« Les livres aident à grandir si on s’y reconnaît »

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Malgré une évolution évidente ces dernières années dans le monde de la publicité, difficile encore aujourd’hui pour un enfant noir de se reconnaître dans l’imagerie populaire française, notamment en littérature. Source d’angoisse pour de nombreux parents, certains agissent pour faire bouger les choses. Des initiatives de libraires et d’éditeurs avancent de concert.

Dans les années 1950, le couple de chercheurs américains en psychologie Kenneth et Mamie Clark fait une découverte stupéfiante en expérimentant le test de la poupée noire. Il s’agit alors de mettre un enfant noir âgé de 6 à 9 ans face à une poupée blanche et une poupée noire et de lui poser des questions du type « quelle poupée est moche ? », « quelle poupée est gentille ? », « quelle poupée te ressemble ? ». Les résultats montrent que les enfants influencés par le régime ségrégationniste ont une faible estime d’eux-mêmes. En 2005, le réalisateur Kiri Davis réitère l’expérience avec des enfants noirs d’Harlem dans son documentaire A Girl like me et cinquante ans plus tard les résultats sont à peu près similaires.
Les images de l’expérience de la poupée noire circulent toujours sur la toile et sont le cauchemar pour beaucoup de parents. En France, Jean-Jacques et Charlène Mambo-Bell, horrifiés par la vidéo, se sont démenés afin de trouver des poupées noires pour leurs filles, ainsi que des ouvrages de littérature jeunesse. « Nous cherchions des livres avec des personnages « afro » pour qu’elles puissent se projeter complètement » racontent-ils. Faute de résultats, le couple décide de concevoir lui-même un livre. « J’ai décidé que j’allais écrire des histoires d’aujourd’hui, avec des enfants et des parents d’aujourd’hui, avec des intrigues où tous peuvent s’identifier. Ma femme Charlène s’est occupée de créer un univers coloré et enfantin » détaille le père. Ainsi, fin 2015, nait Hosa & Kali princesses Afro, un album illustré auto-édité, où les auteurs se mettent en scène lors de la préparation du goûter d’anniversaire de leur fille Hosa.
Le bédéiste Serge Diantantu s’est lui aussi engagé à produire des contenus pour les jeunes, constatant le peu d’offres sur le marché. Au milieu des années 2000, une scène vécue le marque profondément. Dans une librairie, une petite fille noire demande une BD avec des personnages africains. la libraire lui en propose mais la fillette n’en veut pas car elle souhaite une BD avec une couverture cartonnée comme les autres. La vendeuse lui répond : « Je suis désolé les Africains ne font pas ça « . C’est alors qu’il se décide à publier l’histoire de La petite Djily en 2008. Contrairement aux mambo-Bell, le Congolais a une longue expérience dans le domaine puisque dès 1983, il dessine dans la revue Paris-Exotique. Il met notamment en image la vie des Africains de Paris. Selon lui, les diasporas africaines ont un problème en Europe car «  les livres d’histoire parlent peu des personnes de couleur qui ont fait avancer l’humanité« . En 2010, il fait publier, en s’appuyant sur des travaux historiques, le premier tome de la série Mémoire de l’esclavage. « Les livres de Serge Diantantu marchent très bien » témoigne marie-Odile Boyer, en charge de la librairie Présence Africaine, à Paris.
Un bon quart de la vitrine de la librairie dédiée aux cultures noires est attribuée à la littérature jeunesse. Une nécessité pour la libraire qui constate : « Les livres sur l’Afrique et ses diasporas sont souvent perdus dans les librairies. Pour trouver les bouquins qu’on souhaite pour ses enfants il faut vraiment être déterminé  » explique Marie-Odile. En place depuis une vingtaine d’années, elle observe recevoir « de plus en plus de jeunes parents qui ont grandi en France, subi une rupture avec leur culture d’origine et qui ont conscience qu’on a besoin de se reconnaître dans des personnages. Les livres aident à grandir si on s’y reconnaît « .
Dans la librairie, le conte reste le genre le plus prégnant, toutes époques confondues. Ceux de Souleymane Mbodj, accompagnés de CD, sont les plus plébiscités actuellement. Suivent ensuite les portraits de personnages historiques : Césaire, Senghor, Baker et l’inévitable Mandela. «  On aimerait que ça se développe davantage avec une plus grande variété de personnages et d’histoires » déplore marie-Odile. Les Editions Dagan, fondées par l’historien Dieudonné Gnammankou, tentent de répondre à cette problématique en lançant une série de BD consacrées aux héros oubliés tels que le chevalier de Saint-Georges et Abraham Petrovitch Hannibal. La vie de la star du football camerounais Samuel Eto’o a également été mise en bulles en 2012 tout comme L’Enfant noir de Camara laye deux ans plus tôt. Pour Christian Ondo, responsable de la communication, « le principal problème est de faire connaître nos collections au grand public« . Du côté de la fiction, Akissi est la coqueluche du rayon jeunesse de Présence Africaine. Cette petite fillette de 7 ans dont les tribulations s’étendent déjà sur six tomes est la « petite sœur » d’Aya de Yopougon, le personnage de marguerite Abouet. La libraire regrette cependant que son rayon manque d’éléments pour les plus petits. « Le gros manque, ce sont les livres pour bébés, avec des pages plastifiées« . Avis aux auteurs …

///Article N° : 13755

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