Afrique. Paroles d’écrivains

De Éloïse Brezault

Lire hors-ligne :

Il n’est pas toujours évident de faire parler les écrivains, notamment lorsque ceux-ci sont parfois enfermés dans des carcans d’appartenances géographiques qui tendent à faire passer au second plan leur travail littéraire.
Les entretiens qui nous sont présentés ici – et qui donnent à lire les paroles de dix-huit auteurs parmi les plus marquants d’une littérature que l’on serait bien en mal de catégoriser (le titre du recueil évite d’ailleurs l’écueil) – sont le fruit d’un travail de recherche précis, entamé et mené à bien dans le cadre d’une thèse, soutenue en 2005, et portant sur  » Les nouvelles tendances de la fiction dans l’Afrique francophone entre 1990 et 2000 « . La présente publication a développé, augmenté, mis à jour… comme l’explique Éloïse Brezault dans une introduction claire et précise qui retrace les conditions de naissance, le contexte et les orientations de ces entretiens.
Corollaire de ce travail de fond, la connaissance solide des œuvres dont témoignent les nombreuses citations des textes des auteurs, signalant une lecture précise. À côté de ce questionnement sur les œuvres, des interrogations plus  » générales  » sont engagées de manière thématique, abordant par exemple l’engagement de l’écrivain, l’impact – ou non – du génocide rwandais dans le processus créatif, l’inscription dans le champ littéraire (positionnement par rapport à la  » littérature-monde  » notamment)…
Mais – et c’est ce qui est passionnant ! – aux questions récurrentes répondent des voix libres d’auteurs dont les personnalités et les influences sont diverses, voix qui rappellent qu’un entretien se fait à deux et que de ce jeu naît la découverte. Ainsi, à partir d’un canevas parfois semblable, aura-t-on le plaisir de découvrir des approches aussi différentes que celles de Boubacar Boris Diop, Kossi Efoui, Léonora Miano ou Nimrod, pour ne citer que quelques noms.
Au-delà des positionnements des uns et des autres, des affinités secrètes se dévoilent, pas forcément là où on les attendrait, tissant des fraternités précieuses, qui, bien entendu, ne se résument pas à la littérature du continent – même si elles y puisent – mais s’enrichissent de toutes les influences, de Bond à Artaud en passant par Beckett, Céline, l’Amérique du Sud…
Cependant, et si la revendication d’appartenance à la République mondiale des lettres semble mieux entendue aujourd’hui (ce qui, peut-être, est une des évolutions qu’a justement vu naître la décennie 1990-2000 et les auteurs qui y ont participés), il reste que la question de la critique et surtout de l’édition – parties prenantes de la construction-même d’un champ littéraire – se posent, comme le rappellent à juste titre Aminata Sow Fall et Tanella Boni.
Avec ce nouveau titre, les éditions Mémoire d’encrier ajoutent un ouvrage fort utile à leur catalogue, et une très bonne introduction où bien des étudiants, journalistes et lecteurs curieux pourront aller s’abreuver !

Afrique. Paroles d’écrivains, Éloïse Brezault, Montréal, Mémoire d’encrier, 2010, 412 p., 29 euros.///Article N° : 9303

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire