Passage des larmes

De Abdourahman A. Waberi

Il n’y a pas de centre du monde, hormis le lieu d’où on l’observe. Il y a des espaces plus désirés, tant en émanent les signes de la modernité séduisante, et d’autres que l’on rejette, comme des marques de médiocrité ou d’infamie. Ce reste, ce sont les banlieues, plus ou moins provinciales, plus ou moins délabrées. Pourtant, cette latéralité supposée paraît aussi indispensable au centre que ne le sont les faubourgs aux grandes métropoles. Tel est bien le cas de Djibouti, un port creusé dans les laves de la côte des Issas il y a un peu plus d’un siècle, pour devenir une station de navires sur la ligne de l’océan indien, un des jalons visibles de l’impérialisme en marche. Dans des paysages de rocailles volcaniques, à la végétation rare, on peut entendre un appel, celui de l’accomplissement d’âpres mystiques qui conduisent à contenir en soi ce paysage tellurique, et redoutable. Mais aussi, dans les faubourgs miséreux de Djibouti, à s’éteindre comme un zombi dans la mastication renouvelée quotidiennement du khat, dans l’attente presque impatiente de l’effondrement. Comment peut on être djiboutien s’interroge Waberi, quand on a quitté ces rocailles coupantes et ce désespoir du vide, que l’on a rejoint les centres de décision de l’Euramérique, et que l’on participe de leur expression du monde ? Comment identifier dans ce qui est placé sous le regard ce qui y échappe résolument, le hors-champ de la manière de voir propre aux sociétés saturées par les technologies de la communication ? Pour la figure de l’écr...

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