Littérairement foot 7 : Recife à la Saint-Jean

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En juin 2014, la coupe du monde de football se déroule au brésil. l’occasion pour africultures de vous proposer une aventure littéraire originale. Marc-Alexandre Oho Bambe vous transporte dans un récit d’anticipation. un voyage littéraire. mais pas seulement…

24 juin 2014.
La Venise du Brésil fête la Sao Joao.

Moi aussi, en compagnie de Jimmy et Mayra.
Dans un bar de Recife.
Jimmy est chanteur de reggae, et fou de foot.
Comme moi, comme nous tous ici. Ou presque.
Mayra, notre guide dans la ville, est une journaliste locale.
Et une danseuse étoile de Forró.
Alors qu’elle est née et vit au pays du football, Mayra n’a jamais compris les passions déchainées par ce sport roi au Brésil.
Et dans le monde.
La jeune femme a choisi d’aller à la rencontre des supporters venus des quatre coins de la planète, pour vivre le Mondial.
A travers eux.
A travers nous, elle souhaite questionner le rapport des uns et des autres au foot, découvrir l’instant où les amoureux du ballon rond basculent.
Dans la folie.
L’angle de son sujet est intéressant.
Et la nuit est belle, dans son sourire et ses yeux.
Alors nous acceptons volontiers, Jimmy et moi, de nous prêter au jeu.
Et répondre à ses questions.
« Comment analysez-vous toute cette ferveur, provoquée par le football ? »
Jimmy se lance le premier : « nous sommes FOUS. Le ballon rond nous rend FOUS. On le sait, mais impossible de guérir. Depuis tout petit nous sommes infectés, par le virus du FOOTBALL. Dans les caraïbes, les gosses Guadeloupéens, Jamaïcains, Martiniquais, Haïtiens et tous les autres, jouent au foot dans une ruelle ou sur la plage. Même quand le bitume remplace les terrains vagues, les jeunes continuent de taper dans la balle.
Et j’irai même plus loin, après une guerre ou un conflit, ou une catastrophe naturelle comme le séisme qui secoua mon pays, LA VIE reprend quand on entend le cri et le rire des enfants, le rire des enfants.
Le rire, des enfants.
Et le plus souvent c’est grâce à un ballon. Rond.
Un ballon, rond pour tout le monde, qui continuera de rouler du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest d’Eden, dans toutes les directions, afin de nous procurer émotions et sensations fortes, colères et joies, grands bonheurs ou petites déceptions d’être ou ne pas être ensemble pour partager les frissons d’un classico entre amis.
Mais le foot peut être aussi un motif de rupture, ou de scène de ménage », rajoute Jimmy dans un foo(t) rire naturellement partagé.
Par Mayra et moi.

La nuit est belle, dans nos sourires. Et dans nos yeux.

Mayra, pétillante, se tourne vers moi et me demande :

« Et toi ? Comment es-tu arrivé au football ? Comment es-tu arrivé jusqu’ici ? »

Fous rires again.

Frère Jimmy a tout dit.
Mais poli, je répondrai à la demoiselle qui danse le Forró, comme Garincha dribblait.
Sur la ligne.

De l’horizon.

Je suis arrivé à cette ferveur par mon père, président passionné d’un club de foot à Douala dans les années 90.
Mon père qui nous avait emmenés, mon jeune frère et moi, en pèlerinage à Anfield Road, l’antre mythique du légendaire club de Liverpool.
Toute la magie du football est là aussi, dans les gradins d’Anfield, là où les supporters entonnent « YOU’LL NEVER WALK ALONE » à chaque match à domicile de leur équipe.
Toute la magie du foot est là aussi, dans les gradins d’Anfield, du Vélodrome, de l’Omnisports, du Maracana, du Camp Nou, de Bernabeu, etc… Là où les différences entrent en relation et chantent ensemble d’une seule voix, d’un seul cœur, afin de porter leurs équipes.
Au firmament des rêves.

La nuit est belle.

Et l’horizon se dessine.

Sur la ligne.

De touche.

Nous continuons à parler et abordons, la raison première de notre présence dans la ville : le duel Angleterre – Colombie, en huitièmes de finale du Mondial.
Emmenée par son Capitaine courage, Steven Gerard dans une forme étincelante, l’Angleterre affronte la Colombie de Falcao, remis d’une blessure qui a failli lui coûter sa participation à la compétition.

Dans 4 jours à Recife, après la Sao Joao, la fête du foot battra son plein.
Angleterre – Colombie, deux continents, deux pays, deux philosophies de vie et de jeu que tout oppose.

Tout sauf la religion.

D’amour.

Pour le foot.

La nuit est belle, souriante.

Comme Mayra, et Recife aussi.

Dans le souvenir d’une nuit de Saint-Jean.

Aux frontières du réel, sur la plage de Boa Viagem.

On rêve et on danse.

On danse encore.

Le Forró.

En récitant des vers.

De Chico Science.

///Article N° : 12163

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