» Le hip-hop doit revenir à la source « 

Entretien de William Taniféani avec Jessica Care Moore (Etats-Unis) New York, octobre 1997

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Née à Detroit il y a vingt-sept ans, Jessica Care Moore est une des jeunes figures du cercle des nouveaux poètes urbains américains. Illustration du versant positif et créatif de la scène hip-hop, éditrice indépendante et dynamique, elle partage avec d’autres jeunes artistes (Shakie, Vibe Khameleonz, Mike Ladd, Saul Williams) cette conviction de représenter le continuum de la littérature afro-américaine.
Vous avez remporté cinq fois de suite la compétition « amateur showtime at the Harlem’s Appolo Theater » et vous venez de publier votre livre de poésie. Pensez-vous enregistrer un album prochainement ?
J’ai déjà enregistré quelques titres. L’un d’eux, The Words Don’t Fit My Mouth, est paru sur l’album Here I Stand du saxophoniste de jazz Antonio Hart chez Impulse Records. Un autre titre doit paraître au Japon sur Silent Poets – un groupe de poètes japonais qui m’ont demandé de participer à leur album. J’ai par ailleurs participé à Eargasms, un CD de poésie hip-hop qui a été publié cette année avec la participation des plus « grands » poètes de New York. C’est un CD époustouflant produit de façon indépendante par Manic Records. L’un de mes poèmes, My Caged Bird Don’t Sing and Every Black Bird Ain’t a Piece of Fried Chicken, figure sur cet enregistrement. J’espère réaliser mon propre album, mais je me suis concentrée avant tout sur la publication de mon livre, et cela m’occupe largement. Je fais des tournées avec mon percussionniste – Stix Bones. Nous proposons de la poésie et du hip-hop et espérons enregistrer quelque chose ; nous travaillons à la musique. Mais certaines des propositions de production qui nous ont été faites ne me satisfont pas. Je suis donc patiente.
Pourriez-vous nous décrire la scène du hip-hop des cinq ou six dernières années aux Etats-Unis ? Et comment des oeuvres comme la vôtre peuvent s’y inscrire ou offrir une alternative ?
Je pense, ou du moins j’espère, que la direction qu’emprunte le hip-hop n’est pas – et les gens s’en rendent compte – réduite aux MCs comme représentants exclusifs du hip-hop. Il y a des artistes hip-hop qui sont plasticiens, poètes, journalistes, danseurs. Ils évoluent dans diverses sphères qui ont rapport avec ou incorporent cette culture et la rendent meilleure, la développent… J’ai écrit une pièce de théâtre intitulée The Revolutions In The Ladies Room mise en scène par mon amie T. TaraTurk. Nous nous efforçons de ramener la génération hip-hop et nos frères et soeurs en général au théâtre. Il s’agit d’un vaste domaine à explorer car les comédien(ne)s ont besoin de notre écriture et d’une matière qui fasse écho à leur expérience. Et moi j’ai besoin de ce public… Je pense que la situation est la même au niveau du cinéma, du théâtre et cela constitue une grande évolution. Bien que le hip-hop ait commencé avec la poésie avant de se développer dans diverses directions, il doit revenir maintenant à la source : le verbe et l’importance des mots. C’est sans doute la raison pour laquelle certains poètes espèrent que ce ressaisissement influencera positivement et changera quelque peu le hip-hop et cette musique qui prédomine sur les ondes. Je suis dans le positif, mais le négatif faisant partie de l’univers, nous avons besoin des deux tendances. En ce qui nous concerne, nous apportons sans aucun doute un équilibre dans la culture hip-hop. Et nous avons besoin de cet équilibre.
Quels sont les écrivains et musiciens africains américains qui vous ont le plus influencée ?
Les Last Poets furent les premiers poètes dont j’ai entendu l’oeuvre enregistrée et accompagnée de musique. Et Gil Scott Heron avec qui j’ai eu l’occasion de me produire quatre ou cinq fois à New York. Il est étonnant… Ces gens sont là depuis ma naissance et m’ont marquée à vie. Larry Neal, Sonia Sanchez que l’on peut encore sentir et toucher. Cette dernière est très importante et reste proche de notre génération. Nikki Giovanni que j’ai commencé à lire toute gamine. Malcolm X fut aussi une source d’inspiration autant que d’autres leaders comme Kwame Touré. Et aussi nos historiens. Les poètes n’ont pas été mes seules sources d’inspiration.
Vous avez auto-publié votre premier livre (1), mais qu’en est-il de la distribution ?
C’est mon combat actuel. Je gagne ma vie en faisant des récitals poétiques et en vendant le livre. Je n’ai pas de distribution nationale, donc quand je suis invitée à me produire dans une université ou tout autre établissement scolaire, j’appelle les libraires de la ville ou du coin pour que le livre soit disponible. J’aurai peut-être un distributeur à l’avenir, mais je fais tout moi-même pour l’instant.

(1) Sa maison d’édition – Moore Black Press – vient de publier un second titre : La Septième Octave, recueil de poésie de Saul Williams, co-scénariste et révélation du film Slam (cf Africultures n°12). Le premier album de ce dernier sortira à l’automne sur American.A visiter et écouter :
– site de la radio de Public Enemy : www.bringthenoise.com/
– site du label web de Public Enemy : www.atomicpop.com/
– site de Public Enemy : www.publicenemy.com////Article N° : 1005

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