Le Bumidom, une organisation qui ne dit pas son nom.

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Entre le début des années 1960 et le début des années 1980, plus de 85 000 Français des Antilles et de la Réunion sont déplacés vers la métropole. Une immigration de travail organisée par le Bureau pour le développement des migrations des départements d’outre-mer (Bumidom). Une histoire douloureuse souvent méconnue. France O a diffusé, 50 ans après la création de ce Bureau, un documentaire empli de témoignages. Des extraits dans cet article.

1950 : années d’après-guerre et de baby-boom en France. Si la pleine croissance pointe son nez en métropole, les territoires d’Outre-mer souffrent d’une grave crise économique et sociale. Taux de chômage dépassant les 40 %, taux de natalité des plus importants au monde, vagues de protestations sociales ébranlent les Antilles et la Réunion. La crise économique qui touche les secteurs traditionnels (canne à sucre, café, cacao, vanille) force l’exode rural vers les zones urbaines. Des revendications d’indépendances se nichent dans ce contexte social. Le gouvernement français s’en inquiète.


Générations Bumidom – Jacob Desvarieux… par franceo

Migration organisée

Réduisant ces troubles sociaux à des problèmes d’ordre démographiques, le général De Gaulle entend pacifier la situation en déplaçant massivement les populations antillaises vers la Métropole, où la main-d’œuvre manque. En 1963, Michel Debré, élu député à la Réunion, crée ainsi le Bureau pour le développement des migrations des départements d’outre-mer (Bumidom). Cette institution organise la migration de milliers d’Antillais en échange d’un emploi dans la fonction publique. Voyant la promesse d’un avenir meilleur les jeunes se pressent au bureau du Bumidom.
L’arrivée en France en décevra plus d’un. Les jeunes femmes se rêvaient secrétaires ou infirmières, avec un poste digne de fonctionnaire, elles sont formées aux arts ménagers et aux bonnes manières métropolitaines. Dans des foyers spécialisés, les familles bourgeoises viennent choisir leur future employée de maison. D’autres femmes sont recrutées comme filles de salles, petites mains dans les centres hospitaliers construits dans les années 1970. Les hommes antillais sont cantonnés aux postes les moins qualifiés de la fonction publique et dans le bâtiment. Eux sont et se considèrent français, ni plus ni moins, mais les métropolitains les assimilent aux travailleurs migrants des ex-colonies. Aucun billet retour n’est prévu pour eux. En revanche, le Bumidom fera le nécessaire pour que les frères et sœurs rejoignent cette première génération des déplacés, participant ainsi au peuplement des cités HLM qu’ils ont eux-mêmes construit.


Générations Bumidom – George-Pau Langevin… par franceo

Retour rancœur

En mai 1968, l’extrême gauche dénonce l’attitude colonialiste du gouvernement, et les bureaux du Bumidom sont saccagés. Pourtant, cette politique migratoire, qu’Aimé Césaire a dénoncée comme une forme de « déportation », s’assume jusqu’à la fin des années 1970. Elle sera alors remise en cause par la crise économique coupant court aux Trente Glorieuses. L’État ralentit l’immigration de travail. En 1982, le Bumidom est supprimé par François Mitterrand. En 20 ans, près de 160 300 Antillais ont ainsi quitté leur île à travers les réseaux du Bumidom. Ceux qui retournent dans les îles trouveront le même taux de chômage que dans les années 1960, et la même colère, nourrie par les rancœurs suscitées par cette migration institutionnalisée vécue comme une injustice.

Cet article a été publié dans le numéro Afriscope 34 consacré aux Antilles françaises.
Documentaire Générations Bumidom. 2013. http://www.dailymotion.com/playlist/x2z7fl_franceo_generations-bumidom/1#video=x18khcu

///Article N° : 11981

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