Le pleureur

De Zakes Mda

Ou le festin littéraire
Print Friendly, PDF & Email

Par son jeu permanent entre le réel et l’imaginaire, par sa fascination pour l’oxymore, par ses dialogues à la fois tristes et drôles, voire loufoques, par sa finesse, son sens de l’humour, sa violence, par la noblesse des sentiments de Toloki, par le courage de ses personnages féminins, en un mot pour ses nombreuses qualités littéraires, le roman de Zakes Mda est l’un des plus beaux textes de la dernière rentrée littéraire.
L’intrigue est assez sobre. Toloki, le personnage principal du roman, est un pleureur professionnel. Il va de funérailles en funérailles, propose ses services aux familles éprouvées pour gagner sa vie. Maltraité injustement, et ce de manière permanente par un père tyrannique, Toloki quitte son village natal, s’installe en ville et découvre la violence et le cynisme des villes sud-africaines. Mais son amour pour la belle Noria, une amie d’enfance et ancienne muse de son père, ainsi que son sens de la dignité l’aident à surmonter les obstacles.
Homme aux multiples facettes, à la fois peintre, dramaturge, poète et scénariste, Zakes Mda a construit ce roman à son image. Car Le Pleureur est un roman a plusieurs voix/voies. A ce titre, il rend bien compte du visage actuel de l’Afrique du Sud, rieuse et tragique, pathétiquement pauvre et prodigieusement riche, moderne et traditionnelle.
A la différence de l’Afrique du Sud décrite dans les romans d’un André Brink (Une Saison blanche et sèche) où la violence et le racisme sont décrits de manière brute, l’Afrique du Sud que nous donne à voir Zakes Mda est davantage suggérée, évoquée par des images, par de petites scènes violentes vite diluées dans l’humour et l’amour – ce qui fait de ce livre, malgré sa violence, un roman d’amour. Amour au sens physique dans le cas de Toloki et Noria, mais également au sens de l’entraide de l’ubuntu (cf interview).

Zakes Mda, Le Pleureur, traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Catherine Glenn-Lauga, Paris, Dapper Littérature, 1999, 283 p., 58 FF. ///Article N° : 1202

  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire