Les nouveaux damnés de la terre

Et si la nouvelle loi sur l’immigration de Nicolas Sarkozy ne révélait autre chose qu’un état d’esprit esclavagiste ? Peut-on choisir ses immigrés comme jadis les maîtres blancs choisissaient, selon leurs critères, leurs esclaves ? Boubacar Boris Diop analyse sans fausse pudeur les enjeux et les leurres politiques dont sont l’objet les migrants clandestins subsahariens… prêts à tout pour rejoindre l’Europe.

Le 21 février 2005, le New York Times titrait avec un soulagement pour le moins ambigu : “Plus d’Africains entrent aux États-Unis que du temps de l’esclavage.” Une telle comparaison est aussi saugrenue que dangereuse. Elle renforce chez les Occidentaux le sentiment qu’ils n’en finissent pas d’accueillir toute la misère du monde et que cela devrait cesser. Cet état d’esprit explique la brutale réaction de la police espagnole contre les migrants clandestins à Ceuta et Melilla en septembre et octobre 2005. On se souvient des télévisions du monde entier filmant avec gourmandise d’épais gants ensanglantés sur des barbelés, des jeunes Africains errant, hébétés, dans le désert et – cela ne pouvait manquer au tableau – quelques bonnes âmes leur offrant des beignets derrière les grilles de centres d’accueil sommaires. Avant l’arrivée des caméras, il s’était passé des choses bien plus spectaculaires. Par vagues successives, plusieurs milliers de migrants d’Afrique noire s’étaient lancés à l’assaut du dispositif sophistiqué de protection de la frontière. Environ 200 d’entre eux avaie...

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