Le Gang des Antillais, c’est lui

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Arrivé en métropole dans les années 1970, le jeune martiniquais Loïc Léry va sombrer dans la spirale du banditisme. En prison, sous l’impulsion de son éducateur, Patrick Chamoiseau, il va libérer son « moi-antillais » et se muer en écrivain. Son roman autobiographique Le Gang des Antillais vient d’être réédité par Caraïbes éditions, à la faveur de son adaptation au cinéma.

Mélanie Cournot. Aide-soignant au CHU de Fort-de-France, vous étiez consultant auprès du réalisateur Jean-Claude Barny qui a adapté à l’écran votre roman Le Gang des Antillais. Comment s’est passée votre rencontre ?
Loïc Léry. Jean-Claude était sur le tournage de Tropiques amers, lorsqu’il m’a contacté. Présent sur le plateau, j’étais le garant de la véracité des faits. La difficulté pour moi était de ne pas créer une confusion entre mon parcours, mon roman et son film. Avec les problèmes identitaires actuels, porter une flopée de Noirs à l’écran, ce n’est pas dans les coutumes du cinéma français. Avoir les fonds s’est avéré compliqué et Barny a dû se battre six ans durant.

Au premier visionnage, qu’en avez-vous pensé ?
Durant l’avant-première en Guyane, en voyant la réaction des spectateurs, j’ai compris qu’avec très peu de moyens, on avait réalisé un film important. Jean-Claude a su faire un film universel tout en parlant de nos problèmes particuliers. J’ai subi, mais j’ai également commis des actes répréhensibles. Je pensais que cette histoire personnelle était difficilement partageable.

Vous suivez avec intérêt les critiques adressées au film pour rappeler que Le Gang des Antillais « n’est pas un film de braquage« . Quelle est la grande Histoire qui se cache derrière ?
L’itinéraire de Loïc Léry est celui d’un jeune homme qui croyait en cette France, tant vantée. Il s’accroche, il est père… certes devenu braqueur, mais c’est un bosseur.
Dans le film, les braquages ne sont pas mis en exergue, c’est plutôt les itinéraires qui comptent avec l’héroïsme de ce personnage qui part durant la période du Bumidom, une structure qui balançait les Antillais vers la France, sans billet d’avion retour, pour effectuer des boulots de subalterne. On s’identifie, peu importe l’époque, la nationalité, l’origine. Chaque personnage du film apporte une lecture différente de cette époque : l’un plus dur et sectaire, comme Molokoy, l’autre plus ouvert comme Jimmy.

Quel est votre regard sur les rapports entre les Antilles françaises et la métropole ?
Je fais une différence entre le peuple et l’État français. Ce dernier a un comportement colonial et machiavélique, sans respect pour le peuple antillais. C’est en prison, dans cette jungle, que j’ai compris les rouages de la politique française. Ce que je réclame ? Soit je suis entièrement français, soit je ne le suis pas du tout ! Ce qu’on appelle un indépendantiste. Je ne crois ni dans le paternalisme de la France, ni en sa justice. Par contre, je ne regarde pas le Français comme un étranger.

Comment réagissent les jeunes générations, en Martinique sur ces questions?
Les jeunes rencontrent les mêmes problèmes qu’à mon époque. Ils ont des niveaux scolaires supérieurs, des connaissances en histoire, en géographie, etc. Mais ils sont annihilés culturellement. Ils ont des difficultés à vous expliquer qui est Fanon ou Cheikh Anta Diop. La Martinique a produit de nombreux hommes de lettres et de sciences pour un pays de 70 km de longueur, pour 30 km de largeur. Mais parlez aux jeunes générations de Delgres, Ignace, de tous ces révoltés, esclaves…
Réciproquement, les petits français n’apprennent pas que mes grands-parents ont traversé les océans pour se battre pour la France. L’écrivain antillais doit arriver à transmettre l’histoire à la jeunesse.

///Article N° : 13843

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