L’apprentissage des langues africaines à l’Inalco

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Si l’essor d’internet a créé un nouvel engouement pour l’apprentissage des langues africaines en France grâce aux cours en ligne, l’Institut national des langues et cultures orientales (Inalco) observe également une hausse du nombre de ses étudiants.

Le berbère (environ 1,5 million d’interlocuteurs)(1), l’arabe dialectal (plus d’1 million), le wolof et le peul (plus de 50 000)(2) seraient les langues africaines les plus parlées en France. Hormis pour l’arabe, dont l’enseignement se démocratise, l’Institut national des langues et des civilisations orientales (Inalco) reste incontournable pour les autres langues.
Fondée en 1795 par Guillaume Dudé, l’Inalco s’est imposé comme la formation supérieure par excellence de l’enseignement des langues dites « orientales ». Avec neuf langues africaines enseignées, il offre la plus grande palette de choix en la matière.
Le nombre d’étudiants effectuant un cursus supérieur dans l’une de ces langues a récemment augmenté : ils étaient 185 en 2010-2011, 239 en 2013-2014. Pour le directeur du département Afrique, Jean de Dieu Karangwa, cet engouement s’explique par différents facteurs : « La majorité des élèves est constituée de personnes qui orientent leur avenir vers l’Afrique, des étudiants qui ont besoin de langues africaines dans leur cursus, ainsi que ceux préparant les concours des Affaires étrangères pour embrasser une carrière diplomatique. Il y a aussi des élèves qui travaillent avec des populations d’origine africaine et voudraient connaître au moins une de leurs langues. Il s’agit d’assistants sociaux ou de fonctionnaires« .
Plus d’un quart de ces étudiants sont issus de la deuxième génération d’immigrés. Leur nombre est en augmentation depuis quelques années. Près d’un descendant d’immigré sur deux (3) reconnaît avoir été en contact direct avec plusieurs langues étrangères dans l’enfance. Il s’agit, selon Jean de Dieu Karangwa «  de jeunes qui se présentent avec une envie d’apprendre ou de se perfectionner dans la langue de leurs parents« . Pour Mamou, 21 ans, étudiante en bambara, c’était une évidence : « Mes parents me parlent bambara depuis petite. Je n’ai jamais mis les pieds en Afrique mais en grandissant, je rêvais d’apprendre la grammaire et la culture malienne. » « La formation donnée touche tous les aspects de la langue ainsi que, entre autres, des enseignements de littérature, et cinéma en Afrique « , ajoute Jean de Dieu Karangwa.
Pour ces étudiants, ayant grandi en France et ayant des liens ténus avec les pays d’origine de leurs parents, apprendre une langue africaine est aussi bien lié à un désir de construire une identité propre que d’en apprendre plus sur leurs origines. Souvent, les parents, inconsciemment ou pas, négligent cet apprentissage quand ils ne le refusent pas.
Trop peu de langues
L’enseignement à l’Inalco se heurte cependant à des difficultés. Tout d’abord, bien qu’il soit impossible d’enseigner les 2000 langues parlées sur le continent africain, il n’y a que 19 langues à l’Inalco, enseignées par 21 professeurs. Ce chiffre est insuffisant, d’autant plus qu’il s’agit principalement de langues parlées en Afrique francophone. « Nous espérons pouvoir augmenter ce nombre, mais tout dépendra des moyens« , note Monsieur Karangwa.  Une autre difficulté est la part limitée consacrée à la pratique orale. Les formations comprennent deux heures de pratique orale hebdomadaire, contre plus de dix heures d’enseignements culturels hebdomadaire, dispensés en français. Mamou constate que « les enseignants ne privilégient pas l’oral, partant du principe que les étudiants le maîtrisent déjà. De ce fait, beaucoup d’étudiants abandonnent« .
Réputé pour l’apprentissage de langues asiatiques, l’Inalco reste peu visible sur l’enseignement des langues africaines alors même qu’il est le seul institut à offrir cette opportunité dans toute la en France. Monsieur Karangwa est cependant confiant : « Nous prévoyons un investissement au niveau de l’enseignement à distance des langues, ainsi qu’un suivi plus personnalisé« . D’autres questions restent en suspens, comme la possibilité par exemple de passer le Capes dans une langue dite rare, comme le wolof ou le peul. Des débouchés concrets pour faire vivre ces langues parlées sur le territoire français, malgré leur reconnaissance non-officielle.

(1) Rapport du
Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité linguistique interne

(2) La dynamique des langues en France au fil du XXe siècle
(3) Héritages et pratiques linguistiques des descendants d’immigrés en France
///Article N° : 12430

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