[VIDEO] La littérature sur le génocide des Tutsi au Rwanda

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Une quantité considérable de textes ont été produit après ce génocide. Certains cherchent à l’expliquer bien sûr, c’est le cas d’essais plus théoriques comme des livres d’histoire ou de sciences politiques. D’autre, et c’est ce qui m’intéresse ici, essaient de le raconter pour mieux comprendre. Ce sont des récits plutôt journalistiques ou tout à fait littéraires.

Concernant les écrits journalistiques, nous pensons notamment à Jean Hatzfeld, qui a longtemps été reporter de guerre pour des grands médias français. Il s’est rendu au Rwanda pour rencontrer les populations du pays, recueillir leurs témoignages, leurs histoires de vie. Il en tiré une trilogie à la fois intéressante pour sa qualité d’écriture, sa dimension journalistique (ce sont des faits réels) et les points de vue qu’elle choisit d’adopter. Le premier texte : Dans le nu de la vie, récit des marais rwandais, rassemble des témoignages de rescapés Tutsi, le deuxième texte Une saison de Machette , publié 3 ans plus tard en 2003 rapporte des témoignages de tueurs Hutu, et enfin le 3ème récit La stratégie des antilopes relate la sortie de prison des génocidaires, graciés dans le cadre de la politique de réconciliation et leur retour sur les lieux de leurs crimes, dans leur village, au contact de celles et ceux qui furent leur victimes d’hier.  Hatzfeld explore les façons de raconter l’irracontable en donnant la parole à tour de rôle.

Ecrire par devoir de mémoire

En 1998 dix écrivains africains – parrainé par le festival Fest’africa – se sont rendus au Rwanda en résidence d’écriture en se chargeant de la mission, je les cite, d’écrire par devoir de mémoire. Ce groupe, qui comptait par exemple le djiboutien Abdourahman Ali Waberi, le guinéen Tierno Monénembo, le sénégalais Boubacar Boris Diop ou encore l’ivoirienne Véronique Tadjo souhaitait réagir au « silence assourdissant » des africains sur le génocide. Ils voulaient poser une parole africaine sur les événements. Là-bas ils rencontrèrent les Rwandais, et adoptèrent la position de l’écrivain engagés car « se taire ce serait comme un second génocide ». De ce séjour sont sortis des textes différents : théâtre, poésie, essais pédagogiques, roman.  Murambi, Le livre des ossements de Boubacar Boris Diop ou « la Phalène des collines » de Koulsy Lamko, sont de ceux là.

Ecrits de Rwandais

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Concernant des écrits portés par des Rwandais, parlons de l’écrivaine la plus connue :  Scholastique Mukasonga dont le premier roman Inyenzi ou les Cafards évoque la violence qui dort sous la beauté du paysage, et les remords des survivants, comme ceux du narrateur hanté par des cauchemars. Son second texte est encore plus personnel : La femme aux pieds nus est selon les mots de l’écrivaine, un livre linceul pour sa mère, tuée lors du génocide et dont le corps n’a pu être retrouvé. La question du génocide traverse en filigrane chacun de ses textes, comme dans le roman Notre dame du Nil qui même s’il situe son action dans une école de jeune-fille dans les années 70, montre comment se prépare déjà la mécanique meutrière qui se déchainera 20 ans plus tard.

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On rencontre aussi des récits qui abordent le drame d’une façon poétique et détournée comme le récent roman de Gael Faye, Petit Pays. L’écrivain et rappeur, qui chantait dans une chanson du même titre « Petit pays » : « Tu m’as appris le pardon pour que je fasse peau neuve / Petit pays dans l’ombre le diable continue ses manœuvres / Mais tu veux vivre malgré les cauchemars qui te hantent / Je suis semence d’exil d’un résidu d’étoiles filante » a écrit un roman poétique qui adopte le point de vue d’un jeune garçon juste avant le début du génocide. La violence s’immisce dans la vie de l’adolescent et c’est dans une langue magnifique et pudique que l’histoire nous est racontée. Car là est aussi la force de la littérature, évoquer, se souvenir, et transcender l’horreur.

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Un commentaire

  1. Aynaud Brigitte le

    Un autre livre aussi d’une rescapée du génocide : Adélaïde MUKANTABANA « L’INNOMMABLE » -AGAHOMAMUNWA- Un récit du génocide des Tutsi.
    Adélaïde vit à Bordeaux depuis 1994 et a créé l’Association CAURI en 2004 dont l’objectif est de rechercher la vérité, d’informer et de soutenir la mémoire du génocide des Tutsi rwandais.
    Deux de ses enfants et un grand nombre de sa famille ont été massacrés.

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