, ne gêne en rien les dirigeants de Jeune Afrique. Des récidivistes, d’ailleurs ». Cela n’empêche pas le journal de se consolider. Avec une diversification entamée dans les années 80, le groupe J.A est aujourd’hui fort de trois titres : Afrique Magazine, Economia et Jeune Afrique (rebaptisé L’Intelligent). En 1999, la lettre du SPPMO parlait de 148 millions de FF de chiffre d’affaires annuel. Tant pis pour les détracteurs.

///Article N° : 27

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