L’Afrique sonore

...pour son malheur

(Coffret 7 Cds INA / Frémeaux & Associés / Night & Day)
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7 Cds de discours politiques retraçant l’histoire de l’Afrique indépendante : il y a de quoi se flinguer ! Pourtant, on finit vite par se prendre au jeu, et apprécier la beauté de ces phrases pour ce qu’elles sont : des boites vides, admirablement décorées, et totalement étrangères à toute réalité.

Ce coffret passionnant, conçu et commenté par l’historien Elikia Mbokolo, débute par le célèbre discours de Brazzaville (1944), prélude timide à l’émancipation des peuples africains, asservis depuis un demi-siècle par une colonisation française infiniment plus horrible que ne le croient encore les Français. Il y a un abîme entre la parole de De Gaulle et celle de tous les politiciens étrangers actuels au sujet de l’Afrique : ce souffle lyrique, très littéraire, n’excuse pourtant rien, bien au contraire, des méfaits d’un néo-colonialisme qu’il semble justifier d’avance. Mais quand De Gaulle déclare que « l’enjeu de la II° Guerre mondiale est la condition de l’homme« , et que c’est « avant tout une guerre africaine« , il proclame quand même l’émancipation de l’Afrique Noire avec vingt ans d’avance…
Et ce sera sa toute première initiative dès son arrivée au pouvoir, en 1958. Les propos plus concrets de Félix Houphouët-Boigny se souvenant des luttes du RDA restent néanmoins discrets sur la violence qui partout aura précédé l’indépendance. Même Pierre Mendès-France, dont la fibre anticolonialiste semblait indiscutable, montre plus de pitié pour les soldats que la France sacrifie dans ces guerres sans issue que pour leurs victimes… La libération du Maghreb est ici resituée dans un contexte géopolitique d’une actualité brûlante, et dès lors ce coffret devient un journal fascinant grâce à l’alternance des documents radiophoniques d’époque et de commentaires historiques judicieux. Le ton très « France-Culture », un peu trop écrit et professoral, est un reflet inévitable du discours politique ambiant, qu’il soit gaullien ou marxiste. Reportages ronflants, référendums sur fond de fanfares militaires, certes tout cela est difficile à écouter tel quel presque vingt ans après un « discours de La Baule » d’ailleurs sans autre conséquence réelle qu’une très relative clairvoyance quant aux échecs répétitifs des pseudo-démocraties africaines.
« Trop de bla-bla« , chantera Princess Erika, et ces quatre syllabes semblent résumer parfaitement ces sept cds, certes passionnants, mais tellement éloignés des préoccupations les plus élémentaires des peuples africains. Le plus-que-parfait du subjonctif fait encore un certain effet au bout de la langue délicate de l’immortel Senghor – mort en Normandie l’année dernière. Mais au regard de la situation actuelle du continent, ce coffret est surtout un énorme pavé à jeter dans la mare : quarante ans de discours souvent très émouvants et parfois grotesques, pour vraiment pas grand-chose. La politique au delà des mots est encore en Afrique (et pas seulement là, il est vrai) un art très mineur, et un enjeu majeur dont ses hymnes nationaux, accompagnés par des orchestres pré-symphoniques du XVIII° siècle, n’offrent jusqu’à nos jours qu’une caricature vraiment surréaliste.

///Article N° : 2561

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