Les Soeurs Chevalme : feutre qui peut

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L’affiche du festival Paris Hip-Hop, c’est elles ! Les Soeurs Chevalme, graphistes biberonnées à la culture street diffusent leurs visuels colorés. Qu’on admire leur travail dans la rue, dans les galeries, ou aux quatre coins du globe, elles se font un nom solide sur la scène artistique mondiale. Delphine et élodie ont accepté de poser leurs feutres pour Afriscope.

Du design de flyer au dessin grand format, il n’y a qu’un pas franchi allègrement depuis que les Soeurs Chevalme travaillent en duo. Élodie et Delphine ont fait de leur art une affaire de famille. Derrière leurs créations mulicolores telles que l’affiche du festival Paris Hip Hop, se cache une réflexion mûrie au cours de leurs études d’art « On a suivi un cursus classique en histoire de l’Art. Nous avons toujours eu une certaine curiosité pour des pratiques populaires, hors de la domination culturelle occidentale ». Très vite, elles font leurs armes dans un collectif qu’elles ont co-fondé, le Quartier Général, dont le nom se retrouvera au bas de leurs premières oeuvres, comme les Papiers ordinaires composés des différentes séries Los Corazonegros et Les Bouboys, exposées chez Xüly Bêt en 2010.

Graphistes sachant graffer
Si elles ont fait les beaux jours de la communication de salles parisiennes comme le Batofar et s’inspirent beaucoup des cultures urbaines, elles ne sont pas pour autant des tagueuses qui dessinent. Exception qui ne confirme pas encore la règle : fin novembre 2012, leur intervention sur le M.U.R., un espace dédié au graff, rue Oberkampf… « C’était un peu une première car nous ne sommes pas des artistes de rue. Nous travaillons en atelier. Nous avons modifié notre façon de créer pour cet événement aussi parce que c’était une réalisation devant un public » Verdict ? « Belle expérience, tant par la taille de la création que par la visibilité qui en résulte ! », disent les soeurs, plutôt enthousiastes à l’idée de remettre ça. Un pan d’immeuble a accueilli leur réinterprétation de l’Adam de Michel-Ange, détail du plafond de la Chapelle Sixtine. C’est que ces artivistes de 32 ans pratiquent un art décomplexé, qui s’expose en galerie, et se nourrit à tous les (r)âteliers : chefs-d’oeuvre de la Renaissance ou plasticiens du monde entier. Pour obtenir le rendu unique de leurs dessins, elles ont trouvé leur arme de création massive. « L’utilisation du feutre répond à une volonté de décloisonner les frontières artistiques et participe pleinement aux représentations d’identités plurielles, Nous peignons avec des feutres : avec notre recherche artistique, on dépasse les limites de cet outil réservé aux enfants », confie le binôme.

(c) Les Sœurs Chevalme

Voyage, voyages
« Il y a quelques années, quand Ed Banger est apparu, ce label a marqué beaucoup de graphistes de flyers. Au Pérou, nous avons découvert le travail d’Elliot Tupac qui fabrique des images dans un style métis appelé « chicha » », avouent-elles encore, pour évoquer leur singularité, toutefois imprégnée par d’autres artistes. Et leurs voyages. Dernier projet en date : un travail autour de la SAPE au Congo. « La sape est un « pied de nez à l’Histoire », c’est l’art de l’habillement désigné par un terme issu de l’argot. De plus, ce n’est pas la mode. À partir d’un legs colonial français, elle a construit l’un des symboles forts de l’identité congolaise », soulignent justement les deux artistes. Intitulé Greffe de l’histoire, histoires de griffe, ce projet pictural est réalisé à partir des images de Jean-Paul Goude pour les Galeries Lafayette. « Nous redessinerons ces publicités dont les sapeurs seront les effigies », dévoilent-elles. à pas feutrés, les Soeurs Chevalme font leur entrée dans l’Histoire de l’art.

En résidence :
Les soeurs Chevalme sont en résidence aux 59 Rivoli jusqu’au 6 novembre. 59 Rue de Rivoli 75001 Paris, ouvert tous les jours sauf le lundi de 13h à 20h. www.59rivoli.org

Plus d’infos sur leur Facebook et www.kosmocollectif.fr///Article N° : 12533

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