Les Enfants du pays

De Pierre Javaux (France)

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Producteur de quelques documentaires pour la télévision, des deux premiers films de Marc Esposito (Le Cœur des hommes et Toute la beauté du monde) et de Khorma, le crieur de nouvelles du Tunisien Jilani Saadi, Pierre Javaux passe pour la première fois à la réalisation. Souhaitant filmer « l’humanité des gens malgré leurs contraintes« , il trouve un sujet idéal dans ce synopsis qui met en scène une famille de villageois durant la Seconde Guerre Mondiale dont la vie est bouleversée par l’arrivée inopinée d’un groupe de tirailleurs sénégalais perdu sur le chemin des Ardennes.
Le cinéma français traite trop rarement de la dimension colonialiste de l’Histoire française alors que les décisions des administrations successives étaient proprement écœurantes. Bon nombre d’historiens et d’intellectuels ont du mal à rétablir l’importance de ces soldats dans les victoires françaises, d’où quelques oublis dans les manuels scolaires. En restituant dans Les Enfants du pays cette période historique d’une France réactionnaire, Pierre Javaux tente, à sa manière, de délivrer un message de tolérance.
Javaux s’emploie pour cela à parler légèrement de choses graves. En opposant deux contextes sociologiques et deux générations d’acteurs
(Michel Serrault cabotinant à souhait face à un William Nadylam impeccable de sobriété), il s’en donne à cœur joie dans la création de saynètes fantaisistes (voir la scène ludique de la bicyclette volante), allant même jusqu’à se permettre de faire allusion aux futurs traitements de faveur du gouvernement français des années 60 (séquence où Serrault apprend aux soldats noirs comment préparer des bouteilles de cidre et qui fait référence au travail immigré).
Tout cela serait à la mesure de l’importance du sujet si la mise en scène de Javaux suivait. Un sentiment d’inachevé plane du fait du manque de subtilité et d’approfondissement. La séquence où le petit-fils tombe nez à nez avec l’un des tirailleurs est représentative de cette facilité. En reprenant à son compte le détestable cliché de la marque Banania pour montrer l’idée que l’on se faisait du Noir durant cette époque, il affaiblit paradoxalement le message de tolérance recherché : il manque une réelle crudité qui renforce son propos, comme il tend à l’atteindre dans l’habile séquence des bouteilles de cidre. En somme un peu plus de crise qui dépasse la gentillesse de l’intention pour mieux marquer le coup !
Reste une œuvre didactique qui a le mérite de sortir de l’oubli des hommes injustement oubliés dans un paysage cinématographique encore frileux.

///Article N° : 4389

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