Le hip-hop : du ghetto à l’industrie

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Le 13 septembre 1996, Tupac Shakur, artiste émérite et chef de file du gangsta rap, est assassiné à Las Vegas. L’information fait le tour de la planète : le mouvement hip-hop, né dans les banlieues new-yorkaises et qui a étendu son rayonnement à l’ensemble de la société américaine, a atteint une dimension que plus personne ne peut ignorer.

Le hip-hop est né dans le Bronx. Mais si cette banlieue agitée y a effectivement contribué pour une part importante, il doit son existence à une conjonction de facteurs communs à l’ensemble des banlieues new-yorkaises. Les années 70 sont des années noires où la jeunesse, tant à Brooklyn, au Queens que dans le Bronx est emportée dans les tourments de la vie chaotique de New York. Héritière des générations ayant lutté pour la reconnaissance de leurs droits civiques, elle se sent encore exclue et reléguée à la périphérie. Pour briser le carcan, ces »banlieusards », constitués en majorité d’Africains-Américains, mais aussi de Caribéens-Américains et de Latino-Américains, vont investir leur énergie dans la rue à travers diverses formes d’expression (danse, mode vestimentaire, graffitis…), mais aussi la drogue et le crime.
De ce mouvement diffus vont émerger des têtes fortes qui vont organiser ces jeunes en street gangs. Les parties constituent une de leurs activités favorites : des fêtes populaires rassemblant les jeunes par centaines dans les parcs et jardins publics. La musique jouant un rôle catalyseur, les DJ’s vont s’imposer comme les véritables maîtres du jeu grâce à leur art de déclamer des textes greffés sur la musique distillée par leurs sonos. Kevin Donovan, l’un des plus célèbres de l’époque, va définitivement asseoir sa notoriété en s’imposant comme le leader d’un gang tout aussi célèbre, les « Black spades ».
Originaire du Bronx, Donovan, qui s’est entre temps baptisé Afrika Bambaataa, s’inspire des images du film Zulu mettant en scène des guerriers africains en Afrique du Sud à l’époque de la colonisation britannique, pour fonder en 1974 la Zulu Nation, un ensemble artistique regroupant DJ’s, break dancers, artistes graphistes (graffiti artists). En réussissant l’exploit de fédérer le mouvement, Bambaataa a contribué à poser les fondements du hip-hop. Quant à Joseph Saddler, autre co-fondateur du hip-hop plus connu sous le nom de Grandmaster Flash, il est parvenu à porter l’art du DJ à son sommet en élaborant les techniques les plus subtiles pour obtenir les sonorités les plus inattendues.
A peine né, le mouvement hip-hop comporte ce qui va lui permettre de fonctionner de façon industrielle : des créateurs (auteurs, compositeurs, arrangeurs), un marché de millions de mélomanes et des producteurs-distributeurs.
L’industrie hip-hop
Bien que la musique en constitue le fer de lance, le hip-hop est un mouvement multiforme aux aspects également chorégraphique, vestimentaire, graphique, langagier. Le hip-hop a investi les médias, la publicité, la création vestimentaire et les arts, qui ont retrouvé une sorte de vitalité nouvelle. Il se propage du Bronx à toute la nation, au point d’échapper à ses géniteurs. Le hip-hop est devenu un phénomène magique qui a le pouvoir de projeter au devant de la scène des jeunes qui, apprenant à rapper dans la rue, se retrouvent happés par le succès, la gloire et l’argent. Les stars ne sont plus des »Blacks » issus de la rue mais aussi des jeunes de la classe moyenne, des Blancs (Vanilla Ice, Eminem…), des Latinos (Big Pun). Los Angeles étant devenu un autre pôle d’attraction, New York et ses banlieues ne détiennent plus de monopole sur le mouvement. Du ghetto initial, le hip-hop a conquis un vaste marché qui s’étend de l’Amérique à l’Afrique et l’Europe, ce qui lui permet de prospérer trois décennies après sa création.
Guerre de gangs
Les détracteurs du hip-hop lui reprochent la violence outrageuse de nombreux artistes, tant dans la vie quotidienne que dans les textes de leurs chansons. Il n’a en effet pas réussi à exorciser cette violence des origines ; elle s’est au contraire développée pour alimenter le courant gangsta rap. La guerre des gangs des années 70, qui ravagea New York, s’est déplacée sur le plan artistique. On parle maintenant d’une guerre des labels de disques pour le contrôle du gangsta rap, qui oppose essentiellement Suge Knight, qui a fondé et dirige Death Row et contrôle la Côte Ouest, et Sean Combs, patron de Bad Boys Entertainment, qui règne sur la Côte Est. Le gangsta rap a déjà fait deux martyrs : Tupac Shakur, assassiné en 1996, et Notorious Big un an plus tard. Le premier étant de la côte Ouest, le second de la côte Est. Le combat reste acharné.

///Article N° : 105

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