La Ronde des hyènes

De Camara Nangala

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L’auteur de ce roman est de nationalité ivoirienne. Selon les indications biographiques en quatrième de couverture, il est originaire de Katiola, région sise au centre-nord de la Côte-d’Ivoire. Il a fait des études universitaires en France et enseigne actuellement les mathématiques et la physique dans un collège d’Abidjan.
L’illustration de la couverture, le tableau d’un artiste présenté par les initiales M.G.J., représente une femme et un enfant les mains réciproquement tendues vers l’autre, sur un fond de végétation luxuriante dont les couleurs dominantes restent le rouge et quelques nuances de bleu. À l’intérieur, le roman se compose de huit chapitres de longueur inégale.
Le chapitre liminaire présente aux lecteurs les protagonistes essentiels du récit, à savoir le couple de jeunes époux, Kahonaman la femme et Djafakloban l’homme, ainsi que leur fils Watantié, que l’auteur n’hésite pas à décrire à la page 9 comme étant  » d’une beauté angélique « ,  » comme tous les bébés  » (sic). Le lecteur fait la connaissance du trio dans son environnement quotidien, au quartier Fiomokaha, banlieue précaire où  » s’entasse et s’acharne à vivre une certaine catégorie de citoyens : crève-la-faim, gagne-petit, laissés pour compte, vomissures et flétrissures de la société  » (p. 7). Ouvrier modèle, appliqué et consciencieux, Djafakloban perd néanmoins son travail à l’usine, au cours d’un plan de licenciement. La nouvelle est terrible et difficile à annoncer. Alors, pendant cinq mois, l’époux chômeur cachera la vérité, prétextera des retards de salaires, obligeant sa femme à s’endetter pour faire vivre le foyer.
Dans le deuxième chapitre, Kahonaman découvre fortuitement le pot aux roses : un jour au marché, pendant qu’elle est en compagnie de Matoma, sa confidente et créancière, elle apprend de la bouche d’une tierce personne le licenciement de son mari. Vexée et convaincue de la duplicité de Kahonaman, Matoma se retourne contre son amie, allant jusqu’à l’affronter dans une bagarre sanglante pour récupérer son argent. L’épouse fidèle devient la risée de son entourage, tandis que son homme dépassé par les événements s’enfonce peu à peu dans l’alcool, la crasse et la violence.
Grâce à l’intervention de sa cousine Kpampo, jeune femme prospère aux mœurs libertines, l’épouse blessée se lance dans le commerce et parvient à améliorer sensiblement sa situation financière. Tout le chapitre trois est consacré à décrire cette ascension difficile, mais aussi le drame de Watantié : un jour qu’il est ivre et fou furieux, son père le projette violemment du haut d’un escalier et lui fait perdre l’usage de ses membres et de la parole. Un handicap que sa mère consacrera sa vie et son énergie à combattre.
La mort frappe à la porte dans le chapitre suivant. Le père de Kahonaman se meurt au village, sa fille se rend à son chevet, juste à temps pour recueillir ses dernières paroles.
À partir du chapitre cinq, la trame du roman devient moins linéaire, mais en même temps dispersée. On assiste pêle-mêle, jusqu’au septième chapitre, à une succession de décès au village, à l’initiation secrète de Watantié à la science du tambour par un des plus grands maîtres du cru, à des bisbilles entre les familles de Kahonaman et de Djafakloban, puis au retour au village de ce dernier, apparemment repenti, aux côtés d’un jeune intellectuel nommé Oklin, rapatrié de France. Ce dernier saura organiser les villageois, à la veille d’une élection présidentielle courue d’avance, à s’opposer aux intrigues politiciennes de Kpampo et de ses complices, membres du Parti au pouvoir, désireux de s’accaparer les terres du village, à des fins purement mercantiles.
Le huitième chapitre épilogue sur les lendemains de cette parodie d’élections. Rendus à eux-mêmes, seuls face à leurs problèmes une fois la fièvre politique retombée, les villageois tirent les leçons de cette mascarade dont ils sont les éternelles victimes. Sous la houlette de leurs doyens et de quelques jeunes diplômés, ils vont opter pour l’auto-développement, en promouvant au premier rang l’alphabétisation et le travail de la terre.
On peut reconnaître dans cette fin, un thème classique dans la littérature africaine ou antillaise : le développement endogène des populations. À sa façon, Jacques Roumain l’a déjà illustré dans Gouverneur de la rosée. Mais de façon générale, ce qui surprend dans La Ronde des hyènes, c’est l’épanchement du roman vers une problématique collectiviste, alors qu’au départ tout semblait concourir à en faire un récit intimiste centré sur le magnifique combat d’une femme. La disparition de la figure de Kahonaman au profit de personnages secondaires, la digression vers une thématique rebattue font perdre au récit une grande partie de son unité, alors qu’à l’évidence, l’auteur dispose de remarquables atouts stylistiques pour creuser une veine narrative plutôt originale.

Abidjan, CEDA, 2000, 232 pages. ISBN 2–86394–351-0///Article N° : 2926

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