Ecrivains-voyageurs, écrivains engagés

Deux recueils de nouvelles proposent deux approches différentes des " morts du continent "

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Après le projet  » Ecrire par devoir de mémoire  » de Fest’Africa et le nouveau Congrès des écrivains d’Afrique et de sa diaspora de N’Djamena, le thème de l’engagement, indissociable de l’histoire de la littérature africaine, suscite des débats au sein de ce que l’on appelle communément  » la nouvelle génération  » (cf zoom sur www.africultures.com).

Dernières nouvelles de la Françafrique annonce la couleur dans son texte de présentation, signé des deux initiateurs du projet, l’écrivain Jean-Luc Raharimanana et notre collaborateur Soeuf Elbadawi :  » Un discours s’installe (…) : être auteur avant tout, être écrivain. Avec ses désirs particuliers. Avec ses histoires personnelles. En oubliant la Négritude. En restant Homme-écrivant tout simplement. (…) Soif de reconnaissance littéraire. Légitime, dirions-nous, mais comment se taire quand tant de morts passés et à venir nous interpellent ? « 
Un pavé dans la mare ? En tout cas une belle invitation au débat !
Le recueil propose treize nouvelles et autant de regards d’écrivain sur les relations complexes et ambiguës entre l’Afrique et la France, traitées sous l’angle de l’histoire, de l’immigration, du journalisme, de l’ethnologie, du football… La diversité de styles et d’angles fait à la fois le charme et le défaut du recueil : difficile d’échapper à une certaine inégalité entre les nouvelles. On appréciera toutefois la démarche (plutôt rare) de mêler auteurs connus et premiers textes – une invitation à la découverte de nouveaux talents.
Le recueil fait figure d’exception également par sa démarche éditoriale. Le livre est en effet le fruit d’une coédition entre Vents d’ailleurs, éditeur français, et Sankofa et Gurli, éditeur burkinabé, tous deux membres de l’Alliance des éditeurs indépendants. La publication a été soutenue par quatre associations de solidarité internationale. Une preuve d’engagement aussi, en ces temps de multinationales de l’édition.
A la découverte de l’Afrique
Autre recueil, autres regards. Nouvelles d’Afrique est le résultat du projet Portes d’Afrique, périple maritime qui rassembla une douzaine d’écrivains africains et français, des photographes et des dessinateurs à bord d’un voilier, pour  » une longue circumnavigation de près de 20 000 milles autour de ce grand continent-île « , financé à coups de sponsors et de grandes marques (voir la chronique d’Abdourahman Waberi dans Africultures 56).
S’inscrivant dans la tradition des écrivains-voyageurs, le projet se donne comme objectif de  » jeter un autre regard sur le continent (africain) «  :  » Hors des cercles avertis, l’Afrique se résume souvent à des colonnes de réfugiés ballottées en tous sens sur des pistes poussiéreuses, des hordes rebelles et prédatrices, des dispensaires suintant la mort et le malheur. C’est une réalité parmi bien d’autres réalités africaines. Ce qui vit, bouge et avance en Afrique reste souvent caché derrière ce sinistre paravent « , écrit un des initiateurs du projet, Arnaud de La Grange.
Un tout autre regard donc que celui des Dernières nouvelles de Françafrique que le hasard a fait paraître presque en même temps. Nous sommes ici résolument dans le registre de la littérature de voyage, qui connaît une véritable mode, avec toutes les questions que peut soulever cette littérature de  » découverte  » et son regard posé sur l’Autre.
Le résultat est un beau livre, avec son lot de photos et de dessins d’illustrateurs, et douze nouvelles dont quatre d’auteurs africains (Ken Bugul, Florent Couao-Zotti, Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi), inspirés par les villes-escales et les rencontres faites au cours du périple. Quatre textes qui ont le goût salé de l’océan, dont on espère qu’ils inviteront les lecteurs à découvrir ces  » autres regards sur le continent  » que proposent les auteurs africains depuis bien longtemps, dans leurs textes déjà publiés et autrement riches. Alain Mabanckou le fait dire à un de ses personnages, en rassemblant des titres d’auteurs africains en une réplique en clin d’oeil :  » Voyageur, je suis le maître de Bonanjo, l’aîné des orphelins, le dernier survivant de la caravane, le chercheur d’Afriques, l’homme dit fou et qui témoigne de la mauvaise foi des hommes. « 

Dernières nouvelles de la Françafrique, coéd. Vents d’ailleurs & Sankofa et Gurli, 224 p., 16 euros.
Nouvelles d’Afrique, éd. Gallimard, 176 p., 45 euros.
///Article N° : 3321

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