L’arc et la cicatrice

De Habib Tengour

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Habib Tengour, poète et sociologue algérien originaire de Mostaganem, vit entre la France, l’Algérie et bien d’autres destinations. « En guise d’ouverture » l’auteur précise que ces textes sont une version retravaillée d’un recueil paru en 1983 à Alger. Ce désir de retoucher des poèmes déjà publiés indique pour cet homme toujours en migration « le long cheminement des choses que l’on donne en évitant de se couper les mains » (7). Le thème du chemin, du retour est repris sous la forme du personnage d’Ulysse, de ses compagnons : « Beaucoup étaient morts pour une tunique vide et l’exil nous dispersa » (46). Le ton est nostalgique voire amer : « Ulysse était Dieu auprès d’Elle qui pleurait les florilèges / Oubliés / Un jour, le coquillage lui dit l’immortalité d’une odyssée / il demanda à rentrer » (47). L’influence du surréalisme transparaît dans les associations surprenantes d’images, le jeu des espacements, les chutes : « La table / ronde ne tournait pas / ni descendue / Vide pleine / / où le monologue nom brille ton regard/ garde le poing dans son orbite/ / La table / la disait fruit d’un avril pluvieux / blé concassé par les rides  » (19). Ce jeu de l’espace, cette réécriture constante, l’alternance de l’exil, du retour, des départs rêvés ou avortés dessinent au fil de ces 7 groupes de textes nommés « escales » par l’auteur un tracé hésitant aux lignes brisées que nous trouvons résumé par cette constatation : « Que d’attentes dans nos vies » (79). Mais la poésie s’égrène, va et vient, et l’attente se prolonge, « Tu épuisas le regard de toutes les places désignées / Mourir le chemin » (79). La poésie douce-amère de Tengour revisite des passés et des lieux mais avoue l’impossibilité, dans cette obsession de l’ailleurs, d’un vrai ancrage, d’où la désillusion et la tristesse de cette « parole-nomade » : « Nos vies se sont croisées pour se perdre à jamais / Pleurer le lieu aujourd’hui, mémoire mutilée / La peine maîtrise les mots » (81).

Habib Tengour, L’arc et la cicatrice, Paris, La Différence, collection « Clepsydre », 2006.///Article N° : 4372

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