La dignité des peuples n’est pas une affaire d’aide

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Terrible tragédie ! Du fond de l’histoire remonte la rancune des éléments et nul ne sait pourquoi Haïti paie si cher son droit d’exister et son aspiration à vivre. Coups d’état, cyclones, tremblement de terre comme une litanie des souffrances assaillent cette terre qui n’en peut mais et qui disperse aux quatre coins du monde les forces vives de sa douleur. A Miami, à New York, aux Antilles, à Montréal, au Venezuela, partout Haïti s’exile et partout nous sommes bouleversés par l’éclat du drame qui frappe  »  la perle des Antilles « . C’est que désormais Haïti ne se résume plus à la seule moitié d’une île, elle est devenue NOUS par l’intermédiaire de sa diaspora. Je suis Haïti sur les trottoirs de Pointe-à-Pitre où les femmes vendent leurs marchandises en devisant. Je suis Haïti dans les campagnes où les hommes prêtent leurs bras à l’agriculture. Je suis Haïti quand Dany Laferrière obtient le Prix Médicis. Je suis Haïti quand tombe le konpa dans mes veines de danseur. Je suis Haïti dans cet immense chahut du destin qui blesse mes souvenirs et élève le degré de ma solidarité. Je suis Haïti !

Mais que peuvent faire une amitié, une solidarité, une conscience purement individuelles lorsque, depuis longtemps, une question sans précédent est posée aux nations et aux organismes internationaux ?

Le tremblement de terre est la face révélée d’une honte dont le monde entier est coupable voire complice.

Lorsque des êtres humains sont contraints de manger des galettes de boue ; lorsque des êtres humains sont contraints de faire la grève de la faim ; lorsque des êtres humains n’ont pas d’autre habitat que des cases précaires construites par l’urgence et la débrouillardise, lorsque des êtres humains dorment sur des trottoirs ; lorsque pour tout horizon, l’éducation est chiche, la santé est chimérique, la sécurité est aléatoire, le transport est surréaliste et la communication est miraculeuse ; lorsque l’exil est au bout du désespoir ; cela signifie que le monde entier est coupable !

Haïti n’est pas le seul état pauvre de la planète mais c’est dit-on le plus pauvre. A ce titre, il devrait être le plus aidé, le plus soutenu, le plus renforcé. Les Etats-Unis, la France en particulier, en dépit d’une aide trop souvent inefficace, ont eu trop longtemps des responsabilités inassumées envers Haïti. Ce n’est pas qu’une question de misère ! C’est une question de dignité des peuples ! C’est une question de droit à l’histoire ! C’est une question de morale internationale.

Il est des niveaux de pauvreté qui sont des offenses faites à la vie ! Et comment vivre lorsque autour de nous s’étalent les misères de la misère ?

Alors on sort des grands mots, des plans d’urgence, des stratégies inopérantes et toujours le soleil mord les épaules des jours désespérés. Rien n’est plus tragique que le silence de l’espoir.

Depuis longtemps Haïti vivait un tremblement, une faille insondable, une immense faillite. Elle durait et endurait parce que son peuple existe avec une énergie bouleversante.

Depuis longtemps Haïti tremble de faim, tremble de peur et tremble de courage en défiant la survie.

Depuis longtemps, Haïti secoue les plaques de l’égoïsme des nations malgré quelques soubresauts d’aide.

Mais ce n’est pas de l’aide qu’il faut ! C’est de responsabilité qu’il s’agit et de fraternité aussi. La dignité des peuples n’est pas une affaire d’aide. Elle fait appel à la conscience d’être embarqué sur le même vaisseau, la même boule de poussière qu’on appelle la Terre, l’inouï langage de l’univers. Et c’est au nom de cette condition humaine que nous avons devoir de partager, de soutenir, de grandir avec ceux que nous prétendons aider. Je n’aime pas le mot  » aide « , il pue la charité. Nous sommes tous les gardiens de nos frères et particulier les plus éprouvés. C’est cela la vérité. Et qu’ont fait les  » puissances  » depuis tant et tant de siècles ? Elles se sont vautrées dans d’indécentes surdités, dans des aveuglements indignes. Sans comprendre qu’en acceptant l’avilissement d’Haïti, elles s’avilissaient elles-mêmes.

Il a fallu cette tragédie démesurée, ce désespoir spiralé, cette blessure terrifiante pour qu’enfin la voix d’Haïti déchire les décombres et heurtent enfin la conscience du monde. Il y a la une leçon à tirer : l’urgence de ne plus laisser des peuples descendre en dessous de l’inacceptable. Ce n’est point une question de bonté c’est une question de survie pour l’humanité tout entière. Sous les décombres de Port-au-Prince, il n’y a pas que des morts, il y a aussi des pans de solitude et un peuple prisonnier de l’inconscience de la communauté internationale. Il est temps que le monde soit le monde pour tout le monde.

Faugas, le 23 janvier 2010///Article N° : 9167

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