Le Festival des divinités noires au Togo

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Notaire de profession et président de l’association Acofin, association pour la sauvegarde du patrimoine culturel africain, j’ai accepté de parler de l’esclavage car ce colloque correspond aux questions que nous nous posons. Il correspond à ce que nous faisons et à ce que nous voulons réaliser dans le futur.

D’habitude on oublie le Togo dans ce genre de cénacle. Et pourtant l’esclavage a sévi au Togo. Dans un premier temps, les esclaves passaient par les forts de Ouidah au Bénin, par Elmina ou Cap Coast au Ghana. Dans un deuxième temps, après l’abolition de l’esclavage, la traite clandestine a drainé des populations de l’hinterland en passant par Tchamba jusqu’aux villes côtières d’Aneho et d’Agbodrafo. Mon intervention s’articulera autour de deux points : le festival des divinités noires et les projets d’Acofin.
Le festival des divinités noires
Le festival des divinités noires est une création de l’association Acofin. Cette association a été créée par des passionnés de culture africaine originaires d’Afrique, d’Europe et de la diaspora des Amériques. Son but est la sauvegarde du patrimoine culturel. Acofin signifie en mina, la langue du Sud Togo, le cor traditionnel qui se retrouve dans les palais royaux et dans les chambres mortuaires.
On sonne acofin pour appeler l’âme des ancêtres et également à l’occasion de la sortie des rois. Afin de sauvegarder nos chants, nos danses et nos rites, il a paru indispensable aux promoteurs d’Acofin de créer un festival des divinités noires. C’est le festival des sociétés initiatiques africaines, de la diaspora et de l’esclavage. Par cette dénomination, nous voulons toucher la diaspora africaine des Amériques.
Par quel miracle les divinités africaines se retrouvent-elles à Salvador de Bahia (Brésil), en Haïti, la fille aînée de l’Afrique, à Cuba, au Pérou, en Bolivie, en Colombie, en Argentine, aux USA… ? Il nous fallait à tout prix nouer des relations avec la diaspora et Acofin a choisi le Brésil comme l’invité d’honneur de la 2e édition du festival en octobre 2007. Une délégation d’Acofin s’est rendue à Salvador de Bahia, la Rome noire, la ville aux 365 églises ou cathédrales et aux 4 000 couvents vaudou. Grâce à ce voyage, le Togo a eu le privilège d’accueillir pour la première fois en Afrique le célèbre Bale Folclorico de Bahia, le plus grand ballet traditionnel au monde et l’orchestre Monbaca e Banda de Rio de Janeiro. Une très grande cérémonie sur l’esclavage a été organisée en présence des Brésiliens à Klouvidonnou, petite bourgade servant de point de passage des esclaves en route vers le fort d’embarquement de Ouidah. Cette grande cérémonie a été conduite par les grands prêtres vaudou avec les grands initiés du Bale Folclorico de Bahia. Le rituel comportait la production de l’eau lustrale, la procession des esclaves, la libération des chaînes des esclaves par les grands prêtres vaudous et les envoyés de la seppir, le ministère de l’Intégration raciale du Brésil, et la purification des captifs. À l’issue de la cérémonie, les chaînes des esclaves ont été jetées dans un bateau qui a été incendié. Cette poignante cérémonie a été suivie par plus de 10 000 spectateurs et s’est achevée par sept minutes de sonnerie d’acofin.
En décembre 2009, les Brésiliens sont revenus au Togo participer à la 4e édition du festival des divinités noires. Le thème était L’Afrique et sa diaspora : l’Alliance Éternelle. C’était l’occasion pour Acofin en accord avec les grands prêtres vaudous d’achever la deuxième phase de la cérémonie sur l’esclavage. Un membre du Bale Folclorico de Bahia fut chargé de prélever des reliques des anciens esclaves et l’eau d’une rivière de Salvador de Bahia. Au jour J, la délégation brésilienne a été reçue par des milliers de Togolais et 300 adeptes des divinités à Agbodrafo, la ville qui servait de point de départ avec Aneho, des esclaves vers le nouveau monde. Les reliques, transportées par les Brésiliens, ont été accueillies conformément au rituel traditionnel vaudou. Après la procession d’esclaves, les grands prêtres vaudous ont invoqué les divinités d’Afrique et des Amériques et ont purifié avec de l’eau lustrale les esclaves, les brésiliens, et certains spectateurs dont Madame Françoise Vergès.
Les projets d’Acofin
Acofin est l’émanation de la société civile togolaise. Elle veut rénover les cités historiques africaines comme Aneho, Ouidah, Djenne, Gao, Tombouctou, El Mina, Pour la réalisation de ces objectifs, Acofin pense créer des ateliers de métiers traditionnels (tissage, constructions, enfilage de perles, etc.). Acofin privilégie la transmission du savoir ancestral aux jeunes générations. À cet effet il est prévu dans les prochains mois la création d’une académie de perles pour apprendre aux jeunes filles de l’association, les Acofin girls, tous les secrets d’enfilage des perles traditionnelles. Les œuvres créées par Acofin girls seront vendues sous le label de commerce équitable. Les bénéfices serviront à aider les jeunes filles de l’association à poursuivre leurs études. Il est prévu également la création d’un centre informatique et d’une salle de jeux pour les enfants de Lomé, car Acofin pense que les jeunes Togolais doivent maîtriser très tôt les outils informatiques sinon ils seront les analphabètes du XXIe siècle. Mais le grand projet d’Acofin est la création d’un musée d’Afrique et de la diaspora qui sera un musée sur l’esclavage, sur le passé et sur le futur. Ce musée doit être un musée de spectacles vivants. Il partira des 41e divinités d’Aneho, des divinités Tchamba, Kabye et Bassar pour toucher les divinités africaines du Brésil, Haïti, Cuba… Une grande place sera faite à la mémoire orale et aux œuvres modernes des artistes africains et de la diaspora.

///Article N° : 11546

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