L’Aîné des orphelins

Tierno Monenembo

Tierno Monenembo a participé à "Rwanda : écrire par devoir de mémoire"
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Comme Le Livre des ossements de Boris Boubacar Diop, L’Aîné des orphelins s’inscrit dans le cadre de l’opération Ecrire par devoir de mémoire parrainée par l’Association Fest’Africa et la Fondation de France. D’entrée de jeu, le titre fait mouche et annonce le deuil. L’aîné dont il est question ici, c’est Faustin Nsenghimana, âgé de 15 ans, rescapé miraculé d’une fusillade publique dans une église au Rwanda.

Ayant assisté à la mort de ses géniteurs, Faustin s’enfuit de son village natal (Nyamata) pour Kigali. De vadrouille en vadrouille, il trouve refuge dans un petit abri de fortune dénommé QG par ses habitants. C’est là qu’il commet le crime qui le condamne à mort. Rentrant au QG à l’improviste après une absence prolongée, il surprend son voisin d’infortune Musinkôro avec sa sœur. Il l’exécute sur le champ avec son pistolet A son procès, Faustin fait montre d’une insolence manifeste : il est condamné à mort.
Comme chez Boris Diop, le texte de Tierno Monénembo est très pudique. La langue est sobre, très sobre même, le génocide est à peine mentionné et à peine décrit, hormis la scène de la fusillade dans l’église de Nyamata. Cette absence du génocide dans le texte renforce paradoxalement sa présence. Plutôt que de décrire les morts et les viols, Tierno nous donne à lire les conséquences de ces tueries macabres dans les consciences des survivants, notamment celles des adolescents, qui après avoir vécu l’indicible, versent sans le vouloir dans le cynisme pur. En refusant de condamner et de décrire l’horreur du génocide, Monénembo invite son lecteur à la méditation sur le sens de ce qu’Anna Harendt appelle la banalité du mal. Car le propre de la littérature, pour reprendre l’expression de Roland Barthes, est la question moins la réponse. Et la question que nous pose Tierno Monénembo sous forme de boutade réside dans l’épigramme du livre emprunté à Edmond Rostand :  » On tue un homme, on est assassin. On en tue des milliers, on est un conquérant. On les tue tous, on est Dieu. « . On pense irrésistiblement à Camus ou à Kafka, tellement l’absurde saute aux yeux.

Tierno Monenembo, Guinée. L’Aîné des orphelins, roman (Seuil, 2000).///Article N° : 2579

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