Le Miracle de Candeal

De Fernando Trueba

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Le procédé est classique : un vieux musicien cubain exilé fait le voyage dont il rêvait pour retrouver ses racines africaines. On fait comme s’il rencontrait et découvrait tout pour la première fois, alors que tout est clairement orchestré d’avance. Au temps de ces rencontres s’ajoute la réalisation d’une arène au milieu de la favela : mobilisation collective du quartier, réalisation, inauguration dans la fête. Ces choix de construction par trop visibles sont la faiblesse d’un film qui évolue ainsi plus pesamment que son sujet ne le supposait. Mais de ce côté-là, on est pas déçu ! Et c’est bien sûr ce qui fait tout l’intérêt et l’importance de se précipiter pour aller voir Le Miracle de Candeal.
Tout simplement parce que le vieux Cubain, c’est Bebo Valdès, incroyable pianiste en phase avec tout ce qu’il vit. Parce que Candeal est une favela de Salvador de Bahia où il se passe quelque chose qui nous intéresse tous : une évolution sociale réelle liée à l’auto-organisation communautaire et à l’utilisation de la musique comme lien. C’est là que s’impose Carlinhos Brown : chanteur, compositeur, percussionniste afro-brésilien à l’énergie débordante et fédératrice, initiateur depuis 20 ans des multiples projets qui font de Candeal une exception et un modèle.
Nous découvrons avec Bebo Valdès que Candeal recèle une école professionnelle (Pracatum) formant des musiciens de tous âges, que les jeunes y sont initiés à jouer sur des instruments élaborés à partir d’objets recyclés et introduits à la perception des sons de la vie avant même d’apprendre un instrument, que le groupe Timbalada de Carlinho Brown anime avec ses 200 percussionnistes et chanteurs aussi bien le carnaval que les rues de Candeal, qu’une multitude de projets de développement communautaire améliorent la vie de la favela.
Une favela est un lieu de pauvreté, mais elle n’apparaît pas dans le film : le choix de Trueba est de montrer ses habitants en dignité, dans leur positivité. Un enthousiasme porté par la musique se dégage ainsi du film et fait du bien : l’exemple est donné, bougez !
L’Afrique est là, omniprésente, comme un permanent souci identitaire : le lien avec les lointaines racines importe à tous, dans une société dont 45 % des habitants ont des origines noires et largement plus dans les favelas. La non-représentation des Noirs à la télévision comme dans les sphères de décision est évoquée. La réponse « n’est pas la révolution mais l’évolution », dit Carlinho : en faisant de son lieu de vie une pépinière d’artistes et ainsi un modèle d’insertion sociale. La délinquance est faible à Candeal : c’est ce miracle qui la rend superflue.
La musique, certes, mais aussi la religion : Bebo Valdès retrouve ses origines cubaines de la santería dans les rites afro-brésiliens. Les mêmes divinités orichas d’origine yoruba y sont reconnues et respectées. Le film préfère en partager le vécu que d’expliquer.
Bebo Valdès continue sa ballade et rencontre Caetano Veloso, Gilberto Gil, Marisa Monte, les Hips hop roots. A chaque fois, quelques mots mais surtout de la chanson, de la musique, et l’enchantement correspondant. Trueba donne le temps d’apprécier, laisse leur durée aux chansons, si bien que nous ressortons de ce radieux plaidoyer riches de l’extraordinaire énergie d’une musique mais aussi d’une communauté qui dans ses combats quotidiens construit sans prétention mais avec détermination un modèle pour le monde.

///Article N° : 3947

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