» Le musée Afhémi n’est pas un rêve mais une réalité palpable « 

Entretien d'Yvette Mbogo avec John Mih

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Depuis quatre ans, John Mih assure les fonctions de conservateur au musée Afhémi. Malgré les difficultés financières auxquelles le musée doit faire face, il est convaincu de sa mission de préservation des cultures camerounaises.

En quoi consiste votre tâche ici au musée Afhémi ?
Je guide les touristes qui arrivent, je leur explique le fonctionnement du musée et surtout l’histoire, la symbolique de chaque pièce. Je travaille ici depuis l’an 2000.
Comment est né le musée Afhémi ?
Dr Augustine Kinni a beaucoup voyagé. Une fois de retour dans son pays, il a voulu créer un endroit pour valoriser la culture africaine afin de la léguer à la postérité. Beaucoup de nos traditions sont en train de mourir ; nos enfants ne parlent que des choses de l’Occident et sont en train d’oublier nos us et coutumes.
Qu’est-ce qui fait la particularité de la collection ?
Les masques. Ailleurs, tout ce qui a trait au bois est classé aux murs alors qu’ici, nos masques sont classés sur pied. La raison est qu’on doit cacher la personnalité de chaque masque. Ces objets sont considérés comme des esprits. Or, on ne voit pas l’esprit, car il a des pouvoirs exceptionnels. Nous avons aussi des pièces rares, comme le masque Kungang ou les masques yoruba, ibo et yabili.
Avec quels moyens fonctionne le musée ?
Nous fonctionnons avec nos petits moyens. Nous avons fait des demandes de subventions au ministère de la Culture. Nous avons eu des promesses mais qui n’ont pour l’instant jamais abouti à une subvention.
Cela vous fait-il penser que le ministère de la Culture du Cameroun ignore l’impact qu’un musée peut donner à un pays ?
Effectivement. Et pour preuve, les populations locales ne savent même pas qu’il y a un musée ici, c’est aberrant. On aurait aimé voir les gens venir ne serait-ce que par curiosité, mais ils sont rares. Pendant le sommet France-Afrique, l’on n’a même pas daigné parler du musée Afhémi aux invités étrangers qui participaient au sommet.
Etes-vous optimiste en ce qui concerne l’implantation des musées au Cameroun ?
Oui, des initiatives comme la nôtre sont imitées dans le pays. Nous ne devons pas oublier nos cultures et nos traditions, elles sont diversifiées, riches et doivent être valorisées. Nous devons faire comprendre à l’Etat que pour garder nos cultures intactes, il faut les conserver et par conséquent il doit nous aider. Le musée Afhémi n’est pas un rêve, mais une réalité palpable. On existe bel et bien.

///Article N° : 3519

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