Le « chaos merveilleux » des artistes haïtiens

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Haïti est, de longue date, un royaume des arts et de la créativité. Loin des images médiatiques du séisme, l’exposition « Haïti, Royaume de ce monde », à l’Espace Agnès b. à Paris, nous le rappelle. Des œuvres à découvrir d’urgence avant qu’elles ne partent aux quatre coins du monde.

À l’origine de ce projet un peu fou, un jeune Haïtien passionné par la scène artistique de son pays et bien décidé à la faire entrer dans les circuits internationaux de l’art contemporain. Giscard Bouchotte, réalisateur et critique, n’est pas un commissaire d’exposition patenté. C’est peut-être ce qui lui a donné la liberté de construire une exposition qui lui ressemble, ni élitiste ni exotique.
Singularité
Dix-huit artistes y sont présentés, de générations et d’horizons différents. Du monstre sacré Franketienne, qui présente de superbes toiles réalisées pour l’occasion, à la jeune Tessa Mars, 26 ans, dont le travail est exposé pour la première fois en France. Dix-huit œuvres, aux esthétiques et aux propos multiples, qui invalident d’emblée le fantasme d' »un art haïtien contemporain ». Chaque artiste exprimant avant tout une singularité radicale, dans laquelle l’origine géographique n’est qu’une variable.
Rien de commun en effet entre les chaises en plexiglas couvertes de reproductions de maquereaux de Mario Benjamin, l’énigmatique film de Michelange Quay Mange, ceci est mon corps et l’installation mortuaire en matériaux recyclés de Killy…
Dignité
Cet éclectisme, Giscard Bouchotte aime l’appréhender sous la forme d’un « chaos merveilleux ». Détournant le « réel merveilleux » de l’auteur cubain Alejo Carpentier, il résume ainsi les paradoxes et la vitalité non seulement de son île mais aussi des créateurs. D’autant plus, depuis la tragédie du séisme de janvier 2010. Mais pas question que cette catastrophe écrase l’événement ou la dignité des artistes.
« L’effet du séisme rend compliqué toute tentative de rapport professionnel pour se complaire dans la solidarité et l’humanitaire, écrit le commissaire. Cette exposition dépasse cette approche et mise sur ce royaume de la création comme la plus belle des cartes de visite du pays. En présentant au monde ses créateurs, Haïti espère transformer la charité qu’on lui propose en échange. »
Produite par le fonds de dotation Agnès b. et l’Institut français, « Haïti, Royaume de ce monde » réussit ce pari. Grâce à ces partenaires, l’exposition va voyager durant trois ans en Europe, en Amérique, en Asie et en Afrique et terminera son parcours à Port-au-Prince. De juin à août prochain on pourra la voir dans le premier Pavillon d’Haïti à la 54e Biennale de Venise.

Voir notre murmure sur l’ Exposition Collective « Haïti Royaume de ce monde« : [ici]

Retrouvez l’article d’Ayoko Mensah dans le magazine Afriscope n°21 « Christiane Taubira fait le bilan de sa loi » : [Afriscope ]///Article N° : 10144

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Les images de l'article
Croix des Bossales, 2010 & 2011, techniques mixtes : monotypes sur papier, petits bateaux en bois et sculptures en mousse recyclée © Killy




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