L’Histoire de l’Éthiopie en toile de fond des romans de Maaza Mengiste

Entretien de Samira Houari avec Maaza Mengiste

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La romancière Maaza Mengiste s’est distinguée avec son premier roman Sous le regard du lion (Actes Sud, 2012). Une fresque douloureuse de son pays, l’Éthiopie, lors de la révolution de 1974. (Critique Sous le regard du lion de Maaza Mengiste ) À cette période, Maaza Mengiste et sa famille ont été contraintes de fuir leur pays. Aujourd’hui, elle vit à New York, se rend fréquemment en Éthiopie, cadre de son prochain roman, prévu pour septembre 2016, dont elle nous parle, en exclusivité.

Sous le regard du lion est une fiction romanesque, mais avec pour toile de fond l’histoire documentée de l’Éthiopie de 1974, des famines, des révoltes, de la répression jusqu’à la fin du règne et l’exécution de l’empereur Hailé Sélassié.
Le livre raconte l’histoire d’une famille qui a vécu sous la révolution éthiopienne, commencée en 1974. D’une certaine manière, elle fait écho à l’histoire du pays, car il s’agit d’un événement historique. C’est aussi l’histoire d’individus qui ont été confrontés à la guerre et aux sacrifices qu’ils ont dû faire. Alors que j’écrivais ce roman, je prenais conscience des raisons pour lesquelles l’on peut aimer, détester et trahir ce qui nous est cher. Comment des êtres bienveillants pouvaient devenir abominables ! La guerre nous transforme. C’est un testament de l’histoire de l’humanité. Et puis il y a aussi les jeunes révolutionnaires de 1974 qui croyaient pouvoir changer les choses, la politique et le gouvernement. Ce phénomène est visible dans plusieurs pays, où les citoyens se refusent au fatalisme et veulent construire un futur qui répondrait à leur idéal.
Toute une réflexion sur la violence est alors bien présente dans ce roman.
La violence est relative. Dès lors que l’on s’attache aux personnages, nous ressentons davantage leur souffrance. J’ai voulu montrer ce qui s’était passé durant la guerre civile, et le prix que tant de gens ont payé pour accéder à un futur meilleur. À l’époque où j’écrivais ceci, les Américains étaient en guerre contre l’Irak et en Afghanistan. En tant que citoyenne américaine, j’ai eu honte de ce qui a été fait à ces pays. Lorsque je décris ces passages, je souligne la façon dont certains abusent du pouvoir, les relations cruelles et inhumaines dont ont souffert les opprimés. Ce sont des scènes très difficiles à écrire et à imaginer. J’avais l’impression d’être dans un cauchemar, et j’étais bien soulagée d’en avoir fini !
Vous êtes sur le point d’éditer votre second roman, qui prend aussi pour toile de fond l’Éthiopie et plus précisément la lutte des femmes contre le fascisme.
The shadow king (titre sous réserve NDRL) sera publié incessamment. L’histoire se déroule durant l’invasion fasciste éthiopienne en 1935. Il a pour décor la guerre, mais cette fois il évoquera ces femmes qui ont rallié l’armée éthiopienne. Elles ont mené la bataille auprès des hommes sur le front. Les femmes ont toujours été une partie vibrante et puissante de la vie éthiopienne. La victoire a été remportée contre l’Italie, c’est un événement qui fait la fierté du pays. Ce livre est un hommage à ces combattantes qui dans ce même temps luttaient pour la cause féminine. Certaines étaient des leaders et commandaient les hommes ! Ce pan de l’histoire a façonné l’identité de l’Éthiopie pourtant certains Éthiopiens ont oublié cet événement historique. Plus j’avançais dans mes recherches, plus je réalisais à quel point cette histoire était fascinante. Il y avait d’un côté ces femmes combattantes et de l’autre les femmes du commun. Un contraste entre ces deux univers féminins. Ma grand-mère, en son temps, connaissait l’histoire de ces guerrières, alors qu’à 11 ans, elle se mariait ! Ces combattantes ont souffert de cette guerre, mais leur souffrance était d’un autre ordre, c’est ce que je veux raconter dans ce prochain roman.
Quels sont les sources littéraires ou les souvenirs qui ont influencé votre écriture ?
Je puise mes inspirations auprès d’autres écrivains. J’ai lu autant de livres qu’il était possible. La meilleure littérature peut franchir les frontières et la barrière des langues, et nous rappelle que nous sommes connectés par les rêves, les espoirs et même les chagrins. L’Iliade d’Homère est mon ouvrage favori. C’est une histoire de guerre, de loyauté, d’amour et d’amitié, une référence pour écrire sur la guerre et les conflits, tout en se polarisant sur le destin des personnages. À travers cet ouvrage, j’ai pris conscience de ce qu’il fallait de compromis, pour rester l’ennemi des autres, car en guerre, il y a très peu de héros, et pas mal d’idéaux trahis.

///Article N° : 13623

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